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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Éditorial

Un monde qui retient son souffle

Imprimer Par Jacques Marcotte & Anne Saulnier

Vous arrive-t-il d’écouter les nouvelles à la télévision et de vous sentir découragés, avec l’impression que le monde est en train de basculer vers le chaos ? Ces jours-ci, particulièrement, les provocations politiques fusent de toute part : nous assistons à un match d’intimidation entre Washington et la Corée du nord, des civils sont pris en otage par les tirs des deux camps adverses en Syrie, la démocratie menace de perdre du terrain en Turquie, la famine sévit au Soudan du sud pendant que le gouvernement en place choisit de mettre l’argent disponible pour l’armement… La liste est longue et les problèmes tellement complexes que le risque est grand de fermer les yeux pour mieux se protéger. Il faut dire que la vitesse à laquelle se transmet l’information est fulgurante grâce aux médias sociaux, ce qui ne nous laisse pas grand temps pour assimiler les événements et réagir avec pondération et discernem01ent.

Au milieu de tout ce cafouillis se lèvent pourtant des témoins qui font l’unanimité dans le monde, tout en nous donnant de réaliser que nous sommes arrivés à un point tournant à l’échelle planétaire. Que ce soit Hubert Reeves qui prêche pour la protection de la planète, le pape François pour nous rappeler la valeur de l’homme sous le regard d’un Père miséricordieux, la jeune Malala dans son combat pour le droit à l’éducation des jeunes filles dans le monde, leur discours est universel parce qu’il parle au cœur de l’humain et qu’il sonne en vérité.

Comment se fait-il que ces hommes et ces femmes de sagesse se heurtent à autant de résistance ? Il faut dire que le désir de s’approprier le pouvoir est propre à l’humain et qu’il est difficile de résister à l’économie de marché qui permet l’accumulation de richesses. De plus, la mondialisation rend possible l’anonymat des millions de personnes qui travaillent dans l’ombre pour un salaire de misère quand ce n’est pas directement de l’esclavage. Les us et coutumes dans certains pays ont aussi la vie dure et ne permettent pas des changements aussi rapides que nous le souhaiterions. Nous pourrions aussi mentionner la mauvaise utilisation des médias et de la religion pour manipuler une certaine catégorie de personnes plus vulnérables et moins éduquées. Quoi qu’il en soit, les facteurs sont extrêmement complexes et rendent le changement difficile.

Il nous faut apprendre la patience, et surtout, accueillir l’espérance, cette posture de la vie chrétienne autour de laquelle s’articulent la foi et la charité qui ne sauraient exister sans elle. Croire que, malgré tout ce qui se passe, se trace un chemin d’amour dans l’humanité, et cela même lorsque la foi et l’amour n’existent pas encore, et jusqu’au point où elles pourraient ne pas exister ou ne pas sembler possibles. Pas facile, direz-vous ! Espérance ne veut pas dire aveuglement, inertie et passivité devant les événements, mais vigilance, lucidité et une vision de l’avenir que nous construisons en collaboration avec le Père, avec la présence du Fils au cœur de nos vies, sous l’impulsion de l’Esprit qui agit dans nos vies.

« N’ayez pas peur » disait Jean-Paul II. Ne retenons pas le souffle de l’Esprit, ajouterions-nous, et laissons-le nous libérer. C’est là toute notre espérance.

En collaboration
Anne Saulnier et Jacques Marcotte, OP
Québec

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