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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Éditorial

Le temps précieux de la réflexion

Imprimer Par Jacques Marcotte & Anne Saulnier

Si vous habitez la province de Québec, vous avez sans doute sursauté en lisant l’article de monsieur Andrew Potter paru dans le magazine Maclean’s, le 20 mars dernier. Monsieur Potter, directeur de l’Institut d’études canadiennes à l’Université McGill, y allait de son interprétation des tristes événements survenus lors de la tempête de neige du 14 mars dernier. Selon lui, le fait que quelques 300 automobilistes soient restés coincés dans leur voiture pendant une douzaine d’heures sur une autoroute était l’expression d’un véritable malaise au sein de la société québécoise.

Qu’un homme d’une telle culture et professeur par surcroit ait pu autant manquer de discernement nous laisse sans voix. Que s’est-il passé pour qu’il en vienne à exprimer des opinions non fondées, basées uniquement sur sa propre perception d’une culture à laquelle il n’est pas étranger, et qu’il est censé bien connaître ? Une réaction aussi primaire a surpris et choqué les Québécois francophones et, bien que Monsieur Potter se soit excusé depuis, il a dû en payer le prix en démissionnant de son poste de direction.

Le cas de monsieur Potter n’est pas unique. Les moyens de télécommunication dont nous disposons nous permettent de réagir extrêmement vite aux informations diffusées presqu’en temps réel, et la tentation est forte de nous laisser aller à exprimer des choses que nous regrettons par la suite. Envahis par l’émotion, nous ne prenons pas le temps d’un recul nécessaire pour bien analyser les situations auxquelles nous sommes confrontés.

Par ailleurs, la société où nous vivons nous semble à ce point développée et pourvue de moyens techniques tellement adéquats que nous sommes spontanément portés à croire que nous avons le contrôle sur tout et qu’un malheur, aussi exceptionnel et dramatique soit-il, ne devrait jamais arriver. Quand un tel événement se produit, nous cherchons le ou les responsables. Nous avons besoin d’un coupable qui deviendra le bouc émissaire. Il est alors facile et bien commode alors de s’en prendre à telle collectivité!

Quoi qu’on en pense, cette façon de raisonner ne dépend pas de notre niveau d’éducation. En fait, plusieurs facteurs peuvent influencer notre raisonnement en pareille matière : une instabilité politique, une récession économique, par exemple. Plus près de nous, une perte d’emploi, un divorce, la perte d’un être cher sont également des facteurs de stress qui agissent sur nos émotions, modifient notre perception des choses et teintent par conséquent notre façon de communiquer. La réaction de monsieur Potter était peut-être excessive, mais sans doute révélatrice d’une charge émotive qui l’a trahi.

S’il faut nous méfier de nos émotions qui sont parfois explosives et savoir qu’elles peuvent fausser notre jugement, il est tout aussi important de noter que des personnes mal intentionnées peuvent utiliser nos réactions émotionnelles comme une stratégie pour nous induire en erreur. La montée de la droite dans plusieurs pays en est une manifestation. Les dirigeants utilisent la peur que génère l’incertitude politique et économique pour s’assurer de l’appui populaire, sachant très bien que cette tactique a fait ses preuves dans le passé et qu’elle est toujours aussi efficace par les temps qui courent. Ils cultivent ainsi l’insécurité, la crainte de l’autre, la xénophobie, alors que leurs promesses rassurent la population qui voit en eux de véritables sauveurs.

En ces temps difficiles pour le vivre ensemble, prenons le temps de prendre notre temps, même si parfois nous avons l’impression de le perdre. C’est alors que nous gagnerons en vérité, cette vérité que nous recherchons tous et qui ne peut être dissociée d’un long travail sur soi. Ce n’est qu’en agissant ainsi que nous pourrons véritablement agir pour une société plus humaine et plus juste.

En collaboration
Anne Saulnier et Jacques Marcotte, o.p.
Québec

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