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Responsable de la chronique : Denis Gagnon, o.p.
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Judas et Jésus

Imprimer Par Yves Bériault, o.p.

Judas. Un membre de la famille dont on aime mieux taire le souvenir. Celui qui est associé à la nuit, à la domination des ténèbres. Celui qui va livrer le Fils de l’homme. Pourtant quand Judas est mentionné dans les Évangiles, je ne veux pas penser au traître ou au voleur, ou encore à celui dont Jésus a dit qu’il aurait mieux valu qu’il ne vienne pas au monde.

Ce qui retient surtout mon attention dans l’histoire de cet Apôtre, c’est le fait incroyable que Jésus l’ait choisi. Comme la plupart des Apôtres, le récit de sa vocation nous est inconnu, mais la question qui vient aux lèvres de quiconque prend connaissance de l’histoire de Judas est de demander comment Jésus a pu choisir un tel Apôtre, lui qui savait si bien lire le fonds des coeurs ?

Car en dépit d’une volonté évidente chez les évangélistes Jean et Matthieu de dévoiler les côtés négatifs de cet Apôtre (le voleur, le traître, celui qui laisse entrer Satan en lui), jamais Jésus n’accuse Judas ouvertement devant les autres Apôtres. Bien sûr, il évoque la trahison à venir, mais de telle manière que les disciples ne connaîtront vraiment son identité qu’au Jardin des Oliviers.

En évoquant la trahison au cours de son dernier repas avec ses Apôtres, Jésus cherche surtout à interpeller Judas. Ce dernier va se reconnaître en lui demandant : « Rabbi, serait-ce moi ? » Cet aveu à peine déguisé ne l’empêchera pas d’aller au bout de son projet, ni Jésus d’aller au bout du sien. Jésus connaît son destin. Il connaît celui qui va le livrer et pourtant il avance vers sa passion en homme libre. Et puisqu’il est vraiment libre, sa liberté ne peut contraindre celle de Judas. Il ne peut que l’interpeller, l’inviter à aller plus loin.

Mais Judas devait porter une grande déception pour trahir celui auquel il avait dû beaucoup s’attacher. L’incident de Béthanie, où il se plaint de l’argent gaspillé par la soeur de Lazare, qui verse du parfum sur les pieds de Jésus, en est un exemple. Car comment expliquer son suicide ? En détruisant Jésus, Judas se détruit lui-même. Le reste de l’histoire appartient à Dieu seul et on ne peut juger Judas.

Par ailleurs, le choix qu’a fait Jésus de Judas comme apôtre ne peut être que le signe d’un grand amour, un amour qui ne cherche pas à posséder, qui laisse libre et qui appelle. C’est de cet amour-là que Dieu nous aime, et si Judas s’est enlevé la vie, c’est qu’il a sans doute réalisé, dans un moment de lucidité terrifiante, à quel point Jésus l’aimait.

Le drame de Judas, au-delà de sa trahison, est de croire que sa faute soit irréparable, sans rémission. Sans doute n’avait-il jamais bien compris son Maître, qui par ses paroles et ses gestes, affirmait sans cesse que l’on n’est jamais humilié devant Dieu, que le pardon est toujours offert. Jésus n’a jamais cessé de le répéter, de mille et une manières, tout au long de son ministère : avec Dieu il est toujours possible de reprendre la route, puisque c’est lui qui nous a choisis et qui nous choisit sans cesse, qu’il n’y a pas de péchés, aussi graves soient-ils, dont on ne peut être pardonné.

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