Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet
Nous deux

L’amour comme un cadeau

Imprimer Par Caroline Pinet

Le temps des fêtes est à peine terminé que chacun semble s’empresser à ranger tous ces mirages lumineux qui promettaient le bonheur. Chacun, un peu déçu de s’être laissé prendre à croire encore au Père Noël, va vendre l’objet de sa déception sur un site conçu à cette fin : conséquence logique de ce nouveau temps de consommation. Pour contrer la déception, certains préconisent même l’échange de chèques…

Outre la démesure des ripailles et de la débauche dans la course aux cadeaux, ne peut-on pas se questionner sur ce qui ne va pas dans ce temps de réjouissance qui conduit à cette morosité ambiante ?

Bien plus que d’être tombés dans la démesure, nous avons dévoyé le sens même de ce qu’est un cadeau. Nous avons joué au roi Midas et touché ce cadeau qui s’est transformé en valeur marchande. Le roi Midas a également atteint les proches et métamorphosé chacun en client. Rappelons-nous, le client veut toujours être satisfait !

Or, ce n’est pas ça un cadeau !

A l’origine, le cadeau était une « chose inutile » que l’on offrait. Comme la plupart peinait à s’offrir le nécessaire, quel luxe que de recevoir l’inutile que l’on ne pouvait jamais s’offrir…

Le diagnostic est vite posé : dans une société de surabondance, où l’on s’offre à nous-mêmes non seulement le nécessaire, mais encombrons trop souvent nos greniers d’objets inutiles, comment le surplus peut-il combler un être déjà rassasié, voire au bord de l’indigestion matérielle ?

Jésus le dit « Heureux les affamés… ». Heureux ceux qui sont dans le manque… Quand je suis autosuffisant, je n’ai besoin de rien, même pas de l’inutile.

Or, pour apprécier un cadeau, il nous faut avoir « besoin » d’accueillir, il nous faut un certain manque. Combien de personnes ne savent quoi offrir à leur belle-sœur qui a tout et qui ne manque de rien ? Le cadeau est également le reflet symbolique de l’amour. Beaucoup de parents absents vont d’ailleurs espérer combler leur absence par un « présent » à leur enfant… Présent, signifie « celui qui est ici ».

Si nous transformons la valeur du cadeau en valeur marchande, nous éliminons sa charge affective dont il est censé être le message. Quand le cadeau devient un dû, une commande d’une liste, le receveur se transforme en client avec ses exigences. Le donneur de cadeau se sent l’exécuteur d’une corvée, il n’a plus plaisir à offrir. Il voit surtout ce qui lui en coûte financièrement. Si, de surcroît, celui à qui le « cadeau » est destiné n’en est pas satisfait, sa dépense n’a plus aucun sens…

Pour que le cadeau retrouve sa superbe et son propos, il doit se défaire de cette transaction moderne du temps des fêtes. Il doit retrouver le sentier des sentiments.

Le cadeau est d’abord une marque d’affection. Il se vit comme un jeu. Celui qui veut montrer son affection à l’autre tentera de comprendre ce qui plaît à l’autre. Il s’agit donc souvent d’une surprise bien gardée. Ce jeu oblige le donneur à être à l’écoute de l’autre. Il lui faut passer du temps avec lui, l’observer, apprendre à connaître ses intérêts, ses goûts, ses besoins. Quand il offre, s’il a bien cerné l’autre, ce dernier se sentira compris et de ce fait aimé.

Il arrive que l’on puisse passer à côté et que l’on ait mal interprété les signes, mais ce désir de tenter de démontrer à l’autre que l’on a vraiment voulu le comprendre atténue la déception qu’il peut résulter de la démarche. Donner un cadeau demande au fond beaucoup d’investissement personnel au-delà de la dépense monétaire. C’est sans doute pourquoi, le cadeau fait main touche autant celui qui le reçoit.

Le cadeau implique également le receveur qui doit s’ouvrir à l’autre pour pleinement l’accueillir. Il est des gens à qui il est impossible de faire un cadeau car ils ne le veulent pas. Ou peut-être ne veulent-ils pas être redevables de celui qui l’offre. Accueillir un cadeau c’est aussi accepter d’être transformé par ce don, car l’autre peut me donner un présent que je n’ai jamais désiré mais qui peut me combler ou répondre à un besoin que je ne voyais pas.

Quel lien pouvons-nous faire avec la relation conjugale ? Le même lien. Une relation de couple n’est pas faite de calculs et ne peut se faire à l’économie d’énergie et de temps passé ensemble. La relation de couple suppose un réel investissement des deux conjoints. Elle suppose que nous prenions le temps de comprendre et d’être à l’écoute de l’autre.

De même, l’on ne peut tomber amoureux si l’on n’a pas besoin de l’autre. On ne peut entretenir un mariage plein et satisfaisant si l’un des membres, ou les deux, sont auto satisfaits et n’ont pas besoin de l’autre.

C’est le danger des couples modernes issus de nos sociétés si individualistes et qui baignent dans la surabondance matérielle. Il y a un risque réel de ne pas être capable d’entrer dans une relation qui m’unirait réellement à l’autre car j’ai tout ce qui me faut et je me le procure moi-même.

En cette nouvelle année 2017, creusons en nous cette soif de l’autre, et cette curiosité qui me mettra à l’écoute de ce qu’il est et de ses aspirations. Accueillons également ce que l’autre a à m’offrir et qui peut me transformer. Vivons l’amour conjugal comme un échange de cadeaux vrai et authentique…

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