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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Naître et grandir : LES INNOCENTES et UNE VIE FANTASTIQUE

Imprimer Par Gilles Leblanc

Un enfant vient au monde puis entre dans un processus de croissance. Qu’en est-il lorsque cela survient à la suite d’une situation de violence extrême ou dans un contexte social singulier? Deux films récents abordent de brillante façon ces problématiques. Dans LES INNOCENTES, la Française Anne Fontaine raconte la douloureuse histoire de religieuses enceintes à la suite de viols perpétrés par des militaires. D’autre part, l’Américain Matt Ross centre son propos sur la décision prise par un homme d’éduquer ses enfants complètement en marge de la société dans son film magnifique UNE VIE FANTASTIQUE.

Les Innocentes

LES INNOCENTES

Inspiré d’un épisode peu connu de l’histoire polonaise, LES INNOCENTES est un film stupéfiant qui explore l’abîme sans renoncer à la lumière, aussi vacillante soit-elle dans les rigueurs des hivers de l’est européen.

Pologne, hiver 1945. Affectée à un centre temporaire de la Croix-Rouge française, Mathilde Beaulieu, jeune médecin, voit accourir une religieuse affolée. Elle a parcouru des kilomètres à pied dans la neige pour atteindre le petit hôpital et parler au personnel soignant débordé, dont Mathilde, qui finit par la mettre à la porte sans comprendre un mot de ce qu’elle veut. Quelques minutes plus tard, la jeune engagée volontaire aperçoit par la fenêtre pleine de givre cette même religieuse agenouillée, priant dans le froid.

Acceptant de suivre sœur Maria jusqu’à son couvent, où elle entre sans être annoncée, Mathilde découvre peu à peu l’horreur d’une situation que la mère supérieure veut à tout prix garder secrète : presque toutes les sœurs ont été violées par des soldats soviétiques traquant les nazis, sept d’entre elles sont enceintes. Des enfants s’annoncent dans cette communauté bénédictine où personne ne sait s’y prendre pour les accueillir, où la honte et la culpabilité condamnent les victimes au silence.

Six ans après COCO AVANT CHANEL, Anne Fontaine signe un nouveau drame historique consacré à une figure féminine d’exception qui impressionne par la richesse de son propos. La mise en scène austère, dépouillée, est totalement en phase avec un récit dur et sombre, qui se conclut toutefois sur une touchante note d’espoir.

Dans le rôle de Mathilde, Lou de Laâge s’illustre par la finesse de son jeu, tandis que les actrices polonaises Agata Kulesza (en mère supérieure) et Agata Buzek (sœur Maria) s’imposent dans des registres plus âpres.

Une Vie fantastique

UNE VIE FANTASTIQUE

Le long métrage de Matt Ross propose ici une réflexion inspirée et nuancée sur l’éducation parentale, tout en dressant un portrait critique au vitriol de l’Amérique.

Ben Cash et sa famille vivent reclus depuis dix ans dans la superbe forêt du Nord-Ouest américain. Les enfants sont soumis à un entraînement physique intensif, mais sont aussi éduqués par ce rebelle qui épouse les thèses du philosophe Noam Chomsky. Le néo-hippie leur apprend à être indépendants d’esprit et à rejeter en bloc le capitalisme sauvage, la dictature de la surconsommation et l’ordre établi.

Les Cash sont toutefois confrontés à un drame : le décès de la mère bipolaire du clan. Ils doivent quitter leur petit paradis pour se rendre au Nouveau-Mexique, où la famille de la défunte veut la faire enterrer, à l’encontre de ses dernières volontés. UNE VIE FANTASTIQUE se transforme alors en road-movie où on observe les travers américains par les yeux des Cash. Évidemment, leur mode de vie alternatif indispose bien des gens.

UNE VIE FANTASTIQUE mérite notre respect. D’abord, pour son discours fin sur l’état du monde contemporain. Ensuite, pour son récit profond et bien construit, aux enjeux multiples et croisés.

Viggo Mortensen y est particulièrement brillant dans la peau de ce père à la forte personnalité qui est soudainement rongé par un terrible doute : est-il en train de transmettre les bonnes valeurs à sa progéniture ou est-il aveuglé par ses convictions progressistes? La crédibilité de son jeu est renforcée par l’interprétation des jeunes acteurs, tous criants de vérité. Un film touchant et inspirant.

Gilles Leblanc

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