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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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La mort aux trousses : JUSTE LA FIN DU MONDE et LA NOUVELLE VIE DE PAUL SNEIJDER

Imprimer Par Gilles Leblanc

La fin d’une vie provoque toujours émoi et remise en question. De façon très différente, deux films récents en font état. Le prodigieux réalisateur québécois Xavier Dolan a illuminé le Festival de Cannes 2016 avec JUSTE LA FIN DU MONDE, un huis clos familial autour de la mort éminente de l’un de ses membres. Par ailleurs, dans LA NOUVELLE VIE DE PAUL SNEIJDER, le Français Thomas Vincent (KARNAVAL) illustre le changement radical d’un homme à la suite de la mort tragique de sa fille.

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JUSTE LA FIN DU MONDE

Même si l’on retrouve dans JUSTE LA FIN DU MONDE son goût pour les prisons psychologiques et les rapports mère-fils sous haute tension, le sixième film de Xavier Dolan se démarque vraiment de ses films antérieurs. Des bouffées de lyrisme impromptues, sans parole, viennent régulièrement suspendre la dispute familiale. Tout se joue alors dans les échanges de regards, d’une intensité magnifique.

Douze ans après être quitté les siens, Louis, dramaturge réputé âgé de 34 ans, revient dans sa famille, où on l’attend avec des sentiments mitigés. En ce dimanche de canicule, sa mère Léa et sa belle-sœur Catherine, qu’il ne connaît pas, ont préparé le repas. Son frère aîné Antoine, ouvrier d’usine, affiche fièrement sa rancœur envers lui et sa sœur cadette Suzanne, qui ne l’a pas vu depuis l’enfance, cherche à capter son attention.

Tous attendent une question, un intérêt de sa part, envers eux. Mais Louis a les idées ailleurs. Il est venu, en fait, annoncer à sa famille son décès prochain. Tendu par les non-dits, les malaises et les embuscades d’Antoine, le repas ne se déroule pas du tout comme le visiteur l’avait souhaité.

Sur le plan de la forme, la recherche de l’effet s’exprime dans une courtepointe de gros plans soigneusement sous-éclairés, de ralentis hors foyer et de transitions musicales percutantes. On retient quelques beaux instants d’émotion, dont une étreinte mère-fils à contre-jour et noyée dans le parfum.

Le texte dense est délivré dans les aigus par une distribution cinq étoiles, de laquelle deux profils ressortent. Celui, apaisant, de Marion Cotillard, émouvante en belle-sœur complice du secret qu’elle a deviné, et celui de Gaspard Ulliel, dont les silences pénétrants sont plus parlants que le texte de la pièce de Jean-Luc Lagarce – d’ailleurs cousu de banalités visant à couvrir ce qu’aucun personnage n’ose dire.

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LA NOUVELLE VIE DE PAUL SNEIJDER

Dans cette adaptation étonnante d’un roman de Jean-Paul Dubois (KENNEDY ET MOI), Thomas Vincent exploite de manière inspirée les décors du Montréal hivernal. Il y a quelque chose du regretté Kieslowski dans la rigueur elliptique de la mise en scène, qui ne cède rien au pathos. Saupoudrée de folie douce, l’exploration désenchantée de la nature humaine avance toutefois par secousses, sans réelle fluidité.

Paul Sneijder, un cadre français de la SAQ, vient de perdre sa fille dans un accident d’ascenseur. Lui-même blessé à une jambe, il erre dans les rues de Montréal en attendant de trouver une nouvelle façon de relancer sa vie. Son épouse lui conseille d’intenter une poursuite pour pouvoir payer l’université de ses fils. Paul commence alors à fraterniser avec l’avocat de la partie adverse.

Il décide aussi de quitter son emploi afin de devenir promeneur de chiens. Lorsqu’un client l’implore de faire marcher sa chienne dans des concours, de nouvelles perspectives s’ouvrent à lui. Mais Paul hésite et tergiverse, décidant de se rebeller contre la société pour obtenir la mainmise complète sur son existence.

Thomas Vincent prend le temps de filmer la détresse d’un homme qui part à la recherche de lui-même. On sent sa douleur dans les silences et le regard bleu sur fond enneigé de Thierry Lhermitte, tout en retenue et en nuance, surprenant d’émotion et de délicatesse, amusant parce qu’à côté de la plaque.

Gilles Leblanc

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