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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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La perte d’êtres chers : MA MÈRE et AU NOM DE MA FILLE

Imprimer Par Gilles Leblanc

Devoir se séparer à jamais d’une mère, d’une fille ou d’un autre membre de la famille est une étape difficile à vivre. Deux films récents abordent avec justesse cette réalité implacable. Le brillant réalisateur italien Nanni Moretti s’inspire de sa propre expérience dans le surprenant MA MÈRE, lequel s’est mérité le Prix œcuménique à Cannes en 2015. Par ailleurs avec AU NOM DE MA FILLE, le minutieux Vincent Garenq décrit l’itinéraire complexe d’un homme dont la fille a été tuée par un médecin allemand.

Ma mère 1

MA MÈRE

Quelques années après le décès de sa propre mère, Nanni Moretti (LA CHAMBRE DU FILS, HABEMUS PAPAM) signe avec MA MÈRE (titre québécois de MIA MADRE) un drame très personnel sur la vulnérabilité et le deuil.

Alors qu’elle tourne à Rome un drame socialement engagé, Margherita (Margherita Buy) se rend chaque jour à l’hôpital, où son frère (Nanni Moretti) veille à temps complet sur leur mère (Giulia Lazzarini) gravement malade. Perfectionniste et peu encline à déléguer, la cinéaste réussit comme d’habitude à gérer la situation, bien qu’avec une culpabilité croissante.

Mais quand elle se retrouve aux prises avec des ennuis domestiques et un acteur américain capricieux, mythomane et incapable d’apprendre ses répliques en italien, Margherita, de plus en plus perturbée par le lent déclin de sa mère, est envahie par des émotions et des souvenirs inattendus. Dépassée par les événements pour la première fois de sa vie, en proie à une crise nerveuse, elle apprend enfin à lâcher prise.

Il faut signaler la profonde sensibilité du traitement, sans mièvrerie ni pathos, qui évite, la plupart du temps, le mélo, avec une trame sonore en retrait et judicieuse. La mise en scène épurée va à l’essentiel et la direction d’acteurs de Moretti est remarquable. Quant aux passages se déroulant sur le plateau de tournage, ils forcent le sourire, grâce aux nombreuses répliques désopilantes proférées par un John Turturro en forme.

Nanni Moretti traite ici de façon très fine le deuil, mais aussi l’éducation et de la transmission qui sont à l’œuvre dans les relations entre un parent et les enfants. Si l’Italien prend un peu ses distances avec le cinéma social qui le caractérise, il manie encore l’humour avec efficacité. Un très beau film.

Au nom de ma fille 1

AU NOM DE MA FILLE

Après PRÉSUMÉ COUPABLE et L’ENQUÊTE, le réalisateur français Vincent Garenq, inspiré d’une histoire vraie, poursuit ici dans son dernier film la dénonciation des dysfonctionnements de la justice européenne avec cette chronique captivante.

10 juillet 1982 : Kalinka Bamberski, 14 ans, est retrouvée morte dans la nouvelle maison de sa mère, en Allemagne. Kalinka y passait ses vacances depuis que celle-ci avait refait sa vie avec un médecin séduisant et charismatique, Dieter Krombach. Bien que les circonstances étranges de sa mort, teintée de viol, tendent toutes à incriminer Krombach, une conspiration du silence semble le protéger.

André Bamberski, le père de Kalinka, entreprend alors une lutte autodidacte en justice à l’épreuve des frontières. Seul contre les médecins, les juges, et même contre son ex-femme, qui sombre dans le déni, son acharnement sera sans limite pour que l’assassin de sa fille soit reconnu coupable et qu’il purge sa peine. Quitte à y passer toute une vie, pour que justice soit rendue.

De facture classique, ce film au scénario efficace et à la réalisation convenue mais sans temps morts est porté par une excellente distribution. On y retient surtout l’interprétation intense de Daniel Auteuil, extrêmement crédible dans cette triste quête. Également, la Québécoise Marie-Josée Croze, en épouse bientôt divorcée et manipulée par son nouveau conjoint, qu’elle s’obstine à croire innocent, livre une prestation pleine de fragilité et d’obstination.

Enfin, les scènes de cour de justice, souvent assommantes à l’écran, ici dynamiques, participent au rythme général, comme les flash-back, les déplacements entre les pays et les personnages secondaires pris un moment dans les filets de cette affaire. Un film engagé et prenant.

Gilles Leblanc

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