Trésors des religions,

Responsable de la chronique : Bruno Demers, o.p.
Trésors des religions

Hymne à la Réalité absolue

Imprimer Par Tradition boudhiste

Cet hymne de Nâgârjuna (Ier – IIème siècle de notre ère) illustre bien la pensée de «la Voie médiane» dont il est fondateur et qui évite systématiquement les extrêmes qui se manifestent dans l’affirmation ou dans la négation de diverses opinions; il conduit ainsi à l’expérience de la vacuité de toutes choses. Nâgârjuna, un des maîtres les plus connus de la tradition bouddhiste, est considéré comme le fondateur de huit écoles bouddhistes.

Comment te louerais-je, Seigneur, Toi qui sans naissance, sans demeure, surpasses toute connaissance mondaine et dont le domaine échappe aux cheminements de la parole.
Pourtant, tel que Tu es, accessible au [seul] sens d’Ainsité, avec amour je [Te] louerai, ô Maître, en recourant aux conventions mondaines.
Puisque, par essence, Tu ne nais pas, en Toi, point de naissance, point d’allée ni de venue. Hommage à Toi, Seigneur, à Toi le Sans-nature-propre!
Tu n’es ni être ni non-être, ni permanent ni impermanent, ni éternel ni non-éternel. Hommage à Toi, le Sans-dualité!
En Toi aucune couleur n’est perçue, ni rouge, ni vert, ni garance, ni jaune, ni noir, ni blanc. Hommage à Toi, le Sans-couleur!
Tu n’es ni grand, ni petit, ni long, ni rond. Tu as atteint le but sans mesure. Hommage à Toi, le Sans-limite!
Tu n’es ni loin ni près, ni dans le ciel ni sur terre, ni dans le samsâra ni dans le nirvâna. Hommage à Toi, le Sans-demeure!
En aucune des choses Tu ne résides, [ainsi donc] Tu as atteint le but : le domaine absolu, et Tu as acquis la suprême profondeur. Hommage à Toi, le profond!
Par une telle louange, puisses-Tu être loué! Mais as-Tu été loué? Si toutes les choses sont vides, qui est loué et par qui?
Qui est capable de Te louer, Toi qui N’apparais ni ne disparais, Toi pour qui n’existent ni milieu ni extrémités, ni perception ni perceptible!
Il n’est pas allé, Il n’est pas venu, exempt d’aller : c’est Lui le Bien-Allé qui vient d’être loué. Grâce au mérite acquis [par cette louange], puisse l’humanité avoir accès au séjour du Bien-Allé.


Nâgârjuna, Paramârthavastava du Catuhstava,
Dans Le bouddhisme, textes traduits et présentés sous la direction de Lilian Siburn,
Paris, Fayard, 1977, p. 202-203.

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