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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
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Douleurs d’enfant

Imprimer Par Jacques Marcotte & Anne Saulnier

Enfants du divorce. Source Journal La Presse. Montréal

Douleurs d’enfant

Malgré la chaleur qui est toujours présente, les nuits plus froides de septembre nous rappellent que l’été tire à sa fin. Le temps des vacances est terminé et tout le monde reprend ses occupations. Tandis que les adultes retournent au travail, les enfants entament une autre année scolaire. Si pour plusieurs l’expérience de la rentrée s’avère quelque chose de stimulant, d’autres la vivent difficilement et pour toutes sortes de raisons, ont de la difficulté à s’adapter.

Le problème est encore plus complexe lorsque l’enfant vit au sein d’un milieu familial désorganisé et instable. Dépendamment de son âge et de son rang dans la famille, il se retrouve coincé entre les deux parents qui ne s’entendent plus ; s’il est l’aîné, il peut se sentir aussi responsable de ses frères et sœurs. Beaucoup de choses à gérer pour un enfant, surtout s’il doit en plus changer d’école et d’amis ! Voici donc le témoignage d’une préadolescente qui doit conjuguer ces deux situations et qui nous partageait récemment son vécu.

« Quand tes parents se séparent, c’est l’enfer » nous disait-elle. « Et plus tu es âgé, plus c’est difficile, car tu comprends davantage. L’an dernier, à l’école, je pensais à ça toute la journée et ma moyenne scolaire a baissé de 10 %, d’un seul coup. J’étais incapable de me concentrer. J’avais de la peine, je vivais de la colère, et à la fin de la journée, j’étais tellement brûlée que je ne m’endurais plus. Et c’était encore pire quand je devais rester au service de garde. Je me chicanais avec mon frère et ma sœur et parfois, j’allais jusqu’à les frapper. »

Lorsque nous lui avons demandé comment agir avec les autres enfants dans sa situation, elle a répondu très vite : « Il ne faut jamais parler en mal d’un des deux parents à l’enfant, parce que ça mélange. Ça aide d’avoir quelqu’un à qui se confier. On se sent mal. Tu vois tes parents se chicaner, tu as envie de leur crier d’arrêter et leur dire qu’ils se comportent comme des bébés, mais tu ne dis rien parce qu’ils n’écoutent pas. »

Chacune de ces affirmations peut nous aider à nous représenter le drame que vivent ces enfants. Comme adultes, nous ne pouvons pas le nier. Que faire alors, sinon tenter de mettre un peu d’éthique pour aider l’enfant à voir plus clair, à démêler ses émotions, l’aider à faire la paix en lui-même et à discerner un peu de lumière au bout du tunnel ? Surtout, il ne faut absolument pas qu’il se sente pris au piège entre ses deux parents qu’il aime, ou qu’il se sente responsable de la situation. Il est également important de lui montrer ses propres forces et de le convaincre qu’il a ce qu’il faut pour passer par ce chemin difficile. Quand c’est possible, l’enfant peut trouver un peu de répit et de calme chez un ami ou un autre parent en qui il a confiance. L’important est qu’il puisse prendre une distance suffisante pour élargir son regard. Il faut qu’il comprenne qu’il n’y est pour rien, qu’il ne peut rien y changer, mais qu’il est dans son pouvoir de ne pas se laisser engloutir par le drame que vivent ses parents.

Le témoignage de cette jeune préadolescente nous a profondément touchés et nous avions à cœur d’en parler. Derrière chaque enfant, il y a une histoire et, même si cette histoire est courte, elle est celle de sa vie. Aujourd’hui, il est souvent mal perçu de parler directement de Dieu aux enfants, mais rien ne nous empêche de leur enseigner comment pardonner et comment mieux aimer. C’est le chemin que le Christ nous invite à suivre en toutes circonstances. En agissant ainsi, non seulement nous aidons l’enfant à aller vers l’autre, mais nous le conduisons aussi au Christ qui partage et sanctifie notre condition humaine. Lui-même nous entraîne vers le Père qui est le même pour tous, que nous soyons croyants ou non.

En collaboration,
Anne Saulnier et Jacques Marcotte, OP
Québec

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