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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Éditorial

Silence au Congo

Imprimer Par Jacques Marcotte & Anne Saulnier

cloche

Un ami congolais s’est joint à nous pour cet éditorial. Gaston Ndaleghana Mumbere, prêtre assomptionniste, vient tout juste de publier un livre (1). En écrivant son récit sous forme de courtes lettres, l’auteur fait beaucoup plus que nous décrire ce qui se passe sur sa terre natale, au Kivu. Dans cette région située dans l’est de la République du Congo, sévit une guerre depuis près de vingt ans. La population locale est tenue en otage. Au Kivu, le silence est un ordre. En brisant cet ordre, l’auteur fait le pari insensé que si la peur a réduit la population au silence, nous avons, nous, cette possibilité et cette responsabilité d’une prise de parole forte pour que cesse l’injustice. Tout le livre raconte cette peur de parler. Il nous appelle à nous mobiliser pour dénoncer le mal subi.

Après les attentats de Paris, au Bataclan, en novembre 2015, où il a perdu sa femme, Antoine Leiris écrivait ces mots : « Vous n’aurez pas ma haine. » Le même message est véhiculé par notre auteur à travers des paroles de sagesse transmises par une grand-mère aimante qui, par son récit de vie, lui fait comprendre le secret de la survie. Plus que tout, il s’agit du message d’une espérance toujours en tension entre la réalité du mal subi et la foi en l’être humain qui, malgré toutes ses souffrances et ses misères, demeure encore capable d’aimer.

Au delà de toutes ces atrocités, l’auteur croit profondément que l’homme est capable, avec le recours de la grâce, de sortir de la corruption et de prendre conscience du mal qu’il fait aux autres. Rendre coup pour coup n’est certes pas la solution. Il lui faut sortir de cette dialectique qui ne mène qu’à une spirale de violence et s’engager sur un autre chemin. Comment ? Par une prise de parole qui nous amène vers un ailleurs où peut survenir un impossible accord. L’auteur y croit profondément, de toutes ses forces ; c’est pourquoi il nous invite à parler pour son peuple dont la voix est étouffée par la peur, quand seule compte pour lui la survie qui rythme les jours qui passent.

Gaston Ndaleghana Mumbere véhicule peut-être un message politique, mais c’est avant tout un message chrétien qu’il nous livre. Il nous sensibilise et il nous invite à agir envers une population qui s’est tue et qui a appris, tant bien que mal, à survivre malgré ses nombreuses blessures. Pendant longtemps, Gaston Mumbere a choisi de se taire lui-aussi, par peur des représailles. Aujourd’hui, devant l’ampleur du désastre et suite à la disparition de trois confrères assomptionnistes kidnappés en 2012, il prend la parole malgré les risques. Il le fait pour les siens; et aussi parce qu’accepter la situation, c’est accepter l’écrasement et la mort. Non seulement la mort de ses frères et sœurs congolais, mais aussi la sienne.

En lisant son livre, nous ne pouvons que rendre grâce pour ce désir de vivre qui nous habite, de cette espérance profonde qui nous vient du Christ lui-même. En écrivant ces lignes, nous pensons à nos frères et à nos sœurs du Congo, mais aussi à ces millions de réfugiés qui fuient la guerre et qui n’ont plus la force de parler.

En collaboration
Anne Saulnier et Jacques Marcotte, OP
Québec, QC

1. Gaston Ndaleghana Mumbere, La cloche ne sonnera plus à l’église de Butembo-Beni, Le viol n’était pas assez, Québec éd. Saint Joseph, 2016.

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