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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
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« Accompagner, discerner et intégrer la fragilité »

Imprimer Par Jacques Marcotte & Anne Saulnier

Couple aux parapluies

En mars 2016, le pape François signait l’exhortation apostolique post-synodale Amoris Laetitia, qui traite de l’amour dans la famille. L’exhortation porte bien la marque de François par le langage pastoral qui s’en dégage : le pape prône une Église capable de nuances qui, tout en respectant les normes établies, tient compte de la réalité des situations complexes que vivent les gens.

Le huitième chapitre a particulièrement attiré notre attention par son titre : accompagner, discerner et intégrer la fragilité. Il y est question de situations dites « irrégulières » ou extrêmement complexes à traiter, qui ne correspondent pas à l’idéal proposé par l’Église. Face à ces situations de fragilité, le pape invite à la miséricorde et au discernement spirituel. Il propose une sorte de chemin pour y arriver, qu’il décrit ou définit par trois verbes : accompagner, discerner et intégrer. Le pape introduit ainsi un concept intéressant, quand il parle d’une nécessaire gradualité de la pastorale qui va dans le sens de la miséricorde.

Accompagner, discerner et intégrer la fragilité humaine pour rappeler que l’Église est au service de l’humain et qu’elle a mission de témoigner de l’amour de Dieu. Il ne s’agit pas d’occulter la lumière de l’idéal, ni de proposer moins que ce que Jésus nous demande, mais de faire preuve de compassion dans nos interventions, en nous rappelant toujours que tous, nous avons nos fragilités. Savoir discerner les fragilités, à la fois en nous et dans l’autre, ouvre un chemin de vie pour l’accompagnement et change notre regard sur les situations humaines où la fragilité est mal traitée. La miséricorde nous conduit vers une intégration de nos fragilités respectives et tous les partis en sortent gagnants. Ne sommes-nous pas tous des compagnons de route sur cette terre ?

En parcourant ce chapitre de l’exhortation du pape, nous nous sommes dits que nous devrions toujours garder en mémoire ces trois verbes clés qui s’appliquent tellement bien dans la vie de tous les jours. Que de fois, nous portons des jugements faciles et sans appel, alors même que nous n’avons pas pris le temps d’approfondir notre connaissance de la situation et du contexte dans lequel s’est déroulé tel événement. Et notre jugement est d’autant plus sévère s’il s’agit d’élus ou de notables, en qui nous avions mis notre confiance. Nous exigeons beaucoup de ces personnes et oublions trop souvent que l’erreur est humaine, et qu’il y a très souvent des circonstances atténuantes dont nous devrions tenir compte. Sans excuser les comportements inacceptables, nous pourrions tout au moins essayer de faire l’effort de saisir la situation dans sa globalité, ce qui nous permettrait un meilleur discernement et un attachement à l’essentiel.

Au cœur d’une attitude humaine et pastorale à développer, ce que propose le pape François c’est la manière du Christ lui-même. Rappelons-nous le dialogue de Jésus avec Nicodème, la Samaritaine, Zachée ou l’aveugle-né. Jésus ne porte jamais de jugement, mais il prend les gens comme ils sont et, par son attitude et ses paroles, les aide à intégrer et même à dépasser leurs fragilités.

En ce temps de l’année où tout nous invite à la détente, profitons de cette belle période pour mieux connaître nos proches et les gens qui nous entourent. Nous irons peut-être de surprise en surprise pour découvrir que l’Esprit est toujours à l’œuvre et présent, même dans les situations humaines les plus complexes, et qu’il tient compte de nos fragilités respectives pour nous amener graduellement vers le Père.

En collaboration,
Anne Saulnier et Jacques Marcotte, OP
Québec

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