Trésors des religions,

Responsable de la chronique : Bruno Demers, o.p.
Trésors des religions

« Recouvre-le d’un pan de ton manteau, ô Terre, comme fait une mère pour son fils! »

Imprimer Par Prière de la tradition hindoue

Cet hymne tardif du Rig Veda, repris presque littéralement dans les «Traités de rituel domestique», s’adresse tantôt au mort que l’on prie de s’éloigner, tantôt à des puissances divines, particulièrement la Terre Mère, qui est ici invoquée de façon très émouvante. On a le sentiment que le mort, ici un homme de la classe des guerriers (kshatriya) est inhumé, mais selon les commentateurs, il se peut que ce soit l’urne contenant ses cendres qui fait l’objet de ce rite.

Va t’en, ô Mort, prends l’autre route,
celle qui est tienne, distincte de la voie des dieux!
Je te le dis, toi qui as des yeux, qui as des oreilles :
ne fais pas de dommage à nos enfants, à nos fils!

Quand vous allez, brouillant les pas de la mort,
portant plus loin votre durée de vie plus longue,
gonflés de progéniture et de richesses,
soyez alors purs et sanctifiés, ô vénérables!

Ces vivants se séparent à présent des morts.
L’appel aux dieux nous est aujourd’hui favorable.
Nous sommes allés au-devant de la danse et des rires,
portant plus loin notre durée de vie plus longue.

J’installe cette barricade pour les vivants,
qu’aucun autre parmi eux n’atteigne cette limite!
Qu’ils vivent cent automnes dans l’abondance
et placent la mort au-dedans de la montagne!

Rampe sous cette terre qui est ta mère,
la terre au vaste domaine, aux bonnes faveurs!
Vierge à la douceur de laine pour qui donne,
qu’elle te garde du séjour du Néant!

Forme une voussure, ô terre, ne l’écrase point!
Donne-lui heureuse entrée, heureux hébergement!
Recouvre-le d’un pan de ton manteau
ô terre, comme fait une mère pour son fils!

Formant une voussure, que la terre se tienne solide!
Car mille colonnes sont à édifier.
Que cette maison ruisselle de beurre sacré,
et lui soit en tous temps un refuge!

J’étaye la terre au-dessus de toi.
En plaçant cette motte, puissé-je ne pas te léser!
Que les pères soutiennent ces piliers!
Que Yama construise ici pour toi une demeure!

Rig Veda I, 18, dans Hymnes spéculatifs du Veda, trad., fr. L Renou,
Paris, Gallimard/Unesco, 1956, p. 63-65.

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