Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 5e dimanche de Pâques

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

jn_15_1-8_aimez-vous

Voyez comme ils s’aiment !

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 13,31-33a.34-35.
Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti du cénacle, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui.
Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt.
Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Vous me chercherez, et, comme je l’ai dit aux Juifs : “Là où je vais, vous ne pouvez pas aller”, je vous le dis maintenant à vous aussi. »
Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres.
À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »

COMMENTAIRE

Voilà des paroles difficiles à entendre, difficiles à saisir!  Judas vient de partir pour aller trahir son maître; par le fait même il enclenche le processus qui va mener à la mort de Jésus. Jésus demeure seul avec les disciples dans la salle du repas. Tout le monde comprend qu’il est coincé. Que l’étau de la mort se resserre maintenant sur lui. Notre Seigneur pourtant s’attarde avec les siens, autour de la table, comme on prolonge parfois la conversation après le repas, en prenant une tasse de thé. Il entame un long entretien, intime et lumineux, dans un cœur à cœur avec ses disciples.

Ce qu’il dit d’abord nous étonne. Il parle d’un moment de gloire venu pour lui. C’est comme s’il était fier et content de ce qui arrive. Avons-nous mal compris ? Mal traduit ses propos ? Ou bien, est-il en train de nous révéler ainsi l’amour fou, extraordinaire, dont il nous aime ? Dont il aime Dieu, son Père ?  Un peu comme le couple qui s’aime éperdument, même dans l’épreuve, où chacun se donne totalement à l’autre; ou comme les parents qui font tout pour sauver leur enfant; ou comme des amis fidèles qui se sacrifient l’un pour l’autre; ou comme le médecin, l’infirmière ou la préposée qui s’investissent à fond pour les patients. Il y a là une merveille, une gloire, une victoire. Comprenons que l’intensité de la douleur et de la souffrance dont Jésus va être chargées est  pour lui, pour le Père et pour nous la mesure de cet amour total qu’il a pour nous.

S’il a pris notre condition humaine, n’était-ce pas pour en porter aussi les peines, les souffrances et les malheurs jusqu’au bout ? Il va prouver ainsi, jusqu’au bout, la solidarité, la communion parfaite qu’il a choisie librement de vivre avec nous, montrant jusqu’à la mort combien il nous respecte et nous aime.

Il nous prend ainsi par le dedans de nous-mêmes, dans ce qui fait notre faiblesse, notre fragilité, notre liberté brisée, nos cœurs blessés, portant en sa personne les effets dévastateurs de nos haines, de nos peurs, de notre honte, de nos cruautés, de notre orgueil, de tous nos péchés.

C’est ainsi que Jésus est glorifié dans l’amour, dans la vérité du plus grand amour. Et cette œuvre lui vaut de glorifier le Père qui lui-même – en communion d’amour avec lui – consent au sacrifice de son Fils. Aussi ce Fils sera-t-il bientôt glorifié par le Père qui lui re-donnera vie en son humanité même, le ressuscitant glorieusement au matin de Pâques pour une vie nouvelle en notre chair.  Vie nouvelle qu’il ne va pas garder pour lui seul, une vie qu’il a désormais pouvoir de nous partager dans l’Esprit. C’est ainsi que le grand amour vainqueur du Christ nous renouvelle tous – nous, ses frères et ses sœurs – parce que cet amour dont il nous aime est immensément puissant. Il est bien capable de créer un ciel nouveau et une terre nouvelle… car la première création va disparaître.

Nous comprenons que le Seigneur ose maintenant nous demander de nous aimer les uns les autres – d’un amour nouveau – comme lui nous a aimés, parce qu’il nous a tellement aimés, parce que nous en vallons la peine et parce que cet amour nous a tous transformés, nous a rendus capables d’un pareil amour, et que désormais là est le secret et la preuve de notre guérison, dans cet amour que nous aurons les uns pour les autres.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois