Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet
Nous deux

Les paparmannes roses

Imprimer Par Caroline Pinet

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« Un jour, je suis allée trouver ma grand-mère pour lui parler d’amour ! C’est curieux, dit Gabrielle, que de penser à sa grand-mère pour un sujet comme ça ! Je ne voulais surtout pas en parler à ma mère ! J’avais seulement besoin de réconfort et d’espérance. Je voulais rompre avec Matthieu. » Le cœur gros, Gabrielle se rend donc chez son aïeule. En fait, elle veut seulement des bras chaleureux qui l’entourent et qui l’aiment alors que son grand « amour » s’envole…

Aussitôt les embrassades d’accueil passées, Rose, la mamie qui fleure bon la pastille au « thé des bois », met à bouillir de l’eau. Cela aurait été plus vintage si la bouilloire avait été posée sur un rond de poêle à bois, mais les vieux de nos jours ont des bouilloires électriques dont il suffit de presser le bouton après les avoir branchées. Pas un seul mot n’est échangé durant les préparatifs. Gabrielle se souvient que déjà ces petits gestes familiers avec les bruits de la cuillère qui tinte sur la porcelaine avaient commencé à l’apaiser.

En s’asseyant avec les tasses de thé, la grand-mère la regarde et lui demande : « Alors, qu’est-ce qui ne va pas ? ». C’est une porte d’entrée qui s’ouvre aux confidences et Gabrielle s’effondre en larmes : « Je pense que je vais quitter Matthieu. » Pendant un bon moment, plus rien ne se dit, seules les larmes et les plaintes du cœur se font entendre, entrecoupées de paroles de réconfort « allons, allons… » Puis, Gabrielle se lance. Elle explique tout ce qui ne va pas avec son mari.

L’histoire de Gabrielle ressemble à toutes les autres histoires d’amour. Elle ressemble aux nôtres, elle ressemble aux vôtres. Cette impression de ne pas se sentir aimé, ce sentiment qu’on a dû se tromper car l’autre n’est pas celui que l’on croyait. L’autre est un égoïste car il ne pense pas à moi ! Dans la tête de Gabrielle, tout se confond : l’amour est à la fois une scène romantique qui « devrait être » comme un vieux film avec Cary Grant… et à la fois une revendication de liberté nouvelle où l’on veut vivre sa vie sans avoir l’autre qui nous barre la route…

Elle pense que ça devait être si simple au temps de sa grand-mère : « on se mariait et on ne se posait pas toutes ces questions ! », pense-t-elle. Contre toute attente, Rose n’essaie pas de lui dire comment sauver son mariage. Elle lui demande simplement ce qu’elle fera après la rupture. Gabrielle ne sait pas. Mais elle se dit qu’elle voudrait trouver vraiment l’amour, passer sa vie (ou pas) avec quelqu’un pour qui elle ressentira un grand amour et ne pas devoir faire toutes ces concessions. Son amour actuel est « brisé ». « C’était plus simple dans ton temps n’est-ce pas ? » lance la jeune femme à la vieille.

Sa grand-mère la regarde et lui répond : « Bien… dans mon temps, c’était pas comme ça ! On n’était pas habitué à tout jeter. Ce qu’on avait, on en prenait soin et si on le brisait, bien, on le réparait ! Aujourd’hui, vous jetez tout, je ne sais pas si c’est mieux… on regarde la planète et c’est une grosse poubelle. Mais je me demande pourquoi jeter ce qui peut être réparé si c’est pour racheter la même chose ! »
« Oui, mais doit-on rester avec quelqu’un si on ne ressent plus d’amour ? » La grand-mère lui répond : « Qu’est-ce que l’amour ? L’amour évolue. Après quelques années, ça ne peut plus être le cœur qui bat plus fort à chaque fois qu’on voit l’autre ! L’autre, tu l’as vu en chaussettes ! Et en plus ces chaussettes tu les as peut-être ramassées car elles traînaient… »

– Oui, mais, comment peut-on réparer un amour ? » insiste Gabrielle.

Alors, la grand-mère qui sent la paparmanne rose leur reverse du thé. « C’est peut-être pas l’amour qui est brisé… c’est peut-être tout simplement ton regard. » Elle lui explique alors que parfois, nous ne savons pas regarder l’autre. L’autre nous aime mais on ne s’en rend pas compte. Et surtout, « pendant que tu cherches à savoir si l’autre t’aime, tu oublies toi-même de lui montrer que tu l’aimes. Le problème c’est pas l’amour, c’est la façon dont on regarde la vie… »

Gabrielle est repartie chez elle en pensant au fait qu’elle entretenait un amour « jetable ». Elle se souvenait de l’amour de ses grands-parents et se disait qu’elle voulait un amour durable comme le leur. Elle comprit que Matthieu, qu’elle avait épousé, n’était pas « jetable » et elle avait soudain envie de réparer cette relation qui au fond pouvait encore se poursuivre. Elle se sentait soudain bête d’avoir tout voulu renverser. Elle voyait Jérôme Matthieu autrement, mais pourquoi, peut-être parce qu’elle changeait son regard…

Et comme Gabrielle est une jeune femme moderne, elle fit une recherche sur internet à la recherche d’idées pour sauver son couple (qui n’allait pas si mal au fond !). Elle tomba sur une référence qui lui sembla très intéressante : un livre de Gary Chapman, Ce que j’aurais aimé savoir avant de me marier. Le titre la rejoignait, elle le commanda et appris beaucoup de choses pour non seulement réparer son amour. Elle pensa à Rose, sa grand-mère, et se dit que la préservation des choses et des relations avaient du bon même encore aujourd’hui. On peut être jeune et penser comme sa grand-mère. Elle s’inquiéta cependant quand elle eût un goût de « thé des bois » persistant qui commençait à l’obséder…

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