Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 17e dimanche T.O. (B)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

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La merveille du Pain

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 6,1-15. 
En ce temps-là, Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée, le lac de Tibériade.
Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades.
Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples.
Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche.
Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui. Il dit à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? »
Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire.
Philippe lui répondit : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain. »
Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit :
« Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »
Jésus dit : « Faites asseoir les gens. » Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.
Alors Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient.
Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : « Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde. »
Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge, restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.
À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. »
Mais Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul.

COMMENTAIRE

Il faut avouer que la mise en scène est grandiose, presque digne d’un Robert Lepage ; mais ce n’est pas ici la Tempête. Jésus ne tire pas le rideau, au contraire il l’ouvre sur un monde nouveau. Le ton est solennel. Il annonce un évènement marquant. Reconnaissons en même temps la sobriété de la présentation. L’auteur amène juste ce qu’il faut pour suggérer un peu la beauté, la liberté, la paix et la générosité d’un univers presque paradisiaque.

Jésus est passé de l’autre côté du lac. La fête de la Pâque juive est proche. C’est à flanc de montagne que le Seigneur rassemble son peuple. On dirait Moïse après la grande traversée, portant sur lui tout un peuple. La suite de l’histoire repose paradoxalement sur le geste hors proportion d’un jeune garçon. Il met 5 pains et 2 poissons dans la balance. Son geste prophétique de partage nous interpelle encore. N’est-ce pas sur cette base, que le Seigneur peut donner avec surabondance, qu’il se donnera lui-même jusqu’au bout pour la vie du monde ?

Nous aurons amplement l’occasion d’aller plus loin dans notre réflexion sur l’Eucharistie. Les prochains dimanches du mois d’août vont y revenir pour un approfondissement et une appropriation renouvelés de ce thème. Aujourd’hui il nous suffira de contempler simplement le signe des pains et des poissons donnés, offerts et multipliés. Le don fait par un jeune pour le bien de tous. N’y a-t-il pas là déjà un signe ? Et nous voyons Jésus dans l’action de grâce du Fils à son Père porter ce don à la mesure du don de Dieu pour la vie du monde.

En ce récit, en fait c’est le Ressuscité qui nous rassemble comme le berger son troupeau, qui nous établit en convivialité et bonheur de vivre. Il nourrit son peuple dans l’abondance du don qu’il nous fait de sa vie. Voici qu’il nous engage avec lui dans le régime du don, annoncé par l’enfant et consacré en sa mort et sa résurrection.

Un détail du récit, à la fin, ne va pas sans nous pincer le cœur. Il nous montre Jésus confronté à une foule qui s’emballe pour lui. N’est-ce pas lui le grand prophète, celui qui vient dans le monde ? Ne nous faut-il pas l’investir tout de suite de la royauté ? On rapporte que Jésus alors échappe à ces gens trop pressés. Il n’entre pas dans un calcul qui veut le récupérer pour une oeuvre politique ou même militaire. Le jour viendra où Jésus assumera ce titre. Il reconnaîtra même sa royauté devant Pilate à l’heure de la Passion ; mais alors ce concept sera purifié, dégagé de toute l’ambiguïté qui souvent l’entache. Mon royaume n’est pas de ce monde, dira  Jésus avant d’aller mourir en croix.

À la veille du déclenchement officiel d’élections fédérales au Canada, la réaction de Jésus devrait nous inspirer. Il faut nous méfier des emballements. Faire preuve de sagesse et de discernement. Aborder nos grandes démarches collectives avec le sérieux qu’elle mérite. Ne pas précipiter nos choix et nos décisions, ne pas céder aux préjugés ni aux idées toutes faites, prendre du temps pour la réflexion, profiter de la liberté et de la convivialité offertes en cette saison d’été pour mûrir un véritable projet de société. Jésus, en se retirant tout seul dans la montagne ce soir-là, nous invitait à réfléchir et à prier avec lui ; il nous invitait ainsi à prendre une certaine distance pour échapper à la pression sociale, il nous proposait de mener d’abord auprès de Dieu notre quête de lumière et de sens. Pour nous garder libres et sereins. Pour trouver en lui notre refuge et notre assurance, notre joie, notre confiance, le courage des gestes et des choix qui pourront faire advenir chez nous une société plus juste et plus fraternelle.

 

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