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Responsable de la chronique : Denis Gagnon, o.p.
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Risquer la foi

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Le 22 mars 2015

Il y a quelques centaines d’années, nos ancêtres avaient peur quand ils entendaient le tonnerre. Ils croyaient que Dieu était fâché et qu’il manifestait ainsi sa colère. Aujourd’hui, les scientifiques peuvent nous expliquer le phénomène en ayant recours à des explications simplement naturelles.

Chaque jour, la science permet des découvertes qui expliquent bien des mystères. Et nous avons l’impression que, de plus en plus, la connaissance fait reculer les frontières du pays de la foi. Dieu semble avoir de moins en moins d’emprise sur ce qui existe autour de nous et sur ce qui nous arrive.

Des recherches en psychologie et en psychanalyse affirment qu’il se pourrait fort bien que nous ayons inventé Dieu pour donner une réponse à nos questions sans réponse. Dieu serait né un jour où notre inconscient aurait fait asseoir à la même table nos besoins les plus profonds et notre imagination la plus féconde. Ensemble, ils auraient inventé Dieu pour faire disparaître la peur, pour se donner une sécurité.

Dieu existe-t-il vraiment? Agit-il dans notre monde? Je pense aux compromissions, aux pactes, aux connivences que, nous les chrétiens et les chrétiennes, nous entretenons dans des situations de notre société qui vont carrément contre l’Évangile. Quand nous voyons, après 2000 ans de christianisme, que de grandes promesses pour un monde de justice et de paix définitives ne semblent pas se réaliser, nous sommes en droit de nous demander si l’Évangile  est vraiment efficace. Est-ce vraiment de cela que le monde a besoin? Devant les tendances diverses, les mentalités si différentes, les options contradictoires, l’absence de leaders, de prophètes, Dieu est-il vraiment intéressé par l’unité de son Église?

Oui, vraiment nous avons là – et nous pourrions allonger la liste – de très bonnes raisons de refuser de croire en Dieu. Nous avons autant de bonnes raisons que des disciples en avaient d’abandonner Jésus quand il dit : «Je suis le pain de vie : qui mange ma chair et boit mon sang aura la vie» (Jean 6). «Manger ma chair» : le mot grec signifie précisément qui «mâchouille» ma chair! Quand cela ressemble tellement au cannibalisme, la raison et le bon sens nous invitent à changer de clan!

Mais je pense que c’est à ce moment que peut naître la foi. À partir du moment où nous avons toutes les raisons de refuser de croire, la foi devient possible. Il faut avoir le droit et la possibilité de ne pas croire pour choisir la foi comme l’ont fait les apôtres.

Croire, ce n’est pas adhérer à des évidences. Ce n’est pas faire un raisonnement logique, clair, précis. Ce n’est pas comprendre une vérité. Croire, c’est risquer. C’est s’engager au risque de se perdre. Nous voulons suivre Jésus, cet homme qui ne s’est pas démenti, enveloppé d’un mystère qui semble vouloir dépasser son humanité. Nous osons croire qu’il est Dieu.

Nous sommes loin des certitudes. Cela ressemble plutôt à la folie des cascadeurs.  Et surtout, à la folie des amoureux. Cela ne s’explique pas, cela ne se comprend pas, cela se vit! La foi a des raisons que la raison ne connaît pas.

Chaque dimanche,  les chrétiens et les chrétiennes se retrouvent autour d’un peu de pain, un peu de vin, et ils vont jusqu’à dire que cette humble nourriture est la chair et le sang de Jésus, offerts à manger. Dans cette invraisemblance, dans cette folie, nous voulons mettre tout ce qui ne s’explique pas dans notre vie. Nous voulons, en même temps, le faire avec tout l’élan de ceux qui acceptent d’avance qu’ils peuvent rater leur coup, manquer leur vie.

 

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