Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Quatrième dimanche de l’Avent (B)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Quand Dieu rêve d’une maison

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1,26-38. 
Au sixième mois d’Élisabeth, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,
à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.
L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »
À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.
L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus.
Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ;
il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »
Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? »
L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu.
Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait : ‘la femme stérile’.
Car rien n’est impossible à Dieu. »
Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.

COMMENTAIRE

Nous connaissons tous de belles représentations de l’Annonce à Marie, les unes très dépouillées comme celles de Fra Angelico ou celle du vitrail de l’Église St-Dominique de Québec, d’autres plus chargées, plus remplies de détails. Ce sujet qui est au cœur du mystère chrétien a passionné nombre d’artistes au cours des âges et il nous a valu des illustrations qui parfois nous distraient de l’essentiel.

En fait, à lire et relire le récit de Saint Luc, on s’étonne de l’immense dépouillement visuel de la scène : pas de détails matériels, rien de spectaculaire, rien qui puisse nous distraire de l’essentiel. Et cet essentiel, c’est, de tout évidence, Dieu qui parle par la voix de son ange Gabriel et Marie qui écoute et qui réagit à cette Parole. Tout est dit. À peu près rien n’est vu. Il y a peu pour l’imagination. Tout suggère la discrétion et l’intériorité, l’intimité d’une relation et d’une action appelées à se concrétiser en secret d’abord dans l’intelligence et le cœur de cette femme avant de devenir par le jeu de sa liberté et de son obéissance une réalité de chair et d’os par la naissance au monde du Verbe de Dieu lui-même.

L’œuvre du Seigneur vient accomplir une prophétie messianique. La première lecture nous l’a rappelé, le roi David un jour s’était mis dans la tête et dans le cœur de construire une maison pour Dieu. Le prophète Nathan l’encourageait en ce sens. Cependant Dieu, lui, avait d’autres plans. Son amitié pour David débordait sur un avenir à plus long terme. David devait comprendre qu’il y a maison et maison… et que le plus important, c’était une maisonnée qui dure, une famille étalée dans le temps, une descendance que Dieu accompagnerait. Le prophète en vient donc à parler à David dans les termes très forts d’une promesse de royauté sans fin : « Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours ». On a compris qu’il annonçait un projet d’une qualité exceptionnelle : « Je te donnerai un successeur dans ta descendance, qui sera né de toi, et je rendrai stable sa royauté. Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils. »

C’est de cette succession que Marie est informée dans l’annonce que lui fait l’ange Gabriel. La Vierge – bien-aimée de Dieu – représente en l’humilité de sa personne – la pauvreté et l’espérance d’Israël devant la promesse autrefois faite à David. La fidélité du Dieu saint et tout-puissant est au rendez-vous de Nazareth pour un accomplissement prodigieux. Marie – la comblée de grâce – sera fécondée par l’action de l’Esprit Saint de Dieu qui enfin réalisera le projet attendu au long des siècles. Merveille que la parfaite obéissance de cette fille humble et réfléchie, merveilleuse aussi l’obéissance de Joseph, de la Maison de David, qui prend chez lui Marie pour épouse.

Cet heureux compromis est au cœur de notre intelligence du mystère du Christ. Dieu tient sa promesse. C’est une vierge d’Israël qui reçoit la grande demande. Elle accueille aujourd’hui cette annonce avec simplicité, humilité et réalisme. C’est ainsi que le Fils bien-aimé prend chair.

Pour cette œuvre d’amour, de tendresse et de fidélité, rendons grâce au Seigneur en cette eucharistie. Cette mémoire solennelle nous donne d’habiter la maison que Dieu lui-même a voulu bâtir. Il veut qu’elle soit la demeure vaste et durable où ses enfants sont rassemblées comme en un seul Corps, en une seule grande famille, en son Fils, son bien-aimé, l’Emmanuel, lui avec nous et nous tous avec lui.

 

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