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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Éditorial

Avons-nous la fièvre?

Imprimer Par Jacques Marcotte & Anne Saulnier

Nous avons longtemps cru que l’Afrique était un monde éloigné et complètement différent du nôtre. Ces derniers temps, avec l’épidémie hémorragique de fièvre Ébola, ce monde frappe douloureusement à nos portes. Il nous fait peur et il mobilise nos énergies et nos systèmes de défense; une véritable paranoïa envahit des populations qui, autrefois, se pensaient immunisées et nullement menacées. Plusieurs se demandent si nous devons nous-mêmes nous mettre en quarantaine pour nous protéger. Il est certain qu’en agissant ainsi, non seulement nous isolons les autres, mais nous devenons des spectateurs inutiles devant cette réalité tragique qui pourtant nous concerne tous.

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En Afrique, les croyances ancestrales peuvent freiner l’action des soignants et soignantes. À ce sujet, nous avons entendu plusieurs témoignages qui disent la nécessité de créer des liens significatifs avec les diverses communautés concernées avant de pouvoir intervenir de façon efficace dans une action thérapeutique directe. Ces liens de confiance débutent toujours par la parole et le savoir être.

La parole permet d’établir une certaine dynamique entre l’intervenant et les gens. Cette nouvelle dynamique contribue à renverser la situation initiale, souvent faite de méfiance de la part des communautés atteintes par la fièvre. La confiance en la personne de l’intervenant, l’espoir d’une guérison chez les personnes atteintes, l’authenticité de la relation qui se développe entre les personnes deviennent les composantes nécessaires pour en arriver aux changements souhaités.

C’est ainsi qu’à notre insu, nous retrouvons, à travers la parole et les nouvelles attitudes qu’elle initie, le modèle qui structure profondément notre vie humaine et toute vie chrétienne. N’avons-nous pas là, en effet, le processus qui nous rappelle les grands axes de la spiritualité chrétienne que peut-être nous avions oubliés : la foi, l’espérance et la charité.

Dans le désarroi actuel causé par la fièvre Ébola, il est bon de considérer que l’ouverture au monde de la prière permet de dépasser l’humain et de faire l’expérience intime de la gratuité des dons de Dieu. Une telle approche s’impose dans des circonstances extrêmes que nous vivons présentement à si grande échelle. Ne sommes-nous pas dépassés par l’ampleur de l’épidémie? Le réflexe de la prière nous garde dans l’espérance d’en sortir. Il agit sur nos peurs et nos envies d’exclusion. Il favorise un climat de communion et de communication qui nous ouvre intensément sur Dieu et les autres. En nous enfermant sur nous-mêmes, nous nous fragilisons. Au contraire, en faisant preuve d’ouverture, nous nous solidarisons avec les autres, nous rapprochant ainsi de chacun, chacune; et par le fait même, de Dieu.

La pandémie actuelle fait des ravages. Pour la combattre, il faut mettre en œuvre des ressources humaines colossales. Mais nous ne devons pas oublier que nous disposons d’une force peu commune pour mener à bien cette bataille, une force spirituelle qui va chercher et mobiliser au milieu de toute cette détresse humaine ce qu’il y a de plus beau et de meilleur. Cette force nous donne la motivation nécessaire pour continuer à travailler sur des solutions concrètes, tant au plan médical qu’au plan des autres nécessités. Des gens, nombreux, se sentent interpellés. Ils surmontent leur peur pour aider les populations en difficulté, en faisant preuve d’une générosité incroyable et d’un don de soi hors du commun!

Cette force, c’est Dieu lui-même qui la distribue à tous ceux et celles qui travaillent par amour pour leurs frères et sœurs qui sur le terrain sont dans la misère, peu importe leurs croyances. N’est-ce pas ce même Dieu et Père que les malades rencontrent à travers ceux et celles qui osent venir les aider et se mettre si généreusement à leur service?

En collaboration,
Anne Saulnier et Jacques Marcotte, OP
Québec

 

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