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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Jeunesse oblige : MOMMY et 1987

Imprimer Par Gilles Leblanc

Québec sait faire en cinéma. C’est ce qu’illustrent de façon éclatante deux productions récentes qui, en prime, obtiennent beaucoup de succès au box-office. Dans les deux cas, on y présente un portrait de la jeunesse. Dans son savoureux 1987, le réalisateur Ricardo Trogi performe avec une comédie douce-amère sur les péripéties d’un jeune de 17 ans. Pour sa part, Xavier Dolan éblouit avec MOMMY, qui met en scène un adolescent gravement perturbé psychologiquement. À noter que le film a reçu le prix du Jury au festival de Cannes et qu’il a été désigné pour représenter le Canada aux Oscars dans la catégorie de meilleur film en langue étrangère.

MOMMY

 

Mommy

Le thème de l’amour mère-fils est au cœur du travail de Xavier Dolan, qui en explore les complexités et contradictions dans chacun de ses films. Son plus abouti à ce chapitre, MOMMY déborde en outre de trouvailles formelles et narratives toutes plus inspirées les unes que les autres.

2015, dans un Québec fictif, le nouveau gouvernement fédéral vient d’adopter une loi permettant l’internement des enfants à problèmes par les parents, sans plus de procès. Une solution que refuse pourtant d’emprunter Diane Desprès, veuve depuis trois ans et mère de Steve, adolescent impulsif et hyperactif atteint du trouble de déficit de l’attention. Lorsque ce dernier met le feu à la cafétéria du centre où il était placé, Diane le reprend chez elle, dans son modeste appartement en banlieue de Montréal.

Si la cohabitation n’est pas sans accrocs, la violence de la relation entre ces deux êtres hauts en couleur est tempérée par l’irruption dans leur vie de Kyla, la voisine d’en face, bègue depuis qu’un événement mystérieux l’a forcée à prendre un congé de son poste d’enseignante au secondaire. L’équilibre que cet étrange trio parvient à atteindre ne résistera pourtant pas longtemps.

Il s’en dégage une poésie libre, fougueuse et généreuse faisant oublier l’utilisation parfois mécanique de la musique ou les répétitions et longueurs contenues dans le récit. L’emploi du format inusité 1:1 (écran presque carré) frappe l’imaginaire. Encadrant les visages des acteurs, il magnifie et intensifie encore les émotions plutôt que de les contraindre, tout en poussant Dolan à réinventer un langage cinématographique avec audace, panache, humour et énergie. Antoine Olivier Pilon crève littéralement l’écran avec sa présence insolente face à une Anne Dorval aussi explosive que touchante et une Suzanne Clément excellente en voisine timide s’émancipant peu à peu.

1987

 

1987

Six ans après l’épatant 1981, Ricardo Trogi (QUÉBEC-MONTRÉAL, HORLOGE BIOLOGIQUE) poursuit avec un égal bonheur l’exploration amusée de ses souvenirs de jeunesse. Surmonté par la narration ironique du cinéaste et agrémenté d’apartés satiriques prenant pour cible la fonction publique québécoise, le récit illustre de manière drôle et authentique les préoccupations des adolescents et leur naïveté face aux problèmes complexes.

Ricardo dresse une liste de choses à accomplir avant son entrée imminente au cégep: perdre sa virginité dans les bras de sa petite amie Marie-Josée, faire des virées en bagnole avec ses vieux copains et ouvrir une discothèque sans alcool destinée aux mineurs comme lui. Estimant à cinq mille dollars la mise de fonds pour démarrer son entreprise, l’adolescent de Québec frappe un mur à la banque, qui rejette sa demande de prêt au motif qu’il est sans emploi.

Pour y remédier, son père, exaspéré de le voir traîner toute la journée, lui trouve un boulot de valet au restaurant italien où lui-même joue de l’accordéon. Or, l’adolescent est forcé de travailler le soir où il prévoyait faire l’amour pour la première fois avec Marie-Josée. Renvoyé prestement ce même soir pour avoir abîmé la BMW d’un client, Ricardo, de retour à la case départ, pense avoir trouvé le moyen d’amasser les cinq mille dollars.

L’orageuse relation père-fils procure au film ses moments les plus touchants, tandis que les origines italiennes des protagonistes permettent à l’auteur de formuler un commentaire critique sur les stéréotypes culturels. En plus de reconstituer efficacement les années 1980 à l’aide de vêtements et d’objets emblématiques de l’époque, Trogi signe une mise en scène colorée et rythmée, qui fait la part belle à la solide distribution. Celle-ci est dominée par le formidable Jean-Carl Boucher, alter ego du cinéaste, qui a pris de l’assurance et de la prestance avec l’âge.

Gilles Leblanc

 

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