Cinéma d'aujourd'hui,

Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
Cinéma d'aujourd'hui

LE PROMENEUR D’OISEAU, de Philippe Muyl; MAY IN THE SUMMER, de Cherien Dabis

Imprimer Par Patrick Bittar

Le promeneur d’oiseau, de Philippe Muyl

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J’ai été voir Le promeneur d’oiseau en famille, et j’ai eu l’impression inédite que nous formions un échantillon parfait de public-cible. Cette production franco-chinoise peut toucher bon nombre de familles citadines privilégiées, dont les enfants sont menacés par le syndrome « I » (Ipad/Ipod/Iphone), caractérisé par un manque de contact et d’intérêt pour le réel en général et pour la nature en particulier. Plus globalement, le film colle à l’air du temps de nos sociétés post-modernes, où les familles ont tendance à « produire » des enfants-rois.

L’histoire est simple et peut-être comprise par tous. Ainsi la cadette de mes filles (6 ans) a-t-elle trouvé le film « super bien ! », et la puînée (10 ans) a « adoré. C’était très émouvant ! Elle a appris un peu la vie avec son grand-père. Ses parents, ils sont obsédés par le travail ! » « Elle », c’est Renxing, une Pékinoise de 8 ans dont le père est un architecte en vogue et la mère une femme d’affaires ; tous deux sont accaparés par leur vie professionnelle, et leur vie privée en souffre. Renxing – leur fille unique – est gâtée, égocentrique… et accro à son iPad.

A la veille de vacances scolaires, alors que sa mère est envoyée en mission à Paris, que son père est attendu à Tokyo pour un projet prestigieux, et que sa nounou doit partir en province marier son fils, Renxing se voit confiée à son grand-père Zhigen, qu’elle n’a pas vu depuis quatre ans. Or l’ancien paysan a prévu de retourner en bus dans son village natal, au sud du pays, pour y libérer un vieil oiseau de compagnie, selon une promesse faite à son épouse décédée il y a quelque temps déjà. Le périple va transformer sa petite-fille.

Sortie de son environnement luxueux et de ses gratte-ciels en verre, la petite peste capricieuse râle d’abord contre l’inconfort du voyage (pannes, marches forcées dans la forêt touffue, nuits perturbées par les moustiques…). Puis, peu à peu, elle va ouvrir les yeux et se familiariser avec la campagne apaisante, les lacs d’eau claire, les rizières en terrasses, les arbres noueux centenaires, les chenilles, les buffles… et son gentil grand-père.

Le jeu sobre de Li Bao Tian, qui joue le vieux paysan, contribue à la réussite de ce joli film sans prétention. Le scénario comporte quelques invraisemblances un peu trop évidentes, mais le public-cible n’en a cure.

Pour sa première expérience de tournage en Chine, le réalisateur Philippe Muyl a réutilisé le schéma d’amitié intergénérationnelle qui avait déjà fait là-bas, en 2002, le succès d’un de ses films : Papillon, avec Michel Serrault.

May in the Summer, de Cherien Dabis

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Platitudes

May est une Jordanienne qui vit à New-York, où elle vient de publier un recueil de proverbes arabes. Elle est fiancée à Ziad, un Palestinien originaire d’Amman comme elle. La jeune femme le précède au pays natal, en été, pour préparer leurs noces. Elle y retrouve ses sœurs et ses parents.

Sa mère, évangéliste, lui signifie tout de suite qu’elle n’assistera pas aux célébrations parce qu’elle désapprouve le choix d’un conjoint musulman. May se rend compte également qu’après huit ans, sa mère n’a toujours pas digéré son divorce d’avec son père, un diplomate américain qui s’est remarié avec une jeune Indienne. Loin de son fiancé, alors que la date fatidique approche et qu’avancent les préparatifs gérés par sa future belle-famille traditionnaliste musulmane, May commence à douter…

May in the Summer, le deuxième long-métrage de Cherien Dabis, fleure l’autobiographie. Le problème est qu’il est beaucoup trop « auto » et pas assez « graphique ». Qu’il est dur de réaliser un bon film ! Surtout quand on veut, comme Cherien Dabis, écrire le scénario, produire, réaliser, et interpréter le rôle principal. Résultat : le jeu des comédiens est souvent démonstratif du fait d’une absence de direction, et la mise en scène est pataude. Bill Pullman (le père) fait ici figure de sosie pathétique de Michael Douglas ; j’ai eu du mal à reconnaître le comédien qui interprétait pour David Lynch le schizophrène inquiétant de Lost Highway en 1997. Quant à l’actrice franco-israélienne Hiam Abbas (la mère), je préférais la voir il y a cinq ans dans le joli film Les Citronniers.

Très vite on se désintéresse de toutes les histoires mollement déroulées et on se raccroche aux rares scènes où Dabis détourne (sans l’en sortir) la caméra de son nombril : quand la jolie May fait son jogging dans Amman sous les regards concupiscents de gars hilares et sous ceux horrifiés des femmes voilées (les ninjas, comme les appelle sa sœur) ; ou quand May fait la planche sur la mer Morte en s’étonnant de la proximité de la rive palestinienne en face, avant d’apprendre que la mer est truffée de mines pour dissuader les candidats à l’émigration ; ou encore, quand elle se réveille dans le désert de Wadi Rum, face aux majestueuses roches de grès qui se dressent à pic.

D’aucuns situent May in the Summer dans la lignée des « films féministes » réalisés par des femmes issues de pays arabes, comme la libanaise Nadine Labaki. Pour moi, ce n’est qu’un film superficiel et étriqué, à l’instar de cette sortie de May expliquant pourquoi elle aime Ziad : « Il est tellement gentil avec moi : il a si souvent préparé le repas pendant que je travaillais sur mon livre. Il m’apporte le petit-déjeuner au lit ! »

Patrick Bittar, Paris,
Réalisateur de films

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Cette chronique est présentée en collaboration avec la revue Choisir, une revue culturelle ouverte et d’inspiration chrétienne de la Suisse Romande.

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