Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Dix-huitième dimanche du temps ordinaire. Année A

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Un signe pour longtemps!

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied.
En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de pitié envers eux et guérit les infirmes.
Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : « L’endroit est désert et il se fait tard. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter à manger ! »
Mais Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Alors ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. »
Jésus dit : « Apportez-les moi ici. »
Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule.
Tous mangèrent à leur faim et, des morceaux qui restaient, on ramassa douze paniers pleins.
Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.

   

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COMMENTAIRE

   
Il nous faut toujours des signes pour accéder aux réalités spirituelles. Ces réalités sont mystérieuses et elles échappent facilement à nos intelligences limitées. Il nous faut partir de ce qui nous est connu pour aller vers ce que nous ne connaissons pas encore. C’est vrai plus particulièrement dans le domaine de la foi, où nous avançons dans l’inconnu du divin, de la destinée humaine, du sens profond des choses.

Le signe nous permet de plonger dans une réalité qui autrement nous dépasse. En suivant l’évangile de Matthieu, nous accédons ainsi aux merveilles du Royaume à partir du langage des paraboles et de celui des signes. Le signe du pain partagé, effectué sur le bord du lac de Tibériade, en est un de première grandeur.

L’expérience que Jésus va permettre aux disciples de vivre ce jour-là sera pour eux et pour nous un signe puissant à bien des égards pour notre vivre avec lui et avec nos frères et sœurs de la terre.

Mais quel est donc ce signe? Le groupe des disciples dispose de si peu de pain pour nourrir toute cette foule… Or, devant ce maigre dépôt de pain, Jésus lève les yeux vers le Père, il prononce la bénédiction. « Prenant les pains, Jésus rendit grâce, les rompit et les donna. Et tous mangèrent à leur faim. » Tous mangent à leur faim et joyeux, ils rendent grâce.

Le récit de la multiplication des pains nous fait signe que notre Dieu est un Dieu très humain, qui se penche sur nous, qui n’ignore pas notre nature et nos besoins.

Jésus en son geste nous donne aussi à voir l’importance de notre part, de nos partages. Il ne fait pas tout pour nous. Il compte absolument sur notre générosité. Il prie pour que notre part soit féconde. Même si elle est humble et pauvre, elle aura à la fin des proportions surprenantes. Le signe des pains témoigne qu’il ne faut pas attendre d’en avoir plus pour agir. Que le peu que nous avons est déjà beaucoup quand il est mis à contribution sans réserve. La puissance du Christ fait alors le nécessaire, et le geste des pauvres rejoint effectivement beaucoup de monde.

Et même il en restera. Ce sera un grand signe pour la suite. Un signe à grande et longue portée. Nos partages ne sauraient désormais cesser. Il faut que la juste distribution du pain se continue à travers les siècles vers toute humanité affamée.

Les nouvelles nous disent la famine et la détresse qui sévissent en bien des pays du monde. C’est à pleurer et à ne pas savoir que faire. Tant de pauvreté fait mal et nous dérange. Comment nourrir tant de monde? Bien sûr, nous avons peu, mais, hélas, nous veillons jalousement sur ce peu que nous avons, le gardant pour nous et pour les nôtres.

Or la parole de Jésus nous tire dans l’autre sens. Elle nous dit qu’il y a moyen de faire quelque chose pour les autres avec ce que nous avons, même si c’est bien peu. L’amour du prochain ne renvoie pas les gens à eux-mêmes. Il prend charge. Il veut se solidariser avec ceux et celles qui n’ont rien, porter avec sollicitude leurs besoins devant Dieu, avec Dieu.

Jésus dans ce dialogue avec les disciples nous demande de ne pas être égoïstes ni trop prudents. Il nous entraîne dans la compassion et le partage effectif. Notre foi nous amène nous aussi jusque là. Jusqu’à tout perdre pour les autres. Dieu, en son Fils Jésus, agira dans notre faiblesse, si seulement nous conjuguons en vérité nos petites forces et nos faibles ressources avec les siennes qui sont si grandes.

 

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