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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
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Fièvre printanière et estivale !

Imprimer Par Jacques Marcotte & Ane Saulnier

Avec le printemps, un virus saisonnier vient envahir une partie importante de nos populations. Au Québec, ce virus, communément appelé « fièvre du hockey », a été propagé par tous les médias et il s’est infiltré dans toutes nos conversations. En Europe, ce virus apparaît sous une autre forme tout aussi virulente : « la fièvre du football », un sport connu ici sous l’appellation de soccer. On prévoit que dans quelques semaines le virus couvrira toute la planète.

Les symptômes apparentés à ces types de virus sont similaires : ils suscitent une effervescence extraordinaire, suivie d’une montée d’adrénaline incontrôlable, qui finit par exploser littéralement et par faire perdre le sens. La personne, sous l’emprise de l’émotion, réagit de façon surprenante : son énergie augmente considérablement, amenant un flux relationnel qui peut étonner celles et ceux qui ne sont pas contaminées par la dite fièvre. L’œil surpris, ces derniers voient alors leurs proches et leurs amis devenir soudainement compétents, s’exprimant avec facilité et sans aucune gêne, avec passion, malgré leur piètre performance en d’autres situations. C’est ainsi que quelqu’un de timide et de peu enclin à la conversation devient subitement intarissable, tellement qu’on pourrait le croire quelqu’un d’autre.

Le hockey et le soccer constituent chacun un monde en soi. Les matches se jouent entre deux équipes. Ils captivent et mobilisent toute l’attention. Les affrontements se déroulent selon des lois, des règles qu’il faut connaître pour être gagné par la fièvre qu’ils propagent; mais la personne initiée entre bientôt dans un univers second qui est à son image et à l’image de la société ambiante. Le jeu devient ainsi une projection de ce que nous voulons être. Quand notre club gagne, nous ressentons la joie et la fierté d’une réussite; dans le cas contraire, la tristesse et le deuil nous accompagnent pour un temps, et la honte de ne pas avoir été à la hauteur nous envahit.

Le sport pousse à l’extrême nos convictions et nos rêves; il transforme nos favoris en idôles. Nous n’en avons que pour notre club et ses étoiles. Nous nous identifions tellement à nos joueurs que les équipes opposées à la nôtre deviennent des rivales, des « méchants » en quelque sorte, qu’il nous faut abattre et éliminer. Cette attitude change la nature du sport, ou tout au moins elle utilise le sport pour en faire un médium asservi à notre accomplissement personnel et à celui de la société en général. Considéré sous cet angle, le jeu contribue non seulement à une évasion bénéfique, à la guérison de certaines de nos blessures, nous faisant oublier la vie ordinaire et ses difficultés, mais il révèle aussi un petit côté pervers de notre personne et de nos communautés.

Autant dans le hockey, le soccer, le baseball, que dans la course automobile ou de vélo, le spectacle du jeu nous permet une substitution utile. Il donne à nos rêves et à notre vécu quotidien de pouvoir se côtoyer et même se féconder mutuellement. Les compétitions nous soustraient, au moins pour un temps, à nos vieilles querelles, alors qu’elles nous rassemblent autour d’un intérêt commun. Elles deviennent ainsi un facteur puissant d’unité et de paix. D’un autre côté, il nous faut comprendre aussi que ce relais «  médiatique  » comporte des risques et périls, comme celui de faire de nous des loups les uns pour les autres : l’intolérance et le racisme continuent malheureusement d’exister, même dans le sport. Voilà des écueils que le sport et le jeu devraient plutôt nous permettre d’éviter. Une consommation abusive du sport peut également nous détourner de la vraie vie. Là comme ailleurs, la modération et la maîtrise de soi nous permettent d’échapper à tout excès nuisible.

On peut devenir addictif aux compétitions sportives et ainsi mettre en danger notre santé mentale. Par ailleurs, le sport, en tant qu’attraction partagée, redisons-le : il nous réunit, il nous rassemble et nous permet un langage commun. Il facilite les communications, il transcende la réalité ordinaire, il nous fait sortir de nous-mêmes.

Ainsi vécu, le sport n’a-t-il pas une certaine analogie avec la religion ? Les passionnés du sport ne sont-ils pas confrontés à leur impuissance et à leurs limites en tant qu’êtres humains?  Spontanément, ils sont amenés à se tourner vers une aide transcendante, même si leur attitude peut paraître puérile et enfantine aux yeux des autres. Certains d’entre eux ne vont-ils pas jusqu’à produire des gestes rituels oubliés depuis longtemps et se surprendre à prier avec ardeur pour la victoire de leur équipe?

Chose certaine, cet engouement pour les sports d’équipe a quelque chose de fascinant comme phénomène de société et cela méritait que nous nous y attardions, vu son ampleur et son importance de nos jours.

Il ne nous reste qu’à vous souhaiter que votre équipe favorite gagne!

Anne Saulnier et Jacques Marcotte, OP
en collaboration

Québec

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