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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
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Mais, qui sont-elles?

Imprimer Par Jacques Marcotte & Anne Saulnier

Ce matin, en écoutant les nouvelles, une journaliste en poste à Kaboul nous faisait part de son inquiétude face au départ prochain de l’armée américaine déployée depuis douze ans en Afghanistan. Elle s’inquiétait pour le maintien des acquis des femmes afghanes, dans cette société qui semble tellement éloignée de la nôtre par sa culture, sa religion et ses coutumes. En l’entendant faire le bilan de la situation, nous avons ressenti un mélange de compassion et de sentiment d’impuissance. Il nous semblait qu’inévitablement les choses allaient redevenir comme avant, sans que nous puissions y faire quelque chose.

La condition de ces femmes, et celle de bien d’autres, ces oubliées, obligées de vivre cachées dans la peur, dans l’ignorance et dans la soumission aux hommes, heurte profondément notre conscience et nous questionne sur les raisons qui causent cet état de fait. L’homme et la femme ne sont-ils pas pareillement faits pour le bonheur? Comment la détresse de l’un peut-elle engendrer de la satisfaction chez l’autre? D’où vient ce besoin constant de domination de l’homme sur la femme? Comment apprendre à nous aimer, à nous respecter mutuellement? Ne sommes-nous pas nés pour l’amour? Ne cherchons-nous pas tous le bonheur?

Comme nous ne voulions pas tomber ici dans une attitude revendicatrice, nous avons pensé nous pencher d’abord sur les Évangiles pour voir s’il n’y avait pas là un enseignement qui puisse nous éclairer. Le résultat s’étant révélé surprenant, nous avons pensé vous le partager.

La pratique séculaire de l’Église nous a peut-être habitués à penser que les femmes jouaient un rôle caché dans la société judéo-chrétienne des premiers temps de l’Église. De façon générale, ce n’est pas ce qui se dégage d’un regard sur les évangiles. Ce qui nous apparaît bien plus, c’est l’attitude ouverte de Jésus envers les femmes. Il  n’a pas peur de se laisser approcher et même de se laisser toucher par elles. Rappelons-nous la femme souffrant de pertes de sang, ou encore la Syro-phénicienne!

Les évangélistes, saint Jean et saint Luc notamment, nous présentent des femmes qui ont connu Jésus et qui se sont laissées toucher par la grâce. Jean nous montre la Samaritaine avec qui Jésus n’hésite pas à entrer dans un dialogue franc et honnête. Luc, lui, a le souci de faire régulièrement la juste part aux femmes, un peu comme s’il voulait réagir face à la tendance de la culture de son temps de donner toujours priorité aux hommes; cela se traduit dans ses textes par une mention systématique des femmes. Ainsi Luc n’hésite pas à nommer les femmes qui formaient l’entourage de Jésus (Lc  8, 1-3). Par ailleurs il se montre toujours soucieux de marquer l’alternance des hommes et des femmes comme bénéficiaires des signes accomplis par le Seigneur.

De façon unanime les évangiles témoigne de la présence des femmes au pied de la Croix, ainsi qu’au tombeau le matin de Pâques. Marie Madeleine et les autres sont là sans doute à cause de leur amour sincère pour Jésus, de leur attachement à sa personne et pour attester de leur  reconnaissance. Elles sont unies entre elles malgré leurs différences, et c’est l’amitié sans doute qui les amène à surmonter leurs peurs pour se rendre ensemble à la Croix d’abord, puis au tombeau, et à se laisser interpeller par la Parole qu’elles auront à porter aux autres disciples. Ne sont-elles pas celles que Jésus envoie les premières en mission d’annonce du mystère pascal?

Le quatrième évangile, quant à lui, fait une place importante et originale aux femmes. Elles jouent un rôle majeur au seuil des grands tournants de l’œuvre johannique : Marie, la mère de Jésus, à Cana, intercédant pour que son fils accomplisse son premier signe, annonciateur de sa gloire; la Samaritaine, rencontrée sur la route, près du puits de Jacob, et l’important dialogue qui s’en est suivi; Marthe et Marie, intercédant pour leur défunt frère Lazare, juste avant la Passion; Marie, la Femme et la Mère au pied de la croix;  Marie-Madeleine au tombeau. Chacune de ces femmes, par sa manière d’être et par le contact qu’elle a avec lui, amène Jésus à se révéler, à faire un pas, à dire un peu plus qui il est.

La présence annoncée des femmes auprès du Seigneur est toujours productive et elle fait une différence, non sans audace et initiative de leur part. On peut même se demander ce que seraient les évangiles sans la présence discrète et attentive des femmes auprès de Jésus. Ces dernières ne l’ont jamais abandonné, même sur son chemin de croix. Qu’elles sont belles ces femmes, belles de leur humanité si riche, et quelle espérance elles dégagent!

Notre réflexion nous a fait prendre conscience que nous avons déjà une tradition enviable d’équilibre et d’harmonie dans les rapports hommes femmes, autant dans notre Église que dans notre société québécoise. Il nous plaît de croire que l’enseignement et l’exemple de l’Évangile y sont pour quelque chose. À partir de notre relecture, nous nous demandons cependant s’il n’y aurait pas d’autres pas à faire pour en venir chez nous, et partout ailleurs, à des rapports plus harmonieux, plus respectueux entre les hommes et les femmes. Est-il possible que nous devenions davantage des personnes qui voient dans leurs vis-à-vis, féminin ou masculin, non pas une menace pour leur propre identité sexuelle, mais plutôt la chance d’une merveilleuse complémentarité? C’est dans un plus juste équilibre entre hommes et femmes qu’un monde meilleur est possible. Nous avons la responsabilité de faire advenir heureusement cette humanité telle que voulue par Dieu, qui nous a créés tous deux, hommes et femmes, à son image et à sa ressemblance!

Finalement, la Parole de Dieu ne nous demande rien d’autre que de laisser l’Esprit continuer son œuvre créatrice en nous. Ne l’empêchons pas de produire des êtres humains, femmes et hommes, pleinement épanouis avec leur richesse d’être particulière! Puissions-nous, chacun et chacune, contribuer à faire honneur à Celui qui nous a faits pour la plus parfaite communion!

Anne Saulnier et Jacques Marcotte, OP
En collaboration
Québec.

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