Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Sixième dimanche de Pâques. Année A

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Laisser Pâques sourdre en nous !

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14,15-21. 
À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements.
Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité. 
c’est l’Esprit de vérité. Le monde est incapable de le recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, 
parce qu’il demeure auprès de vous, et qu’il est en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. 
D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. 
En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. 
Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. »

COMMENTAIRE

À Québec, les évènements n’ont pas manqué ces derniers temps, qui donnent à notre Église toutes sortes de raisons de fêter et de se réconforter : notre archevêque, devenu cardinal; notre premier évêque, venu de France en 1659 et mort en 1708 à Québec, canonisé le 3 avril dernier; de même une religieuse des Ursulines, spirituelle autant que « battante » des premiers temps de la colonie française en Amérique, canonisée elle aussi avec Mgr François de Laval. Nous avons cette année la joie de célébrer le 350e anniversaire de la première paroisse française en Amérique du Nord. Grand jubilé donc pour toute l’année avec une porte sainte à Québec et mille pèlerinages en tous les lieux saints de la vieille ville. Tout cela nous fait une belle couronne et beaucoup le sentiment de fierté. Belle émulation pour l’action de grâce!

Quant à l’Église universelle n’a-t-elle pas matière à grandes réjouissances avec les canonisations, toutes récentes encore, de Jean XXIII et de Jean-Paul II, alors même qu’on parle de la béatification toute prochaine du pape Paul VI. Vraiment l’Esprit nous donne de belles consolations et il nous met en lumière de belles inspirations!

Nos fibres chrétiennes sont touchées. Notre foi en est stimulée. « Celui qui m’aime sera aimé de mon Père; moi aussi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui.»  Ces paroles ne sont-elles pas dans notre horizon de pensée quand nous considérons l’élection du Cardinal Bergoglio comme évêque de Rome et successeur de Pierre en mars 2013. Sa mission, on le sait, est encore et toujours difficile : refaire l’unité entre les chrétiens, travailler à l’annonce renouvelée de la foi chrétienne, promouvoir les valeurs chrétiennes dans des milieux humains qui n’en veulent plus ou qui même semblent vouloir s’écarter de tout avenir religieux.

Tous les événements plus ou moins glorieux que nous vivons en Église, et nos situations particulières, quelles qu’elles soient, portent une grâce. D’où la joie, l’espérance et la lumière qui jamais ne vont manquer à ceux et celles qui mettent leur foi dans le Christ et qui rêvent d’une croissance de son Église. « Celui qui m’aime sera aimé de mon Père; moi aussi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui.»  Pourtant des questions et des défis demeurent pour nos Églises aux prises avec la modernité. De quoi décourager les plus braves d’entre nous et même les ministres les plus dévoués.

Comment allons-nous surmonter la vague?  Comment résister au tsunami des mentalités séculières et antireligieuses qui déferlent sur le monde? N’observe-t-on pas un peu partout le délaissement de la pratique, le peu d’intérêt des jeunes adultes pour la foi, la lassitude des aînés? Ne voyons-nous pas que nos idées souvent sont ailleurs, que notre monde s’occupe d’autre chose, que les mots nous manquent pour parler de la foi, que nos rites et nos cérémonies sont d’un langage qui ne rejoint pas les gens? Confrontés à toutes ces évidences, serions-nous orphelins, en manque de ressources? Dieu serait-il absent? Nous laisse-il à nos infidélités, à nos désertions de l’amour, à nos trahisons et déviances?

La parole de ce dimanche nous rejoint au cœur de nos souffrances et désespérances. Les mots de Jésus visent des disciples qui ressentent quelque chose de l’abandon, de la lassitude, de la peur, de la détresse spirituelle et intellectuelle ambiante. L’Évangile nous rejoint au cœur de nos problèmes. Il dénie l’abandon et l’esseulement dont nous pourrions nous croire l’objet de la part de Dieu : « Je prierai le Père, dit Jésus, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité…Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi ».

Nous ne sommes pas laissés à nous-mêmes, tout seuls et sans ressources, pour le combat de la foi et de la fidélité de l’amour. S’il y faut notre participation libre et personnelle, notre expérience de la foi et du Salut chrétien sont d’abord l’affaire de Dieu lui-même, de son Christ et de l’Esprit Saint, en nous, dans l’Église et dans le monde. Nous portons une œuvre qui nous dépasse, celle de Pâques où Jésus s’est investi dans l’humilité et le service de l’amour jusqu’au bout de lui-même. Nous célébrons sa victoire quand nous laissons sa vie sourdre en nous au cœur même de nos souffrances, de nos peines, de nos humiliations, quand nous assumons la vie et le rêve de l’Évangile en communion  de foi, d’espérance et d’amour, en contradiction certaine  avec un certain monde. L’Esprit nous guide vers le dépassement pascal.

Pour cette force et cette présence rendons grâce en cette Eucharistie. Que la mémoire vive de Pâques nous comble de joie, d’énergie et de paix!

 

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