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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
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Accueillir sans disparaître

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Au Québec, comme dans plusieurs sociétés occidentales, nous sommes actuellement confrontés au fait de la présence de groupes religieux très distincts et facilement identifiables à leur habillement. Chez plusieurs d’entre nous, cette diversité fait peur et dérange.

Il n’y a pas si longtemps, la société québécoise était homogène et unanime dans sa profession de foi et sa pratique religieuse. La révolution tranquille et le grand vent d’ouverture apporté par Vatican 2 ont amené un changement dans nos pensées et dans nos habitudes. En même temps, ce changement a suscité dans la population une attitude plus critique. Une prise de conscience des abus d’autrefois, de l’autoritarisme et des collusions entre le pouvoir politique et le clergé a alimenté chez nous un sentiment anticlérical encore présent aujourd’hui. Les blessures ne sont pas guéries, et le simple fait d’aborder le sujet de la religion suscite énormément de passion.

Il est primordial de considérer tous ces éléments quand on aborde le sujet délicat de la foi et de la religion dans cette nouvelle société que nous sommes appelés à vivre. Porteurs d’une réelle ambivalence au niveau de notre identité en tant que Québécois « de souche », nous sommes amenés à faire un autre passage avec l’arrivée progressive et massive des immigrants, dont plusieurs affichent une identité religieuse distincte de la nôtre et souhaitent une reconnaissance de leurs pratiques religieuses.

Bien sûr, le problème est plus accentué dans les villes importantes où la perspective d’emplois attire un grand nombre d’immigrants. Comme les nouveaux arrivants ont tendance à se regrouper, leur visibilité est souvent plus grande dans certains secteurs urbains; ce qui crée une cohabitation parfois problématique entre les différents groupes ethniques, au point que plusieurs Québécois disent souvent ne plus reconnaître leur ville. On comprend alors comment la peur de l’autre arrive à s’installer et à créer une attitude rigide, voire même extrémiste de part et d’autre.

Des questions se posent : quel modèle allons-nous emprunter pour un vivre ensemble harmonieux? Et surtout, quelles attitudes allons-nous adopter face à toutes ces nouveautés? On imagine très bien que cette situation peut être source de préjugés, de peurs, de perturbations sociales et même de conflits.

On comprend que le gouvernement doive se préoccuper d’une situation qui risque de dégénérer, compte tenu du fait de la montée du radicalisme religieux dans plusieurs pays et même dans notre Québec. Mais les interventions de l’État se doivent d’être discrètes et mesurées. Il ne faudrait pas en venir au point de nous demander s’il est permis de croire au Québec, que l’on soit sikh, chrétien, musulman ou hindou.

La foi et la religion sont des valeurs positives qui méritent d’être respectées et promues parce qu’elles touchent à une fibre essentielle de notre humanité, là où s’élaborent le sens de notre vie, notre idéal, nos rêves les plus profonds. En ce sens, elles sont sources d’inspiration et de ressourcement. Nier leur importance serait manquer de sagesse et de discernement. C’est le devoir de l’État de veiller à ce que chacun puisse exprimer et vivre librement sa foi, tout en sachant se montrer vigilant quant aux excès possibles.

Comme chrétiens, nous avons l’avantage de pouvoir nous baser sur l’enseignement de Jésus, lui qui a démontré une attitude d’ouverture et d’accueil envers les autres, étant toujours soucieux de les amener à plus d’humanité. Oubliant la différence, Jésus savait rejoindre chacun dans ce qu’il avait de distinct, d’authentique et de personnel, et c’est pareille attitude de confiance que nous devons chercher à imiter dans notre appréciation des cultures et des religions.

La valeur religieuse a besoin d’être soutenue, encouragée et protégée dans notre société. Mais en même temps, l’État doit garder sa neutralité face aux diverses confessions, de façon à pouvoir protéger chacune d’entre elles des excès possibles, et ce n’est pas facile. Pourtant, le respect, la tolérance, le soutien moral, la compréhension nous semblent toujours préférables à l’indifférence, à l’ignorance, à la suspicion, à la froide neutralité proche du mépris. L’application d’une chartre des droits et libertés ne devrait pas mener à exclure les religions pour lesquelles les signes visibles font partie intégrante de la pratique de la foi. À trop vouloir imposer des cadres de référence stricts et restrictifs ne risquons-nous pas de susciter de la frustration et de la colère, et de passer à côté d’une belle richesse, celle de l’autre, à côté de ce qu’il a de beau, de noble et de sacré dans l’étranger qui s’amène?

Jacques Marcotte, OP
En collaboration avec Anne Saulnier
Québec

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