Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

11e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Dominique Charles, o.p.

Ses péchés sont pardonnés à cause de son grand amour

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Parce qu’elle a beaucoup aimé de Simon Dewey

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 7,36-50.8,1-3.

Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table.
Survint une femme de la ville, une pécheresse. Elle avait appris que Jésus mangeait chez le pharisien, et elle apportait un vase précieux plein de parfum.
Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, à ses pieds, et ses larmes mouillaient les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et y versait le parfum.
En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse. »
Jésus prit la parole : « Simon, j’ai quelque chose à te dire. – Parle, Maître. »
Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante.
Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait rembourser, il remit à tous deux leur dette. Lequel des deux l’aimera davantage ? »
Simon répondit : « C’est celui à qui il a remis davantage, il me semble. – Tu as raison », lui dit Jésus.
Il se tourna vers la femme, en disant à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré chez toi, et tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux.
Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis son entrée, elle n’a pas cessé d’embrasser mes pieds.
Tu ne m’as pas versé de parfum sur la tête ; elle, elle m’a versé un parfum précieux sur les pieds.
Je te le dis : si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. »
Puis il s’adressa à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. »
Les invités se dirent : « Qui est cet homme, qui va jusqu’à pardonner les péchés ? »
Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! »
Ensuite Jésus passait à travers villes et villages, proclamant la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l’accompagnaient,
ainsi que des femmes qu’il avait délivrées d’esprits mauvais et guéries de leurs maladies : Marie, appelée Madeleine (qui avait été libérée de sept démons),
Jeanne, femme de Kouza, l’intendant d’Hérode, Suzanne, et beaucoup d’autres, qui les aidaient de leurs ressources.

COMMENTAIRE

La première lecture évoque l’adultère de David (2 Sm 11-12) : il a désiré Bethsabée, la femme de Urie le Hittite (cf. Mt 1,6). Alors qu’il est au front, David fait chercher sa femme et couche avec elle. Elle devient enceinte. Il fait alors appeler Urie pour le faire coucher avec sa femme afin de cacher son péché en faisant croire que la grossesse vient du mari et non de l’amant. Or, par solidarité avec les autres soldats qui sont au front, Urie ne passe pas la nuit avec sa femme. Alors David donne l’ordre de placer Urie en première ligne afin qu’il soit tué au combat. Le roi pense ainsi que son péché restera caché aux yeux de ses sujets. Mais il ne peut pas le cacher aux yeux de Dieu qui le lui reproche par le prophète Nathan. La vérité étant ainsi dévoilée, David confesse son péché ! Le narrateur précise que Dieu lui pardonna un péché qui eut pourtant des conséquences très graves : le meurtre de Urie et la mort de l’enfant.

L’évangile relate l’histoire d’une femme connue pour être une pécheresse publique. Il vient nous faire comprendre pourquoi Dieu a pu pardonner le péché de David. Le récit de Luc laisse entendre que tout le monde connaît bien cette femme, y compris le pharisien qui a invité Jésus et qui se dit en lui-même : « si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, une pécheresse ! » L’histoire a de quoi surprendre puisqu’elle se termine avec le pardon des péchés, accordé par Jésus à cette femme, « à cause de son grand amour » qu’elle a manifesté par son attitude de vénération de Jésus .

Nous savons que la Loi de Dieu donnée au Sinaï interdit l’adultère. D’ailleurs, on préfère souvent parler du péché contre le « sixième commandement » plutôt que de mentionner explicitement l’adultère. Dans le Sermon sur la montagne, Jésus reformule l’interdit de l’adultère en allant beaucoup plus loin que la Loi de Moïse : « Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu ne commettras pas l’adultère. Eh bien, moi je vous dis : Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis l’adultère avec elle » (Mt 5,27-28). Jésus est donc plus exigeant que Moïse : ce n’est pas seulement l’acte qu’il réprouve mais aussi le désir secret qui habite le cœur et qui précède l’acte. Il est venu pour purifier nos intentions profondes. L’évangélisation doit toucher principalement le cœur de chacun de nous. La grâce de Dieu doit pouvoir purifier en nous les intentions et les désirs les plus inaccessibles. Ce ne sont pas nos pulsions qui doivent gouverner nos êtres : le Seigneur nous appelle à devenir des hommes et des femmes libres, qui vivent en étant à l’écoute au plus profond d’eux-mêmes de Sa voix intérieure, sans se laisser mener par les sollicitations des désirs qui asservissent. Ainsi, Etty Hillesum écrit dans son journal : « Si chacun de nous écoutait seulement un peu plus sa voix intérieure, s’il essayait seulement d’en faire retentir une en soi-même, alors il y aurait beaucoup moins de chaos dans le monde. »

L’attitude de la femme de l’évangile est pour nous exemplaire. Saint Éphrem lui fait dire cette belle prière : « Que ta Bonté généreuse, ô Source de toute pureté, me délivre du poids de mes souillures et de mes iniquités. Ô Dieu, dans ta Clémence extrême, substitue à mon parfum et à mes larmes l’action de ta Grâce, pour effacer les traces de mes péchés et accomplir ma purification. Tu as daigné ouvrir ma bouche et m’inspirer le courage de Te parler comme je le fais, pour que je serve d’exemple aux pêcheurs pour le salut desquels Tu es venu. Seigneur, je T’en supplie, ne rejette pas les larmes d’une infortunée ; je sais que rien ne T’est impossible et que Tu peux tout. »

Cette femme « pécheresse » devient disciple de Jésus. Comme de nombreux commentateurs l’ont souvent avancé, peut-être s’agit-il ici de Marie Madeleine qui sera la première à rencontrer le Ressuscité au matin de Pâques : « Les Douze l’accompagnaient, ainsi que des femmes qu’il avait délivrées d’esprit mauvais et guéries de leurs maladies : Marie, appelée Madeleine, de laquelle étaient sortis sept démons… » (Lc 8,2). L’enseignement de Luc est clair ! Même si tu es pécheur, tu peux t’approcher de Jésus en regrettant tes actes et obtenir de lui le pardon ! « Tes péchés sont pardonnés ! Ta foi t’a sauvée ! Va en paix ! » Qu’a-t-elle fait pour obtenir ce pardon de Jésus ? Sans dire un mot, elle a reçu l’absolution ; sans avoir fait l’aveu de ses péchés, elle est pardonnée ! Elle est simplement venue vers Jésus : elle a pleuré et embrassé ses pieds.

Cette femme a décidé de venir vers Jésus, malgré son péché. Elle a donc une grande foi en lui. Elle sait au fond d’elle-même que lui seul qui peut l’aider à sortir de sa situation de péché. Elle sait qu’il l’accueillera sans l’accuser, qu’il la libérera et lui rendra sa dignité. S’approchant, elle prend la position de celui qui, dans la Bible, rencontre Dieu : elle se prosterne, comme Moïse devant le buisson ardent et comme beaucoup de ceux qui viennent vers Jésus. Elle pleure ses péchés et, avec ses larmes, elle lave les pieds de Jésus. Les larmes, dans la tradition spirituelle chrétienne, expriment le repentir du cœur et le regret d’avoir mal agi. Les spirituels disent que les larmes lavent le cœur du pécheur. Elle répand ensuite un parfum précieux qui est le signe de « son grand amour ». C’est en effet l’amour qui l’a poussée vers Jésus ; elle a mis en lui toute son espérance et sa foi. C’est donc l’amour, la foi et l’espérance de cette femme qui obtiennent de lui le pardon, sans même qu’elle l’aie demandé : « Si ses péchés, ses nombreux péchés sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour. »

L’évangile comprend deux enseignements qui peuvent sembler contradictoires. Dans le récit de la femme pécheresse, c’est son amour pour Jésus qui obtient le pardon de ses péchés. Selon la conclusion de la parabole de la rémission de la dette aux deux débiteurs, donnée par Simon le pharisien, c’est celui à qui il est beaucoup remis qui aime beaucoup. Ces deux récits sont complémentaires et ce n’est certainement pas par hasard si Luc les a associés. En effet, c’est toujours une démarche d’amour envers Dieu qui conduit le pécheur à implorer le pardon et, quand il l’a reçu, il lui manifeste son amour en changeant de conduite.

La femme anonyme de l’évangile nous invite à quitter nos conduites de péché pour devenir des disciples fidèles du Seigneur. Nous pouvons faire nôtre la prière que saint Éphrem met sur les lèvres de cette femme : « J’ai compris, Seigneur, que Tu es le Dieu bon qui sauves tous les hommes par ta Miséricorde, qui ne veux pas la mort du pécheur qui va volontairement à Toi qui es le Sauveur. Il m’a suffi de T’apercevoir pour comprendre toute l’étendue de ta Puissance. Fais-moi la grâce, Dieu clément, d’entrer sans obstacle dans le lieu où Tu es, et d’arriver ainsi jusqu’à Toi. »

Fr. Dominique CHARLES, o.p.

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