Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

10e Dimanche T.O. Année C. 9 juin

Imprimer Par Dominique Charles, o.p.

Un grand prophète s’est levé parmi nous !

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 7,11-17.

Jésus se rendait dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule. 
Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on transportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule considérable accompagnait cette femme. 
En la voyant, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle, et lui dit : « Ne pleure pas. » 
Il s’avança et toucha la civière ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » 
Alors le mort se redressa, s’assit et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. 
La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » 
Et cette parole se répandit dans toute la Judée et dans les pays voisins. 

COMMENTAIRE

Jésus vient à la rencontre d’une femme qui est doublement en détresse : elle est veuve et elle vient de perdre son fils unique ! Jésus est entouré de ses disciples et d’une foule nombreuse ; la femme de Naïn est aussi entourée d’une foule nombreuse de la ville. Le récit de saint Luc est admirablement construit. Il fait se rencontrer les deux foules qui entourent les deux personnages : la foule qui suit Jésus et celle qui accompagne la veuve. Une intention de l’évangéliste semble décelable : ne s’agirait-il pas ici de l’Église (Jésus, les disciples et la foule de ceux qui sont avec lui) qui vient à la rencontre de ceux qui sont touchés par la mort (la femme deux fois endeuillée et les habitants de sa ville qui sont en deuil) ? Dans ce récit, Jésus ne montrerait-il pas à ceux qui sont avec lui, et à nous aujourd’hui, comment prendre en considération la grande détresse des foules humaines qui sont confrontées à la mort ?

Saint Luc souligne combien Jésus est bouleversé par cette détresse : la traduction liturgique est trop faible : « En la voyant, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle et lui dit : ‘Ne pleure pas.’ » Jésus fut plus que « saisi de pitié » ! Le verbe grec évoque un bouleversement profond des entrailles qu’il est difficile de traduire : il fut bouleversé ou ému au plus intime de lui-même. La détresse de cette femme l’a bouleversé au point qu’il veut d’abord la consoler : « Ne pleure pas ! » Celui qui est bouleversé par le drame de cette femme, c’est « le Seigneur » : c’est le titre qui est normalement donné à Jésus après sa résurrection ! Pour bien comprendre, il faut lire l’oracle d’Is 25,8 qui est cité deux fois dans le livre de l’Apocalypse (Ap 7,17 ; 21,4) : « Il engloutit la mort pour toujours et le Seigneur Dieu essuie les larmes de tous les visages. » La citation qui est faite en Ap 21,4 est très suggestive : « Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni peine, car ces choses ont disparu ! » Avec la présence du Seigneur, la situation de détresse et de deuil de la femme et des habitants de Naïn va donc disparaître !

Car il s’agit bien ici du Seigneur ressuscité qui vient à la rencontre de l’humanité confrontée au drame de la souffrance et de la mort. Non seulement le Seigneur vient consoler et essuyer nos larmes, mais il vient nous assurer que sa victoire sur la mort est aussi la nôtre. Il vient à notre rencontre pour toucher nos cercueils et nous faire vivre : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ! » Cet appel à passer de la position couchée à la position debout est immédiatement suivi d’effet. Le « grand prophète (qui) s’est levé parmi nous » et à qui les foules rendent gloire ensemble, tant celle qui entoure la femme que celle qui suit Jésus, c’est Celui qui a dit à Marthe, devant le tombeau de son frère Lazare : « Je suis la Résurrection et la Vie… » (Jn 11,25). L’emploi à deux reprises du verbe « lever » est significatif : celui qui s’est levé parmi nous (allusion à la résurrection de Jésus) invite le fils mort à se lever : « lève-toi ! ».

Ce récit résume ainsi le message de l’Évangile. Jésus est venu pour nous mettre debout et nous inviter à le suivre dans son itinéraire pascal. Ainsi, Dieu est bouleversé par nos souffrances et a décidé de nous rejoindre pour nous apporter la consolation et la vie véritable : « Ne pleure pas ! » Nous ne ressusciterons pas indépendamment les uns des autres. La résurrection concernera les personnes et les liens d’affection qui les unissent comme le laisse entendre la petite phrase : « Et Jésus le rendit à sa mère ». Luc renvoie bien sûr au récit de la résurrection du fils de la veuve de Sarepta par le prophète Élie dont il est dit qu’il « le remit à sa mère » (1ère lecture). Mais il veut surtout nous laisser entendre que nos liens familiaux et amicaux ne seront pas détruits par la mort : ils sont aussi appelés à ressusciter avec nous. C’est une grande espérance de penser que nous retrouverons tous ceux que nous avons aimés et avec qui nous avons noué des liens d’amour et d’amitié : la mort ne pourra détruire ces liens puisque « l’amour ne disparaît jamais » (1 Co 13,8).

Ce beau récit veut susciter en nous une très grande espérance en Celui qui est appelé « le Seigneur ». Celui qui « s’est levé parmi nous » a décidé de « visiter son peuple » et il nous invite à nous lever comme lui. Le deuil est une réalité très douloureuse, car la séparation d’avec ceux qu’on a beaucoup aimés apparaît définitive. Pourtant, si nous plaçons notre foi dans le Seigneur Jésus, nous savons que cette séparation est provisoire. Le Seigneur a décidé d’essuyer nos larmes et nous promet, non seulement de nous entraîner tous à sa suite dans sa Résurrection, mais aussi de ressusciter nos liens d’amour : ceux que nous avons perdus nous seront rendus et nous serons rendus à ceux que nous avons aimés. Ce récit invite aujourd’hui l’Église à soigner plus que jamais les célébrations de funérailles : la mission des pasteurs, qu’ils exercent au nom de Jésus, est avant tout de consoler tous ceux qui pleurent, mais aussi de rappeler notre grande espérance pascale : « Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui sont morts » (1 Co 15,20).

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