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Responsable de la chronique : Jacques Sylvestre, o.p.
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Cinquième évangéliste : Jean-Sébastien Bach et les saintes Écritures

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

«Cahiers Évangile». Supplément no 161. Éditions du Cerf, 2012

Cahiers évangile

Ce dossier des Cahiers Évangile est l’œuvre des Berder, Billon, etc.. La recension ici présentée a pour objectif de nous permettre de lire, plus précisément d’écouter les Saintes Écritures, non plus proclamées de l’ambon, mais chantées par une chorale ou par une seule voix, ce qui ne peut manquer de nous arriver éventuellement.

« Cahiers Évangile, supplément. No 161 », analyse de façon séduisante, pour qui tente d’élargir sa culture, l’inspiration et la « prédication » musicales de quelques’unes des nombreuses œuvres de Jean-Sébastien Bach, telles les cantates, motets ou messes. J’évoque ici particulièrement « Jésus que ma joie demeure », fréquemment entendue lors de funérailles, ainsi que « Jésus sauveur des païens », l’un et l’autre motets extraits de cantates.

Quelle que soit l’audition, nous pourrons alors découvrir un Bach surnommé à juste titre « Cinquième évangéliste » ou encore « prédicateur », tant le sérieux et l’expression de son écriture musicale rejoignent et expriment le sens du texte biblique. Car le musicien de Leipzig pour ce faire, tout luthérien qu’il fut, s’inspire longuement des Saintes Écritures proclamées lors de célébrations liturgiques. Sa mise en musique de ces textes n’a rien de professionnel, fut-il le plus génial des compositeurs; elle est davantage l’œuvre d’un croyant engagé, soucieux de partager avec nous ses émotions religieuses nées de la méditation du texte. Les annotations dont il enlumine ses manuscrits dénotent le souci qu’il pouvait avoir de louer et de célébrer le Seigneur tant par les instruments que par la voix humaine.

Dans cette recension, nous concentrons notre attention particulièrement sur certains motets et la « Passion selon saint Matthieu ». À défaut d’audition occasionnelle ou en concert, nous pourrons nous référer sur Internet, « Youtube », dont la présentation d’œuvres diverses ne cesse de dépasser les millions, voire même le milliard. L’expérience en vaut la peine tant pour la piété que pour la culture sans omettre surtout une meilleure compréhension du texte biblique. Car ici, la communion à la Parole des Écritures ne vient pas des mots seuls, mais non moins des sons et des notes, de l’harmonisation. La musique des cantates et des motets de Bach chante de façon superbe et descriptive la gloire de Dieu, ce que ne traduisent pas toujours les limites de la parole humaine, ou du texte si bien écrit soit-il.

« La foi naît de l’audition », écrivait l’apôtre Paul aux Romains (10 :17) C’est l’un des chemins les plus praticables pour croire en un Dieu invisible qui a voulu s’incarner parmi nous en se faisant « Parole fait chair » (Jn 1.1.) Cette parole, que Jésus lui-même psalmodiait dans les synagogues ou au Temple de Jérusalem, nous pouvons en saisir toutes les nuances et la portée, surtout si elle est exprimée en musique. Assurément chanter et parler sont choses différentes, comme psalmodier et réciter un psaume, mais l’ajout de la voix et ses harmoniques permettent de saisir davantage le sentiment et la passion qui donnent vie à la parole.

L’intelligence et le cœur sont fondamentaux pour communier à la parole de Dieu et à toute parole. Luther écrivait : « La langue doit être en fusion, si bien que l’esprit s’en élève comme une écume, les mots et le corps entier vivent et tous les membres participent à la vie ». Aussi pour Luther, la musique était-elle la seule chose qui doive à juste titre être honorée après la parole de Dieu. « L’Esprit Saint en personne l’honore comme l’instrument de son propre ministère ». Grâce à elle, « la voix vivante de l’Évangile » descend jusqu’au fond du cœur humain pour y susciter à partir de sentiments et passions une réponse qui puisse être entendue par Dieu. Pour Bach, l’auteur de multiples œuvres sacrées, la musique ne remplit pas seulement une fonction culturelle, mais s’adresse à la personne, surtout à son cœur. À l’audition de ses « Passions », cantates, motets, arias et autres, nous ne sommes pas que simple auditeurs, mais devenons priants. Une cantate ou un motet de Bach complète la pédagogie de l’expérience croyante.

JSBach

Une cantate pourrait se définir comme un itinéraire, un cheminement spirituel en musique. Elle a pour objectif de nous faire sentir le plus possible le texte qui la sous-tend. Elle comporte des chants chorals, récitatifs et arias, duos ou petits ensembles vocaux, sans négliger la partition orchestrale qui situe l’auditoire dans un climat figuratif, ou simplement ramène celui-ci à une certaine attention. Pour en faire l’expérience, mettons-nous, Bible en main, par le biais de « Youtube » sur Internet, à l’écoute de quelques extraits de simples motets, extraits de cantates de Jean Sébastien Bach.

J.S. Bach: Motet BWV 227 ‘Jesu, meine Freude’ – Vocalconsort Berlin

Si la composition de cantates faisait partie de la tâche presque dominicale de J.S. Bach, en sa qualité de chantre de l’église Saint-Thomas de Leipzig, il lui arrivait d’écrire des motets pour répondre à des demandes pour la liturgie des défunts. Ainsi pour le service en mémoire de feue Dame J.-M. Rappold, au cours duquel on faisait lecture d’un extrait de l’épître aux Romains (8:1-11), Bach composa « Jésus, ma joie », motet au cours duquel il fait alterner la mélodie et le texte de saint Paul. Il illumine ainsi le combat spirituel décrit par l’apôtre.

Bach – Passion selon Saint Matthieu BWV 244

Composé pour un Vendredi saint, la « Passion selon saint Matthieu », correspond aux chapitres 26e et 27e de l’évangile de saint Matthieu. Cette « Passion », plus élaborée que celle selon saint Jean, comporte 14 chorals dont l’un est chanté durant les jours saints : « Mystère du Calvaire ». Ce choral, repris avec variantes en quatre endroits de la « Passion », traduit les expressions de la foule et groupes différents impliqués dans le récit et sert non moins de commentaire spirituel.

Les Récitatifs

Bach, « lecteur de la Bible », cherche toujours à pénétrer le texte sacré pour en exprimer la gloire de Dieu. Les récitatifs qui nous sembleraient interrompre l’œuvre servent au contraire à en exprimer l’émotion contenue dans la narration. Ils nous aident ainsi à une plus grande compréhension des Écritures. Comme l’enseignait Thomas d’Aquin, « rien ne peut atteindre l’intelligence sans passer par les sens ». Les récitatifs inclus ne consistent pas en la seule lecture chantée du texte, ils expriment par leur modulation le drame qui s’y incarne et symbolisent l’état d’âme des personnages. Bach dans cette lecture musicale des Écritures n’a rien laissé au hasard; il en traduit figurativement et expressivement toute l’intensité, la grâce et la lumière spirituelle qui s’en dégage.

« Cinquième évangéliste », tel nous est présenté Jean Sébastien Bach dans ce « Cahier Evangile ». Notre foi se sera-t-elle grandie à l’audition de ces œuvres musicales et religieuse? Celles-ci deviendraient de ce fait comme une « Bonne Nouvelle » de l’amour divin pour l’humanité. Inspiré par leur auteur Jean Sébastien Bach, notre effort d’attention à l’audition de ces œuvres et l’offrande de notre sensibilité à l’expression musicale comme au texte traité en seront pour une grande part la source et la grâce.

Pour prier, réfléchir, méditer : youtube +

BACH : BWV 147 : »Que ma joie demeure»
¨ BWV 622 : «O homme, pécheur sauvé»
¨ BWV 638 : «Le salut vient à nous»
¨ BWV 659 : «Viens Sauveur des païens»
¨ BWV 727 : «J’aspire à une fin heureuse»
¨ BWV 731 : «Jésus, nous sommes ici»
¨ BWV 734 : «Réjouis-toi chrétiens »
¨ BWV 721 : «Aie pitié de moi, ô mon Dieu». L’un des plus beaux chorals

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