Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Dimanche des Rameaux. Année C.

Imprimer Par Dominique Charles, o.p.

Jésus choisit le chemin du Serviteur !

Il est probable que certains chrétiens de Philippes revendiquaient des fonctions pour être au-dessus des autres. En cela, ils ressemblaient aux disciples qui, lors du dernier repas avec Jésus d’après le récit de la Passion selon saint Luc, se disputaient pour savoir qui parmi eux était le plus grand ! Jésus leur dit : « Le plus grand parmi vous prendra la place du plus jeune, et celui qui commande, la place de celui qui sert. Lequel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Or moi, je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert. » Voilà donnée la clé de compréhension de la Passion. Jésus choisit le chemin du serviteur !

C’est bien ce même chemin que Paul recommande aux Philippiens d’emprunter à la suite du Christ. Il les invite à imiter cette attitude fondamentale qui consiste à servir. Dans sa passion, Jésus apparaît très humble : il ne cherche pas son intérêt mais il donne sa vie pour ceux qu’il aime. C’est le sens qu’il donne clairement au signe du lavement des pieds qu’il accomplit au soir du jeudi saint. Paul cite un texte liturgique très ancien certainement bien connu des chrétiens de Philippes : « Lui qui était de condition divine, il n’a pas revendiqué d’être traité à l’égal de Dieu ; au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » En devenant homme, le Fils de Dieu a renoncé à sa grandeur divine : il a pris la condition humaine toute simple, celle d’un serviteur méprisé qui fut crucifié.

Peut-on imaginer que les présidents ou les rois de nos grandes nations acceptent de quitter leurs palais pour vivre avec les plus petits de leur peuple ? S’ils le faisaient, peut-être seraient-ils surpris en découvrant la condition difficile de beaucoup de leurs sujets. Jésus a fait ce choix. Par son incarnation, il n’a pas perdu sa nature divine. Elle est demeurée cachée dans son humanité qu’il a assumée complètement. En écoutant le récit de la Passion, nous découvrons cette immense dignité de Jésus, injustement accusé, injustement condamné et injustement crucifié. « Sûrement, cet homme était juste ! » Cette dernière parole prononcée dans le récit de la Passion selon saint Luc est celle du Centurion. Tout est dit dans ces quelques mots ! Jésus est juste : il est donc injustement mis à mort ! Il s’est abaissé, jusque dans la mort sur une croix, celui que nous proclamerons « Seigneur » dans une semaine.

Car le chemin de Jésus ne se termine pas avec l’humiliation de sa Passion et sa mort injuste sur la croix. Comme le relate saint Luc, Joseph d’Arimathie le descendit de la croix, l’enveloppa dans un linceul et le plaça dans un tombeau taillé dans le rocher… » La suite de l’hymne, conservé par Paul dans son épître aux Philippiens, chante l’exaltation et la gloire de Jésus ressuscité : Dieu le Père l’a ressuscité d’entre les morts et l’a élevé plus haut que tout ! Le chemin d’abaissement de Jésus se prolonge dans un chemin d’exaltation. La mort de Jésus devient un passage vers la gloire. Voilà pourquoi saint Paul propose aux chrétiens de Philippes de voir en Jésus un modèle à suivre s’ils désirent entrer avec lui dans la vie éternelle.

Dans le récit de la Passion selon Luc, nous apprenons que Jésus a donné sa vie pour nous. Nous le rappelons chaque fois que nous célébrons l’eucharistie « en mémoire de lui » : « Ceci est mon corps donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi » ; « cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang versé pour vous. » Dans le récit de la Passion selon saint Luc, tous les disciples ont abandonné Jésus ; Judas l’a trahi par un baiser ; Pierre l’a renié trois fois. Presque tous ses amis ont disparu au moment de la crucifixion. Il ne reste que les femmes et quelques croyants de la dernière heure qui n’ont pas suivi Jésus depuis la Galilée et qui n’ont pas entendu son enseignement sur la longue route qui montait vers Jérusalem : Simon de Cyrène, le larron crucifié avec lui et Joseph d’Arimathie.

Ces femmes sont fidèles à Jésus jusqu’au bout ! Elles seront les premières à recevoir la bonne nouvelle de la résurrection en allant au tombeau de grand matin, comme nous l’entendrons dans la nuit pascale ! Elles l’avaient suivi depuis la Galilée en le servant et en écoutant sa parole. Ces femmes représentent, avec les quelques croyants de la dernière heure, toute l’Église qui croit en Jésus Sauveur sur la Croix. Sommes-nous de vrais disciples de Jésus ? Peut-être l’avons-nous trahi ou renié ou abandonné ? Si tel est le cas, décidons au seuil de cette semaine sainte de suivre jusqu’au bout sur son chemin de service celui dont le regard a pardonné à Pierre sa trahison. Nous aussi, apprenons à être au service les uns des autres : « Le plus grand parmi vous prendra la place de celui qui sert. Je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert. »

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