Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

5e Dimanche du Carême. Année C.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Imitons Jésus : donnons la vie en pardonnant!

Jésus s’était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en train de commettre l’adultère. Ils la font avancer, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? » Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol. Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. » Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol. Quant à eux, sur cette réponse, ils s’en allaient l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui. Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-il donc ? Alors, personne ne t’a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

COMMENTAIRE

Il est fréquent de lapider des voleurs dans les rues de certaines grandes villes en Afrique. Il suffit qu’ils soient accusés d’être voleurs pour qu’une poursuite s’engage jusqu’à ce qu’ils soient attrapés : alors, ils sont lynchés et mis à mort sur le champ, sans qu’ils puissent se défendre. Les hommes peuvent être terriblement impitoyables. D’une certaine manière, notre comportement ressemble à celui de ces gens qui jettent aux pieds de Jésus la pauvre femme surprise en flagrant délit d’adultère. Selon la Loi, elle doit être lapidée ! Il est si facile de condamner et tellement difficile de pardonner ! Nous condamnons d’abord, souvent sans savoir. Ce jour-là, sans doute, les gens avaient tous en main la pierre prête à être jetée sur la femme !

Dans l’évangile, la manière de faire de Jésus est tout autre. Il n’accuse pas, ne condamne pas ! Il n’enferme pas la femme dans sa conduite mauvaise. Jésus choisit le silence. Il apparaît comme celui qui libère en exerçant la miséricorde ; à la différence des gens qui ont amené la femme, il ne l’enferme pas dans son péché. Selon la Loi, elle devait être mise à mort par lapidation. Jésus le sait très bien, c’est pourquoi il se tait ! Il ne dit pas le contraire. Il ne met pas en cause le précepte de la Loi. Il ne s’y oppose pas ! Selon la Loi, la femme est effectivement condamnable.

Pourtant, l’attitude de Jésus va amener tous ceux qui sont présents à opérer une conversion radicale. Les accusateurs se découvrent soudain mis au banc de l’accusée. Jésus les amène à reconnaître qu’ils sont aussi des pécheurs. D’une certaine façon, tous, en présence de Jésus, se découvrent pécheurs : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ! » Cette simple parole fait apparaître que, s’il fallait appliquer la Loi à la lettre, tous risqueraient bien d’être lapidés. Les accusateurs ont compris la leçon ; l’un après l’autre, ils s’en vont… sans lancer leur pierre ! Ceux qui se croyaient justes se découvrent pécheurs ! Ceux qui condamnaient se savent condamnables.

Jésus ne sépare pas les bons des méchants : « Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé » (Jn 12,47). En tout homme, il y a du bon et du moins bon. La Loi dénonce le moins bon. Mais l’homme n’est jamais totalement mauvais. Un des principes libérateurs de Jésus est de ne jamais réduire le pécheur à son péché ; il l’invite toujours à devenir meilleur : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10), dit Jésus à ceux qui le critiquent, après la conversion de Zachée. Il laisse ouvert au pécheur un chemin de conversion, de pardon, de vie : « Je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus ! »

Jésus n’est pourtant pas laxiste. Il n’invite pas à l’oubli de la Loi. Dans le Sermon sur la Montagne (Mt 5,27), il est d’une exigence incroyable : « Vous avez entendu qu’il a été dit : ‘Tu ne commettras pas l’adultère.’ Eh bien moi, je vous dis : ‘Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l’adultère avec elle’. » Jésus révèle que le péché est plus que la faute légale. Il dénonce tous ces désirs troubles qui sont enfouis en nous et qui nous empêchent de respecter les autres, qui nous poussent à les utiliser comme des objets, pour notre plaisir ou à notre service. Jésus est profondément respectueux de la femme. Elle a péché. Il ne dit pas le contraire. Mais elle n’est pas la seule dans ce cas. Pourquoi alors serait-elle seule à être condamnée ?

Jésus est le seul à ne pas être pécheur. Il reste là, seul, en face de la femme.  Lui seul peut la gracier. Lui seul peut l’amnistier. N’est-ce pas d’ailleurs en cela que réside sa mission ? Nous sommes tous des pécheurs. En ce temps de Carême, tournons-nous vers le Christ qui seul est habilité à prononcer les paroles de miséricorde, d’absolution, de pardon : « Je ne te condamne pas. » Ce sont des paroles libérantes certes, mais aussi exigeantes car son pardon s’accompagne d’un appel à changer concrètement de vie : « Va, désormais ne pèche plus. »

Avec Dieu, la route de la foi est toujours ouverte vers un avenir, même après une chute. Elle n’est jamais un « couloir de la mort ». Jésus est venu pour nous entraîner à sa suite, de la mort à la vie. Le condamné sur la croix s’entend dire : « Tu seras avec moi ! » Le chrétien est appelé à devenir un être nouveau ! Il ne peut pas s’installer dans son péché ! La vie chrétienne est un combat de tous les jours contre le péché pour accéder à une nouveauté de vie. Si nous prenons conscience de notre médiocrité, que ce ne soit pas une raison pour nous mettre à l’écart. Si au cours d’une course, je tombe, en bon sportif, je me relève et je repars pour atteindre le but. Si j’abandonne, j’ai perdu ! Je suis disqualifié ! Le chrétien se relève toujours quand il perçoit l’appel de Jésus : « lève-toi, suis-moi ! » La femme de l’évangile n’a rien demandé. Jésus gratuitement la relève et lui pardonne. Face à notre péché, nos imperfections, nos faiblesses, tournons-nous vers lui et gardons confiance, sans nous décourager.

Que Jésus nous aide aussi à changer notre regard sur nos frères. Ne soyons surtout pas accusateurs mais libérateurs de nos frères. Ne donnons pas la mort en lapidant ! Donnons la vie en pardonnant ! Essayons d’imiter Jésus.

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