Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Dimanche de Pâques. Année C.

Imprimer Par Dominique Charles, o.p.

 

Tout s’était arrêté : la foi remet en route

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu’il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Le matin de Pâques, Marie-Madeleine courut trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

COMMENTAIRE

Tout s’était arrêté. Avec la mort du Christ sur la croix… toute l’espérance des disciples était anéantie. Jésus déposé au tombeau, c’était la triste fin d’une extraordinaire aventure. Tous les amis de Jésus s’étaient dispersés dès les premiers moments de la Passion. Tout s’était arrêté. La nuit respirait l’échec d’une si belle aventure. Probablement que les disciples, tristes et déçus comme les deux qui vont à Emmaüs, se sont interrogés sur le caractère absurde de la mort du Crucifié. Une mort d’autant plus absurde qu’elle avait eu lieu juste au seuil de la grande fête juive de « Pessah », la fête de la libération de l’esclavage d’Égypte.

Tout s’était arrêté. Et voici que, dans ce matin du premier jour de la semaine, tout le monde se met soudain à courir. Marie-Madeleine a trouvé le tombeau ouvert : il est vide ! Affolée, elle réveille tous les disciples. Elle court trouver Simon et le disciple que Jésus aimait. Tous deux courent au tombeau. Le premier arrivé n’entre pas, mais il croit dès la vue du tombeau vide… Pierre ne s’arrête pas au seuil, il fonce au-dedans du tombeau : Jésus n’y est plus… La course se fait vers le tombeau : mystérieuse course qui conduit vers le vide, l’absence, vers un lieu où Jésus n’est plus, vers une grotte désertée.

Tout s’était arrêté. La foi remet en route. Car, en ce matin de Pâques, la foi qui surgit dans le cœur de Marie Madeleine et des disciples repose sur la vision du tombeau vide : « il vit et il crut ! » Elle est aussi le fruit d’une recherche folle, d’une course vers un lieu vide pour être renvoyé ailleurs. Ce n’est pas au tombeau qu’il faut chercher le Crucifié ! L’expérience de la Résurrection est une expérience de décentrement : Jésus n’est peut-être jamais là où on l’attend. Les lieux où nous le cherchons sont comme des tombeaux vides qu’il a désertés. Si notre foi nous pousse à courir à la recherche du Crucifié, c’est lui qui vient à notre rencontre et qui se manifeste à nous ! Notre foi est, comme pour les deux disciples d’Emmaüs, comme pour Marie Madeleine, une reconnaissance du Ressuscité qui s’approche sur notre propre route.

En ce jour de Pâques, jour de la grande et formidable bonne nouvelle de la Résurrection du Seigneur Jésus, toutes les frontières entre les hommes sont abolies. Le Christ est le Sauveur de tous : « Tout homme qui croit en lui, s’écrie Pierre à Césarée, reçoit par lui le pardon de ses péchés. » En ce matin de résurrection, nous sommes bouleversés en sachant combien d’hommes et de femmes de notre temps et de notre monde souffrent et meurent. Les maladies, les guerres sont des réalités que nous ne pouvons pas estomper. Le Christ est le Sauveur de tous, il est mort pour tous, il ressuscite en ce jour pour tous. Personne n’est exclu de l’amour fou de Dieu qui fait miséricorde à tous en ce grand jour de la Résurrection. Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, hommes ou femmes, malades ou gens en pleine santé, chrétiens ou non chrétiens, croyants ou non croyants, au seuil de la mort ou au début de la vie, en prison ou en liberté, plein d’espérance ou dans le désespoir ; tous, nous n’avons qu’un seul Sauveur : le Crucifié qui ressuscite en ce jour pour que tous ressuscitent avec lui.

Jésus se relève aujourd’hui d’entre les morts. Ce n’est pas d’abord pour lui qu’il se relève ou que le Père l’appelle à se relever : c’est pour que nous soyons tous et sans exception relevés avec lui. Notre Église est née de la foi de ceux qui ont cru devant le tombeau vide. Notre foi s’enracine dans cette expérience primordiale du tombeau vide qui fait passer le croyant de l’inaction à la course éperdue. Notre Église rassemble ceux qui croient sans avoir vu. Elle rassemble tous ceux qui courent à travers le monde entier pour proclamer la Bonne Nouvelle de la résurrection du Crucifié. Cette Bonne nouvelle qui est destinée à tous, pas seulement aux chrétiens !

Laissons-nous entrainer dans cette course pascale. Ne nous laissons pas arrêter. Annonçons la puissance de résurrection de Dieu qui relève celui qui était déposé au tombeau. Annonçons cette puissance de résurrection qui est active dans notre propre vie : c’est dans la faiblesse que Dieu manifeste son extraordinaire puissance. Ne restons pas à l’arrêt devant le tombeau vide. Mettons-nous en route infatigablement : alors le Christ viendra à notre rencontre, là où nous ne l’attendons pas, là où il est vraiment, parmi les pauvres, les malades, tous ceux qui souffrent, tous ceux qui meurent. Il est là avec tous ceux qui donnent leur vie au service de leurs frères. Le Christ ressuscité est solidaire de tous. Il nous entraine tous dans son passage vers le Père. Le Christ est vraiment ressuscité ! Alléluia !

Frère Dominique CHARLES o.p.

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