Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet
Nous deux

Benedicere

Imprimer Par Caroline Pinet

Pascal et Rachel forment un couple heureux. La plupart du temps… Ils semblent couler le parfait bonheur. On se demande le secret de leurs regards complices, du sentiment d’admiration réciproque qui les unit . Ils ont deux jolies filles, une maison agréable. En somme, ils ont tout ! Tout ? Non… Pascal est atteint d’une maladie qui peut se développer à tout moment et menacer sa vie. Pour le moment, elle est en veilleuse. Pourtant rien ne filtre de ce drame potentiel. Et, quand on les écoute, ils nous disent qu’ils sont bénis !

La vie est une question de regard. Certains passent leur vie sans être traversés par le malheur. Rien ne leur fait défaut, et pourtant, ils passent leur vie à la gâcher ! Esther est une jolie femme, mariée à un non moins bel homme, Pierre, et ont trois enfants. Ils se déchirent néanmoins tout le temps pour des broutilles. Esther panique sur les quelques kilos qu’elle prend et reproche à Pierre de ne plus lui dire qu’elle est encore jolie. Pierre trouve Esther envahissante et fuit dans le travail. Ils en viennent à parler l’un contre l’autre quand ils sont avec d’autres. Pourtant chacun a de très belles qualités. Qualités qu’ils ne voient plus, à force de regarder trop ce qui ne va pas.

Les couples bénis existent pourtant ! Sont-ils privilégiés, épargnés du mauvais sort ? Ces couples, ce sont plutôt ceux qui sont épargnés de jeter un mauvais regard. Si je garde mes yeux sur la beauté, sur le bien, sur la lumière, je continue de voir la grande chance qui est mienne d’être avec celui qui partage ma vie. Ce n’est pas facile ? Effectivement, cela demande un effort. C’est un conditionnement du cerveau, un exercice mental qui consiste à regarder le verre à moitié plein, plutôt qu’à moitié vide.

Etre heureux s’apprend. Et dans cette société morose dans laquelle nous frayons, il peut paraître un peu mièvre de parler d’amour, d’espérance, de bonheur, de fidélité. La foi peut pourtant nous y aider. Jésus est un excellent maître pour nous conduire à exercer ce regard d’amour sur ce qui nous entoure. Car lorsqu’on aime, on regarde avec amour, indulgence et tendresse ceux qui nous côtoient. Je me souviens de ce magnifique livre de la conversion d’une sage-femme à la foi en donnant naissance à son premier enfant dans Tes lacets sont défaits. A un passage, elle y raconte le regard d’amour d’une mère qui reçoit la photo de classe de son enfant qui n’est pas avantagé dans le lot. Avec brio elle décrit le réflexe maternel, apercevant le portrait de son gamin désavantagé face à ses pairs : le pauvre, il avait le soleil dans les yeux, ou il couvait une maladie ! Et l’on chérit alors encore plus la moue fiévreuse de son enfant sur la photo. Il demeure le plus beau !

Le regard que nous portons est responsable de notre bonheur ou de notre malheur. Jésus dit bien « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ». Bien entendu, Jésus parlait ici plutôt d’un regard de convoitise. Mais si nous nous attardons plus à fond, le regard que nous portons peut entraîner notre chute. Si je ne vois que le mauvais chez l’autre, si j’envie les qualités du mari de ma voisine, si je souhaite que mon époux soit « autre » que ce qu’il est, j’ai un œil qui entraîne ma chute ! Peut-on l’arracher ? C’est sans doute trop radical. Je peux cependant le transformer, l’entraîner à regarder autrement…

Parfois, on se donne des prétextes, on se dit, « oui, je serais heureux s’il n’y avait pas ceci ou cela qui me m’était arrivé ! » Regardons bien autour de nous. Lisons les journaux. Tous les jours des milliers de drames bien plus graves que ce que nous vivons arrivent à nos frères et sœurs sur la terre. Des gens vivent des famines, des guerres, des personnes sont prises en otages, la voisine a perdu son enfant. Le malheur peut tous nous frapper. Nous ne pouvons pas avoir prise là-dessus. La plupart d’entre nous, heureusement, vivrons des petits drames minimes à côté de cela. Nous pouvons nous laisser anéantir par ces petits drames du quotidien et y engloutir notre couple, ou nous pouvons décider de regarder autrement la vie qui est nôtre, composée de joie et de peine. Le secret pour nous croyants est de garder notre foi en Dieu, peu importe ce qui arrive. Le meilleur exemple de cela est le pauvre Job qui perd tout sauf la foi. Job qui garde l’espérance d’un Dieu bon malgré le malheur. Le couple sera soumis aussi à bien des récifs durant sa navigation à vue ! Il nous faut savoir garder le cap sur le phare…

Pendant des décennies, la psychologie fut un outil pour retracer ce qui ne va pas en nous. Un nouveau courant s’axe maintenant sur la psychologie « positive ». Il s’agit d’observer les gens heureux, ceux qui vont bien et de décoder comment et pourquoi ils sont heureux. Et d’appliquer ces observations à ceux qui ne vont pas. Les œuvres de Christophe André* sont intéressantes à ce sujet. Dans la vie conjugale, nous avons tout intérêt à chercher le secret des couples qui vont bien. Et souvent cela ne se résume pas à de la chance, mais à ce réflexe de « dire du bien de l’autre », de s’obstiner à garder ce regard d’amour qui nous préservera du mal ! Etre heureux dans la vie conjugale est un travail de toute une vie… au travers du bonheur et du malheur. Et curieusement, dans le bilan d’une vie, on ne sait pas ce qui a plus contribué à nous rendre meilleur : les bonnes choses ou les mauvaises ? Tout dépend de ce que nous en faisons. Christian Bobin, dans Prisonnier au berceau nous dit : « Je compris aussi très vite que l’aide véritable ne ressemble jamais à ce que nous imaginons. Ici nous recevons une gifle, là on nous tend une branche de lilas, et c’est toujours le même ange qui distribue ses faveurs. La vie est lumineuse d’être incompréhensible. »

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