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La pelle de la vertu

Imprimer Par Caroline Pinet

Je me souviens d’un moment très déterminant lorsque j’étais petite. J’étais allée m’amuser au parc seule. A cette époque, même pour une « 7 ans », c’était très courant. Il n’y avait aucun autre enfant dans l’espace jeu. J’avais trouvé dans le bac à sable, un joli seau avec une pelle. Qu’est-ce que j’étais contente! Cela tombait à point nommé car je n’en avais justement pas ! Je reviens donc en chantant du parc, avec l’anse du seau à la main. Je montre mon trésor à ma mère qui aussitôt me dit de remettre le seau à sa place, car il ne m’appartenait pas ! Elle m’expliqua que l’enfant qui l’avait perdu reviendra sûrement chercher ce qu’il a oublié et serait très chagriné de ne plus l’y trouvé. J’objectai qu’un autre enfant le voyant le prendra avant que l’enfant soit revenu. Ma mère demeura ferme, c’est autre enfant ne serait pas moi. Comme il m’a été difficile de revenir sur les lieux et d’y laisser ce qui me faisait tant envie et que j’avais déjà décrété « à moi ». Ce fut difficile. Mais ce fut aussi la plus belle leçon que j’ai reçu de toute mon enfance. Une leçon non seulement d’honnêteté, mais aussi de fidélité à la vertu que l’on tente de vivre. L’honnêteté n’exige aucun compromis.

Combien de fois ai-je entendu ma mère dire : « Je n’ai jamais rien pris qui ne m’appartenait pas, pas même une petite épingle. » Le développement de toute vertu implique de les vivre en toutes circonstances et particulièrement dans les petites choses. Il en est de même pour la fidélité dans le couple. Si nous plaçons la fidélité comme vertu essentielle de notre vie conjugale, il nous faut la vivre même dans les petites choses de la vie.

Nous restreignons trop souvent la fidélité à une composante uniquement sexuelle. Comme s’il n’existait que cet aspect pour faire une brèche dans la vertu. La fidélité est une question d’abord de vertu personnelle à cultiver toute sa vie durant. Toute notre vie, nous faisons des choix de vie. Et ces choix, si nous voulons continuer à les vivre, nous devons apprendre à les intégrer dans tous les recoins de notre vécu. La fidélité commence avec soi-même. Pour cela, il faut bien se connaître afin de rester fidèle à soi-même. Vivre en cohérence avec ce que l’on croit. Nous sommes toujours déçus quand nous découvrons qu’une personnalité publique, qui vivait sur une certaine réputation, la défense des pauvres par exemple, s’offre une vie de luxe avec château à la clef… Soudain, cette personne ne nous devient plus crédible.

Dans le couple, cette fidélité, dans tous les aspects d’une vie conjugale, se cultive à même le petit quotidien, et demande une certaine réflexion. Chacun époux a sa vie propre, et développe des amitiés en dehors de la vie du couple-ce qui est très sain. Néanmoins, il nous faut aussi réfléchir à ce qui prend le plus de place dans notre vie. Il y a des engagements incontournables tels le travail qui peuvent nécessiter beaucoup de notre temps, quand il n’est pas une fuite. Nous prenons aussi souvent des engagements, que ce soit en paroisse, dans les écoles de nos enfants, dans des activités ressourçantes qui nous dedemandent du temps. Veillons toujours à ce que tous ces engagements ne prédominent pas dans notre vie. Un couple a besoin de temps ensemble, de temps à partager. Si tout devient plus important que son époux, n’est-ce pas une infidélité à la présence à l’autre ? Et soyons prudents dans nos amitiés : la bonne copine à qui l’on confie tout, franchissons-nous la ligne de ce qui est révélé de notre intimité conjugale ? Notre cher et tendre serait-il d’accord avec ce que nous décidons de révéler de notre vie à deux ?

Toutes ces petites fidélités sont intimement liées à cette grande fidélité d’amour réciproque qu’exige une vie de couple marié dans l’Eglise. Et cela dépasse largement le fait de franchir le pas d’une aventure extra-conjugale. Le Christ est explicite et exigent à ce niveau : « Cela commence dans le cœur. Si tu convoites une femme dans ton cœur, tu as déjà commis l’adultère. » Dans une société érotisée comme la nôtre, cette vertu de la fidélité est un choix de chaque instant. Mais cette fidélité permet aussi d’approfondir la confiance en l’autre dans un amour toujours plus profond. Car la fidélité creuse la confiance nécessaire au plein épanouissement de l’amour. Comment développer de l’amour si l’on n’a pas confiance ?

On ne peut pas arranger sa conscience à coup de restrictions mentales quand il s’agit de la vie à deux. Il est parfois difficile pour certaines personnes d’être fidèle comme Jésus le demande. Mais sa parole est sagesse et nous permettra de vivre une réelle fidélité conjugale, comme l’enseignement de ma mère avec ce petit seau rouge qui m’a gardé dans l’honnêteté.

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