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Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet
Nous deux

Les petites pauses

Imprimer Par Caroline Pinet

J’écris ce billet depuis le train qui me conduit à Paris en présence de mes quatre plus jeunes. Mon mari, retenu par son travail, restera à la maison. Le paysage défile sous mes yeux, offrant de jeunes champs jaunes de colza encore timides, des carrés de vignes et des rectangles de culture mal définis à cause du printemps tardif. Les boules de gui ornent les arbres toujours dépouillés.

colza

Ces très rares voyages qui me séparent de mon époux demeurent toujours des temps de jachères méditatives. Pendant que mon regard se perd dans le vert qui s’étend dans l’horizon, je prends conscience du vide que laisse à mes côtés cette absence temporaire.

Le quotidien nous empêche parfois de bien apprécier la présence de l’autre. Le quotidien banalise certains gestes pourtant si tendres. Les adieux quotidiens s’échangent trop souvent distraitement. Puis, quand on s’en va pour quelques temps, ces aurevoirs retrouvent l’émoi des premiers temps !

L’absence sera compensée par le désir de rapporter les faits et gestes du voyage dignes de mention à l’autre. Je chercherai sur les quais, ce petit livre qui lui fera plaisir. Je lui dirai quels monuments nous aurons eu le bonheur de contempler. Ce sera comme s’il y était ! Mes yeux seront les siens. Je lui rapporterai les derniers bons mots de la plus jeune, et j’imagine déjà ses éclats de rire. Je lui raconterai nos bons petits moment, comme cette crêpe dégustée au coin de la rue à 22 heures le soir après avoir visité le Louvres.

Avant de partir, j’avais dû retirer de son sac de voyage, quatre gros romans que ma fille de 8 ans projetait de lire durant le séjour. Son sac s’en voit allégé ! Je la contemple, assise dans le train, et je m’émeus de ce trait de ressemblance avec son père au sujet de la lecture… Mon mari apporterait bien une bibliothèque en vacances, à côté d’une paire de chaussettes et d’une brosse à dent !

Au fil du trajet, mon regard croise une ferme, et je m’amuse à l’idée que durant mon absence il devra gérer les poules, le chien et le chat !

En arrivant à la gare, j’embrasserai bien, de la part de son père, ma fille aînée que nous allons retrouver. Durant ce voyage, je serai comme une moniale en prière perpétuelle. Je penserai à lui ! Et je sais qu’avec les enfants, nous aurons maintes occasions de nous dire : « Ah, s’il était là ! » Puis quand le voyage se terminera, nous aurons été heureux qu’il fut , mais serons tout à la joie de retrouver le grand absent.

La grâce du mariage est de ne former qu’une seule chair. Le miracle est de le vivre à distance. Ne former qu’une seule chair ne signifie pas ne pas pouvoir vivre sans l’autre, et dépendre de lui jusqu’à l’absence de toute activité si l’autre ne s’y trouve pas, mais de demeurer dans ce contact muet du cœur, où la joie de savoir que l’autre « est » ne nous quitte pas ! L’amour conjugal n’est-il pas ainsi le reflet de ce lien de prière avec Dieu ?

Le mariage se nourrit de la présence des époux l’un à l’autre, mais aussi de leurs absences. Comme une terre que l’on cultive et qu’on laisse périodiquement en jachère. Il faut parfois des temps de répit pour que l’amour se voie fortifier. Il ne faut évidemment pas délaisser la présence de l’autre au point de laisser la vie conjugale en friche non plus !

Dieu fit l’homme et la femme afin qu’ils s’unissent et Il vit que cela était bon. Parfois quand le quotidien qui alourdit le mariage, l’éloignement occasionnel permet de réaliser toute la chance que nous avons d’être unis à l’autre devant Dieu.

Comme je termine cet article de retour à la maison, mon mari nous a préparé un délicieux repas… Les joies des retrouvailles !

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