Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

2e dimanche de l’Avent. Année C.

Imprimer Par Dominique Charles, o.p.

Dieu vient chez ceux qui l’attendent et l’accueillent

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode, prince de Galilée, son frère Philippe, prince du pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias, prince d’Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie. Il parcourut toute la région du Jourdain ; il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre du prophète Isaïe : A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu.

COMMENTAIRE

En l’an 15 du règne de l’empereur Tibère, ce n’est pas là où vivaient les grands du monde que Dieu a parlé en Palestine… La parole de Dieu fut adressée à Jean, dans le désert… Et Luc cite ce passage du prophète Isaïe : « A travers le désert une voix crie ! » C’est dans l’inconnu du désert que la parole de Dieu a retenti : « Préparez la venue du Seigneur, préparez sa route pour qu’il vienne… comblez les ravins, aplanissez les montagnes et les collines, rendez droits les sentiers tortueux… » Dieu surgit toujours dans le désert, aujourd’hui encore, il envoie des messagers crier dans les déserts la bonne nouvelle de sa venue, car il vient depuis toujours pour sauver. Serons-nous des « Baptiste » pour notre temps ?

Les déserts, ce sont tous les lieux inconnus et dont nous ne voulons pas connaître l’existence : lieux de la misère, de l’exclusion, de la maladie, de la souffrance, de l’absence d’espérance. Les déserts sont aujourd’hui les prisons, les hôpitaux, les quartiers défavorisés de nos villes, les rues de Noël superficiellement lumineuses et décorées, dans les recoins desquelles se cachent les exclus de la fête, les errants du désert.

Où serons-nous à Noël ? Du côté des grands, là où la parole de Dieu n’a pas d’espace pour retentir ? Serons-nous là où elle sera prononcée, dans la discrétion et le silence des lieux désertiques de notre humanité ? Dieu vient chez ceux qui l’attendent, qui désirent avidement sa venue, qui crient : « Au secours, à l’aide, sauve-nous ! » Dieu vient chez ceux qui ont besoin d’être sauvés, guéris, pacifiés, reconnus… Tous ceux qui ont besoin de pouvoir espérer pour vivre. Dieu vient dans les lieux d’humanité trop oubliés pour en faire sourdre l’espérance, pour revêtir de sa lumière et de sa beauté « ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort » (Lc 1,79).

La venue de Dieu n’est pas médiatique. On ne parlera probablement pas de la fête chrétienne de Noël. Ou bien, on parlera de tout sauf de l’essentiel. Celui qui vient veut s’approcher des oubliés du monde. Celui qui vient les connaît par leur nom, il se souvient de chacun. Dans sa mémoire, personne n’est oublié : il est le Sauveur de tous parce qu’il entre chez nous par le chemin du désert, il arrive dans notre monde en s’approchant de ceux qui sont exclus et oubliés… Il est Sauveur de tous ceux qui sont perdus. Il vient dans la nuit profonde du monde. C’est dans cet « inconnu » des déserts de nos villes que Dieu a décidé de « s’implanter » en naissant dans une grotte, à l’écart, dans la nuit. La venue de Jésus est source d’espérance pour tant de gens. Beaucoup trop l’attendent dans des déserts terribles. Pour beaucoup d’enfants, de femmes et d’hommes, sa venue est vitale. Ils espèrent Dieu qui se souvient d’eux.

Mais il y a aussi des déserts en nous. Nous pouvons les refuser, nous en cacher l’existence. Le danger serait alors de décorer superficiellement notre cœur pour nous donner l’illusion que c’est Noël. Une fête folklorique… Allons-nous faire de notre cœur un marché de Noël ? C’est dans les espaces inconnus de nos êtres que se concentrent nos désirs cachés de voir venir le Sauveur ; c’est dans ces lieux de ténèbres qui sont en nous que nous pouvons entendre l’appel au salut : « Préparez la venue du Seigneur, comblez les ravins, aplanissez les montagnes, redressez les sentiers tortueux… » Nous appartenons à la même humanité que tous ceux qui habitent les déserts du monde : ce sont eux qui peuvent nous apprendre que sommeille en nous un désir fou de voir la venue d’un Sauveur, une espérance de voir surgir le Seigneur des Miséricordes, à l’image de la grande espérance de Job qui, éprouvé par la maladie, s’est écrié : « Je sais que mon Défenseur est vivant… Après mon éveil, il me dressera près de lui et, de ma chair, je verrai Dieu. Celui que je verrai sera pour moi ; celui que mes yeux regarderont ne sera pas un étranger. » (Jb 19,25-27).

Voici que Dieu vient ! Sa Parole vient prendre chair dans la discrétion d’une étable, pour éclairer les nuits humaines les plus épaisses afin que « tout homme puisse voir le salut de Dieu ».

fr. Dominique Charles, o.p.

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