Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

26e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par François-Dominique Charles

L’évangélisation concerne tous ceux qui sont au Christ!

Jean, l’un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. »
Jésus répondit : « Ne l’empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ;
celui qui n’est pas contre nous est pour nous.
Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.
Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer.
Et si ta main t’entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s’éteint pas.
Si ton pied t’entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.
Si ton œil t’entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne,
là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas.

COMMENTAIRE

Dans l’évangile, Jésus ne condamne pas les gens qui ne marchent pas avec lui. Le seul critère qu’il donne pour reconnaître leur activité, c’est celui-ci : « Celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas aussitôt après mal parler de moi. » Ce qui compte avant tout, c’est donc « l’appartenance au Christ », c’est d’agir au nom du Christ et d’être reconnu comme du Christ : « celui qui vous donnera un verre d’eau à cause de votre appartenance au Christ ne restera pas sans récompense. » Tout le monde peut donc agir « au nom du Christ », à condition de lui appartenir ! L’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus n’est pas réservée à quelques missionnaires patentés, aux prêtres ou aux diacres ordonnés ! L’évangélisation concerne tous ceux qui sont au Christ, c’est-à-dire tous les chrétiens, toute l’Église !

En matière de mission, il n’y a pas de spécialistes ! Ceux qui sont au Christ, tous les baptisés, sont « prêtres, prophètes et rois », c’est bien ce que nous disons en faisant l’onction d’huile au baptême. Le « spécialiste de la mission », si je peux parler ainsi, l’animateur de l’activité missionnaire de l’Église, c’est en effet l’Esprit Saint ! « L’Esprit Saint est l’agent principal de l’évangélisation : c’est Lui qui pousse chacun à annoncer l’Évangile » (Ecclesia in Africa, 20). C’est l’Esprit que Jésus a répandu du haut de la Croix en « expirant » et sur ses apôtres en soufflant sur eux au soir de la résurrection. C’est ce même Esprit qui a été répandu sur tous ceux qui étaient présents le jour de la Pentecôte, quelle que soit leur origine.

« Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! » : si ce grand désir de Moïse pouvait se réaliser aujourd’hui ! Il n’y aurait pas tous ces pseudo-prophètes qui trompent les ignorants et les pauvres, surtout en Afrique. Au Nigeria, le long des routes on peut voir des grandes publicités pour des soi-disant prophètes de Dieu : ils rassemblent des gens dans des soi-disant « cités de la prière » ou des « montagnes de la prière », dans ces lieux où l’on dit qu’il se passe beaucoup de guérisons. Tous ces gens se disent prophètes, détenteurs de pouvoirs mystérieux de guérison, pour attirer à eux les foules, pour recueillir l’argent des faibles et devenir de ces riches dont parle saint Jacques ou de ces gens que Jésus condamne parce qu’ils entraînent la chute des petits que Dieu aime.

Tous les baptisés devraient être de vrais prophètes ! Nous devrions tous être des prophètes parce que nous appartenons au Christ ! Pour être de vrais prophètes, il faut au moins deux conditions selon la Parole de Dieu de ce jour. La première, c’est d’appartenir vraiment au Christ. D’avoir parié toute sa vie sur lui. Pas simplement par des mots, mais aussi par tout ce que nous sommes. Cela suppose que nous ayons renoncé à toute recherche de notre propre intérêt et à nos attitudes égoïstes. Attention à ne pas nous comporter comme ces riches dont parle saint Jacques ! Ils ne sont préoccupés que de leurs biens : « vos » richesses, « vos » vêtements, « votre » or, « votre » argent, « vos » terres… Il y a danger si nous n’avons de souci que de nous-mêmes, de nos biens, de nos carrières ! Dans l’évangile, Jésus prend l’image des membres du corps qu’il nous demande de retrancher s’ils nous entraînent à pécher. Nous savons que nos mains, nos pieds, nos yeux, nous entraînent au péché de mille manières. Quand les yeux convoitent quelque chose, les pieds conduisent pour que la main puisse s’emparer pour soi-même : c’est ainsi que vient le vol, l’adultère et toutes les conduites graves. Jésus nous appelle à devenir des prophètes en renonçant, même si cela est difficile, à tout ce qui nous entraîne à trahir la mission évangélique que nous avons reçue au baptême.

La deuxième condition pour être prophète, c’est d’être conduit par l’Esprit de Dieu. On peut dire cela autrement, à la manière de saint Paul, c’est d’être des chrétiens « spirituels ». Laissons-nous modeler intérieurement par la force évangélisatrice de l’Esprit Saint que nous avons reçue au baptême. Car le souhait de Moïse a été réalisé à la Pentecôte. Le but de la mission de Jésus était de répandre l’Esprit Saint sur tous ceux qui croiraient en son Nom. En effet, tous ceux qui renoncent à eux-mêmes, à leurs fausses richesses, et qui font le choix d’appartenir au Christ, opèrent de vrais miracles au nom de Jésus ; ils sont des prophètes du Christ là où ils vivent et partout où ils vont. C’est la force du Christ qui nous a été donnée pour que notre vie en soit animée et que notre manière de vivre soit marquée par le service et le respect des autres et non par nos intérêts égoïstes.

C’est l’Esprit qui agit dans la vie des vrais prophètes, même des enfants. Il fait de grands miracles chez ceux qui sont au Christ ! Ainsi, une infirmière, qui se trouvait au Rwanda en 1994, m’a raconté la mort de quatre jeunes garçons : l’aîné avait 13 ans. Avant d’être mis à mort, me disait-elle, ils ont simplement demandé de pouvoir prier Dieu. Ces enfants étaient animés par l’Esprit du Christ ; probablement sans le savoir, ils ont été de vrais et bouleversants prophètes.

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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