Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

22e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Devenez des « pratiquants » de la Parole !

Les pharisiens et quelques scribes étaient venus de Jérusalem. Ils se réunissent autour de Jésus,
et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. –
Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, fidèles à la tradition des anciens ;
et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de cruches et de plats. –
Alors les pharisiens et les scribes demandent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas sans s’être lavé les mains. »
Jésus leur répond : « Isaïe a fait une bonne prophétie sur vous, hypocrites, dans ce passage de l’Écriture : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi.
Il est inutile, le culte qu’ils me rendent ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains.
Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. »
Il appela de nouveau la foule et lui dit : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien.
Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »
Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »

Commentaire

Dans les familles comme dans les communautés religieuses, ce qui menace le plus la paix ce sont les divisions et les conflits. Des conflits qui s’enracinent souvent dans des refus de se comprendre, des jalousies, des manques d’écoute et d’amour. Il en va de même de l’Église qui est aujourd’hui bien divisée par suite des vieux conflits de l’histoire. Nous savons bien qu’une chorale chante bien quand ses membres forment un groupe uni ; mais dès que des rivalités, des jalousies ou des conflits surgissent, rien ne va plus dans le chant et cela se remarque vite. Cela est aussi vrai pour chacun de nous : si nous sommes divisés en nous-mêmes, habités par ce que Jésus dénonce chez les Pharisiens en parlant de leur hypocrisie, que pouvons-nous construire dans nos vies ? Le secret d’une vie réussie et heureuse ne réside-t-il pas dans une unification de l’être ? Le secret de la réussite d’une famille ou d’une communauté ne réside-t-il pas aussi dans la communion qui s’est construite entre ses membres ? Les lectures de ce dimanche, particulièrement l’évangile et le passage de la lettre de saint Jacques, nous demandent de ne surtout pas être hypocrites dans nos manières de vivre.

« Devenez des pratiquants de la Parole, pas seulement des auditeurs qui se font illusion. » Il est facile d’être « pratiquant », comme on dit, en allant à la messe tous les dimanches ; il est aussi facile de participer par habitude aux prières d’une communauté ou à la vie d’un groupe chrétien sans y mettre tout son cœur. Il est plus difficile d’accueillir chaque jour la Parole de Dieu en soi et de la laisser remettre en cause nos manières de vivre peu évangéliques. Or la seule manière de devenir véritablement « pratiquant » c’est de tout faire pour « mettre en pratique » la Parole de Dieu dans toutes les dimensions de notre existence.

Paul nous apprend que toute la loi divine se résume au seul commandement de l’amour du prochain (Ga 5,14). Être chrétien c’est donc essentiellement pratiquer ce commandement de l’amour. « Aime, écrit saint Augustin, et fais ce que tu veux ! » Je ne suis pas seulement chrétien le dimanche en allant à la messe, mais je dois apprendre à l’être en famille, en communauté, au travail, en vivant concrètement l’amour dans l’humble service des autres. « Par la charité, mettez-vous au service les uns des autres », écrit Paul aux Galates (Ga 5,13). La vie chrétienne demande une évangélisation de tout notre être, une unification de toutes les dimensions de notre existence. Cela ne peut se faire que si l’amour de Dieu, qui a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint (Rm 5,5), s’enracine et produit du fruit dans nos vies. Cela demande d’être vraiment à l’écoute de la Parole de Dieu (dans la liturgie mais aussi par la lecture personnelle) et laisser le Seigneur travailler en nous par sa grâce.

Comme le disait si bien Pierre Claverie, l’évêque d’Oran assassiné en août 1996 : il doit y avoir dans nos vies une « cohérence entre ce que l’on dit, ce que l’on fait et ce que l’on est ». Pour saint Jacques, si la foi consiste à accueillir la Parole semée par Dieu dans le cœur, elle doit s’exprimer par des actes. Le chrétien ne peut pas se contenter d’être un « auditeur libre » de la Parole de Dieu. Il se doit d’être un « pratiquant de la Parole ». Interrogeons-nous : est-ce que notre écoute de la Parole de Dieu transforme réellement nos manières de vivre et nos relations avec les autres en famille, en communauté, partout et avec tous ? Dans l’évangile, Jésus cite le livre d’Isaïe (29,13) pour condamner sans appel l’hypocrisie d’une pratique religieuse extérieure : « Ce peuple m’honore des lèvres (en paroles) mais son cœur est loin de moi… Il est inutile le culte qu’ils me rendent… » Ce danger nous guette tous ! Pour Jésus, la véritable religion n’est pas celle des lèvres mais celle du cœur ! Apprenons donc à tout faire par amour, en y mettant tout notre cœur !

Pour Jésus, le plus important n’est donc pas ce qui se voit mais ce qui est caché dans le cœur : « Dieu voit ce que tu fais dans le secret » (Mt 6,4.6.18) ; il scrute les reins et les cœurs (Ps 7,10). Il n’est donc pas important pour Jésus de savoir si les mains ont été lavées mais bien plus si le cœur est purifié. La purification du cœur prime de loin sur celle des mains qui devrait en être simplement le signe. La religion de Jésus est une religion du cœur, une religion de la vérité intérieure de l’être. Il nous revient donc de lutter contre tout ce qui peut rendre le cœur impur, et c’est principalement contre toutes les attitudes qui sont des refus d’aimer, d’accueillir, de servir, de supporter nos proches. Nous pouvons avoir les mains propres, être irréprochables en apparence et avoir le cœur habité par toutes sortes de mauvaises intentions et de mauvais sentiments vis-à-vis de ceux qui nous entourent.

Ce qui prime pour Jésus ce ne sont donc pas les rites extérieurs de purification, qui étaient très développés dans le judaïsme de son temps, mais la disposition intérieure avec laquelle le croyant fait ces rites. Tout doit être fait avec charité. C’est pourquoi il cite à deux reprises (Mt 9,13 et 12,7) l’oracle du prophète Osée (6,6) : « C’est l’amour que je veux et non les sacrifices ». Dans la 1ère épître aux Corinthiens, saint Paul dira : « s’il me manque l’amour, je ne suis rien », s’il me manque l’amour, tout ce que je fais peut faire beaucoup de bruit comme les cymbales et être admiré mais cela ne me sert à rien. On pourrait dire que « çà sonne faux ». Madeleine Delbrêl dit à sa manière : « Tu es chrétien par et pour la charité ; par rien d’autre et pour rien d’autre. Si tu oublies la charité, tu te rends absurde. »

Devenir des pratiquants de la parole de Dieu, c’est donc accueillir dans le fond de notre cœur cette Parole, comme la bonne terre accueille la semence dans la parabole de Jésus (Mt 13,23 ; Mc 4,20 ; Lc 8,15). C’est laisser cette Parole s’enraciner en nous lentement afin qu’elle porte dans nos vies, avec l’eau de la grâce, un fruit véritable capable de nous unifier pour faire de nous de vrais adorateurs de Dieu qui, comme le dit Jésus à la Samaritaine, « l’adorent en Esprit et en vérité » (Jn 4,23). Plusieurs versets de la 2e lecture ont été coupés. On lit au verset 26 : « Si quelqu’un s’imagine être religieux mais trompe son cœur, sa religion est vaine. » Le danger est donc grand de tromper son propre cœur, de vivre en faisant semblant, en faisant croire aux autres que nous sommes de bons chrétiens alors qu’au fond, nous savons que cela n’est pas vrai. Si Jésus nous invite à écouter sa Parole et à la mettre en pratique dans nos vies, c’est que la foi ne se place pas à côté de la vie, en marge, mais qu’elle concerne tout ce que nous sommes et faisons puisqu’elle nous demande d’aimer Dieu et le prochain « de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre force » (Mc 12,30).

Frère François-Dominique CHARLES op

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