Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

23e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Jésus touche les malades pour les guérir

Jésus quitta la région de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction du lac de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole.
On lui amène un sourd-muet, et on le prie de poser la main sur lui.
Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, prenant de la salive, lui toucha la langue.
Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »
Ses oreilles s’ouvrirent ; aussitôt sa langue se délia, et il parlait correctement.
Alors Jésus leur recommanda de n’en rien dire à personne ; mais plus il le leur recommandait, plus ils le proclamaient.
Très vivement frappés, ils disaient : « Tout ce qu’il fait est admirable : il fait entendre les sourds et parler les muets. »

Commentaire

Il est des jours où l’on aimerait rencontrer Jésus en personne, pour qu’il nous guérisse de toutes nos maladies. Mais il est aussi des jours où, devant des personnes paralysées, aveugles, muettes, handicapées, atteintes d’un cancer ou d’une autre maladie grave, on aimerait voir Jésus venir et guérir comme il le fit autrefois en Palestine. Aujourd’hui, les lectures nous invitent à comprendre que le salut promis par Dieu n’est pas quelque chose qui est pour l’au-delà seulement. Le Seigneur ne s’intéresse pas qu’à nos âmes ! Il s’intéresse à nous et l’homme sans son corps n’est pas l’homme ! Le corps est tellement important pour pouvoir travailler, pour se saluer en se serrant la main, pour taper sur l’épaule des amis et embrasser ceux qui nous sont chers, pour contempler avec nos yeux la création, pour écouter avec nos oreilles le chant des oiseaux, pour déguster un très bon vin, pour chanter la louange de Dieu… On ne peut vraiment pas être homme sans nos corps ! Et c’est bien pour cela que Dieu, pour vivre avec nous, a décidé de « s’incarner », de devenir homme avec un corps. C’est avec son corps que Jésus, dans l’évangile d’aujourd’hui, touche le corps des autres et les guérit.

Ce qu’annonce la guérison du sourd-muet, c’est le salut de tout l’homme, la vie en plénitude pour tous ceux qui viennent à Jésus avec leurs souffrances et pour tous ceux qui souffrent et sont amenés à Jésus : « Prenez courage, ne craignez pas, proclame le prophète Isaïe, le Seigneur vient lui-même et va vous sauver. » Selon le passage d’Isaïe (1ère lecture), le salut donné par Dieu aux hommes est de deux ordres : la disparition des maladies et la disparition des déserts où l’absence d’eau rend la vie impossible sur terre. Jésus est le Sauveur : il annonce par ses actes de guérison le salut promis par Isaïe : il a guéri un paralytique (Mc 2), il guérit aujourd’hui un sourd-muet (Mc 7) et il guérira un aveugle à Bethsaïde (Mc 8). Dans le Royaume de Dieu, il n’y aura donc plus de malades et l’eau jaillira en abondance. Dans la Bible, l’eau et la santé vont de paire comme d’ailleurs le baptême et le salut. Il est un texte du livre du prophète Ézéchiel où l’eau jaillit du temple et irrigue le désert en descendant jusqu’à la mer morte où les poissons reparaissent : sur les bords de ce torrent d’eaux vives poussent des arbres qui produisent des feuilles qui sont des médicaments (Ez 47).

Faisons attention à quelques détails du récit évangélique. D’abord, rappelons-nous que saint Marc transmet la prédication de Pierre aux chrétiens de Rome qui, pour la plupart, sont d’origine païenne : il n’est donc pas étonnant que cette guérison ait lieu en territoire païen ! Jésus s’est rendu dans le territoire de Tyr (actuel Sud-Liban) où il a délivré du démon l’enfant d’une païenne ; il continue sa marche et se trouve aujourd’hui en Décapole, un autre territoire païen, où il guérit un sourd-muet. Le salut est donc ouvert non seulement aux Juifs mais à tous les hommes. Tous ceux qui sont accablés peuvent donc se tourner avec confiance vers Jésus. Il accueille tous ceux qui viennent à lui sans faire de différence et sans tenir compte des frontières…

Ce sont des gens qui amènent le sourd-muet à Jésus ! Il ne vient pas seul vers Jésus. C’est le même scénario en Mc 2 pour le paralytique et en Mc 8 pour l’aveugle. La foi et la prière des amis de ceux qui sont malades sont nécessaires pour obtenir la guérison : « ils lui amènent et le prie de poser la main sur lui ». Peut-on être disciples de Jésus sans se préoccuper de tous ceux qui sont malades et en détresse ? Tout croyant se doit de soulager ceux qui souffrent et de prier Jésus pour eux. C’est le rôle de l’Église d’être la maison des amis de Jésus où convergent tous ceux qui ont besoin d’être soulagés et où l’on intercède auprès de Jésus pour ceux qui souffrent.

Seul Marc montre Jésus qui guérit non seulement avec sa parole mais avec son corps : il met ses doigts dans les oreilles de l’homme et il lui touche la langue avec sa salive. Il mettra de la salive sur les yeux de l’aveugle de Bethsaïde et posera ses mains sur ses yeux. Jésus utilise son corps pour guérir et sauver ! N’est-ce pas sur la Croix que Jésus, le corps blessé et nu, est Sauveur de tous les hommes ? N’est-il pas étonnant, comme le laisse penser saint Pierre dans sa première épître, que c’est par les blessures du corps crucifié de Jésus que nous trouvons la guérison, le salut, « lui qui, dans son propre corps, a porté nos péchés sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice ; lui dont les blessures vous ont guéris » (1 P 2,24) ? Les yeux levés au ciel, Jésus « soupire », plus exactement il gémit. Le salut de tous les hommes va beaucoup le faire souffrir dans son corps. C’est là une manière discrète de Marc de laisser entrevoir la perspective de la passion. Mais le gémissement de Jésus est comme l’expression de sa grande compassion pour nous quand il prie le Père. Si, comme l’écrit Paul aux Romains, nous-mêmes « nous gémissons intérieurement, attendant la délivrance pour notre corps » (Rm 8,23), Jésus quant à lui gémit pour nous obtenir cette délivrance.

Saint Marc a gardé un mot prononcé par Jésus dans sa langue maternelle qui était l’araméen : « Effata ! » Nous utilisons ce mot au cours de la liturgie baptismale. Ce rite remonte aux premiers temps de l’Église. Dans le récit de la guérison du sourd-muet, se trouvent réunis tous les aspects d’un sacrement : le ministre célèbre toujours les sacrements au nom du Christ : ici c’est lui-même qui agit ; il faut un geste comme celui de Jésus qui touche ici le malade et lui impose les mains ; il faut aussi une parole prononcée par celui qui agit au nom de Jésus, ici « Effata » ; enfin, ce qui n’est pas visible dans le sacrement, c’est son effet spirituel ; ici le sourd-muet retrouve la capacité d’entendre et de parler, ce qui exprime sa guérison intérieure ; enfin, quand elle célèbre les sacrements, la communauté chrétienne chante toujours son Seigneur qui agit par elle, comme ici où tous disent leur admiration pour Jésus qui « fait entendre les sourds et parler les muets ».

Que Jésus guérisse en profondeur nos personnes et soulage tous ceux qui sont gravement malades et souffrent beaucoup. Qu’il nous aide à prendre soin les uns des autres, à être attentifs à ceux qui sont éprouvés et à prier pour qu’ils soient soulagés. Apprenons à faire confiance à Celui dont la mission est de sauver tous les hommes (cf. 1 Tm 2,4).

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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