Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

21e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur !

Jésus avait dit dans la synagogue de Capharnaüm : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, s’écrièrent : « Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter ! »
Jésus connaissait par lui-même ces récriminations des disciples. Il leur dit : « Cela vous heurte ?
Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant ?. . .
C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.
Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas, et celui qui le livrerait.
Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »
A partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui.
Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »
Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle.
Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu. »

Commentaire

Il est dans nos vies des moments où nous avons à prendre une décision qui engage tout ce que nous sommes et sans retour possible ; une décision qui nous engage au-delà de nous même, dans la confiance à l’Inconnu qui, dans le secret de nos êtres, nous invite à l’abandon, au don de soi. Ainsi, ceux qui se marient se promettent fidélité pour toute leur vie, et de même ceux qui s’engagent définitivement dans la vie de prêtre ou de religieux. La foi consiste principalement à faire confiance à l’Autre jusqu’au bout, à mettre sa main dans la sienne, à se laisser guider, à vivre accompagné. Quand Jésus est en croix, ses bras sont ouverts : signes d’offrande au Père, signes d’accueil pour nous ! Nous pouvons nous engager en toute confiance si nous crions comme Pierre, alors même qu’il s’enfonce dans l’eau du lac : « Seigneur, sauve-moi ! » (Mt 14,30). Seule la foi en Jésus conduit au salut parce qu’elle nous permet de nous engager en lui faisant confiance. Le passage du livre de Josué (1ère lecture) et l’évangile nous invitent à réfléchir sur cette dimension fondamentale de la foi, éminemment personnelle, qui consiste à faire totale confiance à Dieu en s’en remettant au Christ : personne ne peut, à notre place, s’engager dans un tel acte de confiance et d’abandon au Seigneur.

Ce sont les mêmes Hébreux qui ont fabriqué le veau d’or et qui sont réunis à Sichem. Ils sont sommés par Josué de choisir entre le Seigneur et les faux dieux qui les entourent : « Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir ! » Nous avons tellement d’occasions de fuir vers des fausses sécurités et de nous faire des faux dieux. Nous risquons de « construire nos vies sur du sable », comme dit la parabole bien connue de Jésus (Mt 7,26). Nous pouvons facilement imaginer le drame que provoquerait un barrage qui cède. C’est sur du solide, sur ce qui ne s’écroule pas, sur Dieu seul, que nos vies peuvent trouver une vraie solidité. Un jour, à Douala, je me rendais à la station de la CRTV (la radio télévision nationale camerounaise) pour être interviewé par un groupe de jeunes. Il pleuvait terriblement ce jour-là, ce qui est fréquent à Douala. J’étais à pied et je marchais sur des pierres pour éviter de patauger dans l’eau ! Soudain, une pierre sur laquelle je posais le pied a roulé… Il est facile d’imaginer ce qui a suivi ! Je voulais éviter de me mouiller les pieds et voilà que j’étais à terre complètement trempé. J’ai alors pensé à la parabole de Jésus. Lui faire confiance, c’est s’appuyer sur un rocher qui ne bascule pas, même dans les orages.

Les Hébreux répondent à Josué : « Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux ! (…) C’est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter du pays d’Égypte (…) C’est lui qui nous a protégés tout au long du chemin que nous avons parcouru… Nous voulons le servir car c’est lui notre Dieu ! » C’est un beau cri de foi dans le Seigneur en qui ils ont mis leur espérance. Les disciples sont dans une situation assez semblable. Certains d’entre eux sont très déconcertés et même déçus, car ce que dit Jésus ne répond pas à ce qu’ils attendent de lui. Ils trouvent sa parole « intolérable » car elle les provoque à sortir d’eux-mêmes et de leurs attentes pour faire vraiment confiance à Jésus. On imagine bien les murmures qui se répandent parmi tous ceux qui sont là. « Beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui. » Alors Jésus, comme le fit Josué à Sichem, demande à ceux qui restent : « Voulez-vous partir vous aussi ? » Jésus semble dire à ses propres disciples : « Choisissez qui vous voulez suivre ! Voulez-vous me suivre sur la route de l’abandon et de la confiance ou voulez-vous vous appuyer sur vous-mêmes et vos sécurités de sable ? »

Ne sommes-nous pas bien souvent comme ces gens-là ? Nous ne voulons en faire qu’à notre tête alors que le secret de la vie véritable consiste à faire les choses avec Dieu, à laisser Dieu faire les choses avec nous, à vivre dans la confiance et l’abandon, à marcher humblement avec lui (cf. Mi 6,8). C’est cela que dit la prière d’abandon de Charles de Foucauld : « Mon Père, je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira. Quoi que tu fasses de moi, je te remercie… » La réponse de Pierre à Jésus, c’est le Père qui la lui souffle ; Jésus vient en effet de dire : « personne ne peut venir à moi si cela ne lui est donné par le Père » (Jn 6,65 cf. 6,44) ; la réponse de Pierre devrait donc être aussi la nôtre : « Seigneur, vers qui pouvons-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu ! » Comme Pierre, nous avons fait le seul choix possible pour des croyants, celui de nous en remettre à Jésus seul, en toute confiance. C’est l’option fondamentale de toute notre vie, jusqu’à la mort. Avec Jésus, notre vie est fondamentalement pascale. Avec Jésus, nous laissons la vie éternelle de Dieu s’infiltrer dans notre vie mortelle.

A la fin du grand discours à la synagogue de Capharnaüm que nous avons entendu durant les dimanches du mois d’août, Jésus dit : « Comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mangera vivra par moi. Celui qui mangera de ce pain vivra pour l’éternité » (Jn 6,57-58). Dans chaque eucharistie, nous apprenons à laisser entrer en nous la vie du Seigneur et à nous offrir tout entier à lui pour être prêts au soir de notre vie à nous abandonner sans réticence dans les mains du seul vrai Berger qui peut nous conduire dans la vie éternelle ! À qui d’autre pourrions-nous aller ? Lui seul a les paroles de la vie éternelle !

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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