Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

16e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Jésus prend soin des foules dans un lieu désert

Après leur première mission, les Apôtres se réunissent auprès de Jésus, et lui rapportent tout ce qu’ils ont fait et enseigné.
Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux qu’on n’avait même pas le temps de manger.
Ils partirent donc dans la barque pour un endroit désert, à l’écart.
Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup les reconnurent. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux.
Jésus, voyant une grande foule de gens sur le bord du lac, fut saisi de pitié envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement.

Commentaire

Après avoir appelé les Douze, Jésus les a envoyés deux par deux en leur donnant autorité sur les esprits mauvais. Ils sont donc partis en proclamant à ceux qu’ils rencontraient la nécessité de se convertir et en guérissant de nombreux malades. Dans l’évangile d’aujourd’hui, ils reviennent vers Jésus et lui font le rapport de ce qu’ils ont fait et dit. Jésus les écoute et les invite à se reposer à l’écart. En effet, ils étaient tellement actifs qu’ils n’avaient même pas pris le temps de manger.

Il n’est pas possible d’être apôtre à moitié. La mission demande d’y consacrer toutes ses énergies. Jésus lui-même ne dit-il pas (Mt 9,38) que « la moisson est abondante et que les ouvriers sont peu nombreux » ? Et encore que « les renards ont des terriers et les oiseaux des nids mais que le Fils de l’homme n’a aucun lieu où reposer sa tête » (Mt 8,20). Être disciple de Jésus implique de s’investir à fond dans la proclamation de l’Évangile.

Cela étant dit, il arrive à Jésus de fausser compagnie à tous ceux qui le suivent. Il est capable d’aller seul dans la montagne pour prier (Mc 6,46). Pour cela, il sait prendre la décision de renvoyer les foules (Mt 14,23) et même de laisser ses apôtres en danger, se débattant dans la tempête. Dans l’évangile d’aujourd’hui, il invite ses apôtres à se retirer avec lui dans « un lieu désert ». Il fait parfois cela quand il veut leur donner un enseignement qui leur est spécialement destiné : par exemple pour leur expliquer les paraboles (Mc 4,10). De même, il se retire avec eux dans une maison, à l’écart de la foule, pour répondre à leurs questions (Mc 7,17).

Cette façon de faire de Jésus nous donne l’occasion de nous interroger. Dans nos manières de vivre, surtout si nous sommes accaparés par de nombreuses occupations, il est très important de savoir prendre le temps de s’arrêter, en laissant de côté les soucis et les difficultés, de cesser les activités professionnelles ou autres, pour se retrouver seul avec soi-même et avec Dieu. Prenons-nous de temps à autre un moment de respiration, de ressourcement, de repos ? Il n’est pas nécessaire de monter au sommet d’une montagne ou d’aller dans un monastère. Il est assez facile de trouver une belle église pour y faire une halte, de marcher en forêt, au bord de l’océan ou d’une rivière, de s’isoler dans un lieu paisible de la ville comme un jardin public ou simplement de se retirer, quand cela est possible, dans un endroit silencieux de la maison ou de l’appartement à un moment où il est calme.

Saint Marc emploie trois fois de suite l’expression « lieu désert » en quelques versets (Mc 6,31.32.35), comme pour insister sur le retrait de Jésus à l’écart des foules. Mais celles-ci le précèdent dans ce lieu désert ; en débarquant, il est alors bouleversé par ces foules et, plutôt que de les renvoyer, il se met à les enseigner. En allant dans un lieu désert avec ses disciples, Jésus y retrouve les foules ! Même si on choisit de s’isoler un moment, on ne se sépare jamais de tous ceux avec qui on vit quotidiennement. Ils sont présents car ils nous habitent ; prendre du recul est d’autant plus nécessaire si l’on souhaite être mieux capable de les écouter, de les accueillir, d’être plus disponible à chacun en étant reposé et détendu, de prier aussi pour eux.

Saint Marc semble expliquer l’arrivée des foules dans le lieu de repos de Jésus ainsi : « Il est saisi de pitié envers eux parce qu’ils sont comme des brebis sans berger… » Comment ne pas voir ici une allusion à ce bon berger qui est annoncé par le prophète Jérémie, dans la première lecture de ce dimanche : Jésus n’est pas comme les « misérables bergers » qui ne s’occupent pas des brebis du peuple de Dieu. Les foules viennent à lui parce qu’elles savent que Jésus est leur véritable berger, celui dont il est question dans le beau psaume 22 de la liturgie de la parole de ce dimanche : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Sur de verts pâturages il me fait reposer… » La mention répétée du « lieu désert » n’évoquerait-elle pas le désert de l’Exode où Dieu prit soin de son peuple comme un berger de son troupeau ?

Dieu a enseigné son peuple au désert en lui donnant la Loi ; il a pris soin de lui au désert en lui donnant la manne. Dans le passage de l’évangile de ce jour, Jésus enseigne les foules dans un « lieu désert » ; dans les versets qui suivent, Jésus nourrit les foules en multipliant les pains dans un « lieu désert ». La mention répétée du « lieu désert » vient de toute évidence nous inviter à comprendre les événements à la lumière de ceux du Sinaï. Jésus est le berger qui enseigne et nourrit les foules : ne seraient-elles pas les prémices du nouveau peuple de Dieu que Jésus fait naître, comme jadis, au désert ?

Parmi les lieux déserts que nous avons évoqués, où il convient de nous retirer de temps en temps pour reprendre souffle, il y a aussi l’Eucharistie communautaire au cours de laquelle, comme pour les disciples et les foules de l’évangile, nous nous retrouvons ensemble avec Jésus, notre bon berger : il nous enseigne par sa parole et nous nourrit du pain de vie. Ne « désertons » donc pas ces assemblées qui devraient nous permettre de mieux vivre au service de nos proches : nos familles qui ont tant besoin de notre présence, nos amis et tous nos collaborateurs.

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Parole et vie

Les autres chroniques du mois