Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

15e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par François-Dominique Charles

« Je veux servir Jésus… vivre et mourir pour le Christ »

Jésus appelle les Douze, et pour la première fois il les envoie deux par deux. Il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais,
et il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route, si ce n’est un bâton ; de n’avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans leur ceinture.
« Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. »
Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ.
Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. »
Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir.
Ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.

Commentaire

Le prophète dans la Bible a une mission bien difficile. Il ne parle pas pour plaire, il est souvent rejeté, comme Amos ou Jérémie. « Aucun prophète n’est bien accueilli dans sa patrie » déclare Jésus dans la synagogue de Nazareth. Cela est vrai pour les prophètes de tous les temps. Ils ne sont jamais bien accueillis car ils dérangent ; on veut les faire taire, parfois même on les tue comme cela est arrivé pour Mgr Oscar Romero ou Mgr Pierre Claverie, pour Martin Luther King ou Gandhi… Le vrai prophète ne peut pas se taire ; personne ne peut acheter son silence. Car il parle toujours de la part d’un Autre que lui-même. Sa mission est de parler au nom du Tout Autre qui lui demande de déranger ceux à qui il est envoyé, de contester les pratiques mauvaises, d’appeler à la justice, à la conversion, à la réconciliation et à la confiance en Dieu. Sa parole est une parole de vérité prononcée à l’intention de ceux qui vivent dans le mensonge, non pour condamner mais pour appeler au changement d’attitude.

Amos était un simple bouvier et Dieu a fait de lui un prophète : « Je n’étais pas prophète, ni fils de prophète. J’étais bouvier… C’est le Seigneur qui m’a choisi. Il m’a dit : Va, tu seras prophète pour mon peuple. » Le prophète est appelé par Dieu. C’est ce mystérieux appel de Dieu qui le met en route : « Va ! » ou « Pars, quitte ton pays… » Jésus appelle de même et met en route : « Viens, suis-moi ! » ; « Lève-toi et marche ! » Le double mouvement d’appel et d’envoi caractérise la condition du prophète. Une vie marquée par une relation toute personnelle à Dieu en solidarité avec un peuple. Une vie dans la grâce, comme le rappelle le beau passage de l’épître aux Éphésiens. Dieu nous a choisis dans le Christ et nous a comblés de sa grâce en son Fils bien-aimé. Le prophète est un croyant qui fait l’expérience extraordinaire du caractère inépuisable de la grâce de Dieu dans sa propre existence et dans l’appel de Dieu qu’il lance à ceux vers qui il est envoyé.

Comme Dieu a appelé Amos et d’autres prophètes autrefois, Jésus appelle ses apôtres. Il les envoie sans rien, ou presque. Leur seule richesse c’est l’Évangile de la grâce qui est à vivre et à annoncer. Ils sont envoyés deux par deux : les disciples de Jésus sont des frères, des enfants de Dieu, appelés à vivre ensemble, en famille, en communion, en Église. En Christ, dit Paul, Dieu nous a d’avance destinés à devenir son peuple. Comme disciples de Jésus, nous sommes à la fois appelés et envoyés. Notre parole et notre vie sont-elles aujourd’hui vraiment prophétiques ? Si nous sommes des disciples de Jésus, nous ne pouvons pas parler comme tous ceux qui cherchent à plaire pour préserver leur électorat ou pour se faire élire. Osons-nous apparaître en contestation ou en rupture avec des situations inacceptables, que Jésus lui-même aurait probablement dénoncées, et dont nous risquons de devenir complices par notre silence ? Sommes-nous capables de nous indigner, pour reprendre ce verbe à la mode ?

Si nous sommes chrétiens, c’est parce que Dieu nous a appelés. Mais nous savons aussi que Dieu nous envoie. Tout chrétien est donc prophète ! D’ailleurs, on proclame le jour de son baptême qu’il est « prêtre, prophète et roi » ! Il est porteur d’une parole qui n’est pas la sienne, de la Parole de vérité, de la Parole de salut de Jésus. La foi chrétienne peut amener à prendre des risques pour rester fidèle à son Seigneur et à ses frères. Être disciple du Christ n’est pas toujours une situation confortable et dénuée de risque. Dans certaines régions du monde, il est même dangereux d’être chrétien. La foi n’est pour personne une assurance qui permet de dormir sans inquiétude. Trop de croyants depuis des siècles, et cela est vrai aujourd’hui encore, ont versé leur sang pour témoigner de la vérité de la Parole de Jésus dans un monde qu’ils ont dérangé et contesté.

Ainsi Shahbaz Bhatti, ministre des minorités du gouvernement pakistanais, fut assassiné le 2 mars 2011 car il défendait Asia Bibi, injustement accusée de blasphème, et les nombreux chrétiens persécutés au Pakistan. Dans son testament spirituel, ce chrétien catholique écrivit des mots bouleversants sur lesquels il nous revient de méditer en silence : « De hautes responsabilités au gouvernement m’ont été proposées et on m’a demandé d’abandonner ma bataille, mais j’ai toujours refusé, même si je sais que je risque ma vie. Ma réponse a toujours été la même : ‘Non, moi, je veux servir Jésus en tant qu’homme du peuple’. Cette dévotion me rend heureux. Je ne cherche pas la popularité, je ne veux pas de positions de pouvoir. Je veux seulement une place aux pieds de Jésus. Je veux que ma vie, mon caractère, mes actions parlent pour moi et disent que je suis en train de suivre Jésus-Christ. Ce désir est si fort en moi que je me considérerai comme un privilégié si – dans mon effort et dans cette bataille qui est la mienne pour aider les nécessiteux, les pauvres, les chrétiens persécutés du Pakistan – Jésus voulait accepter le sacrifice de ma vie. Je veux vivre pour le Christ et pour Lui je veux mourir. Je ne ressens aucune peur dans ce pays… »

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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