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Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

17e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Notre assiette ne sera jamais laissée vide !

Jésus était passé de l’autre côté du lac de Tibériade (appelé aussi mer de Galilée).
Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait en guérissant les malades.
Jésus gagna la montagne, et là, il s’assit avec ses disciples.
C’était un peu avant la Pâque, qui est la grande fête des Juifs.
Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui. Il dit à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? »
Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car lui-même savait bien ce qu’il allait faire.
Philippe lui répondit : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain. »
Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit :
« Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »
Jésus dit : « Faites-les asseoir. » Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.
Alors Jésus prit les pains, et, après avoir rendu grâce, les leur distribua ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient.
Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : « Ramassez les morceaux qui restent, pour que rien ne soit perdu. »
Ils les ramassèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux qui restaient des cinq pains d’orge après le repas.
A la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le grand Prophète, celui qui vient dans le monde. »
Mais Jésus savait qu’ils étaient sur le point de venir le prendre de force et faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira, tout seul, dans la montagne.

COMMENTAIRE

J’étais invité un jour chez des amis arabes chrétiens en Israël. Le repas était très bon et, comme nous faisons chez nous, j’ai vidé mon assiette. Mais aussitôt, la maman de la maison me l’a remplie à nouveau et je me suis senti comme obligé de la vider encore… Cela se passa plusieurs fois jusqu’à ce que je n’en puisse plus… Mon ami me dit alors : « Si tu as assez, laisse dans ton assiette ! La maman comprendra que tu as mangé suffisamment et que tu n’as plus faim ! » Il fallait qu’il en reste dans l’assiette pour exprimer que l’invité avait bien mangé !

Cette tradition du Moyen Orient est une coutume biblique… Le serviteur du prophète Élisée servit la foule affamée ; ils mangèrent et il en resta : comprenons qu’ils ont mangé à leur faim, alors que c’était un temps de famine. Le signe opéré par Élisée n’a pas d’autre but que de manifester que seul Dieu peut rassasier les foules en plénitude. Au bord du lac, la foule est aussi nourrie par Jésus… et on ramassa les restes dont on remplit 12 paniers (un par apôtre !). La foule a donc mangé à sa faim. Remarquons que Jésus fait mieux qu’Élisée : il nourrit 5000 hommes (sans compter femmes et enfants) alors qu’Élisée avait nourri 100 personnes avec 20 pains d’orge ! On veut nous dire que Jésus est plus qu’un simple prophète ! C’est Dieu lui-même qui agit en Jésus.

La leçon est donc assez claire. Nous sommes affamés et assoiffés de bien plus que de nourriture. Et Jésus, qui est capable de nous combler au delà de toute mesure, est le Fils du Dieu vivant. Mais ne nous trompons pas ! Il ne s’agit pas de penser qu’il suffit d’être avec Jésus pour être en sécurité et ne manquer de rien. Jésus refuse la place de roi dans laquelle les gens veulent le mettre de force. Il ne vient pas régler nos problèmes socio-économiques à coups de miracle. Il ne s’agit pas de mettre Jésus de notre côté, mais de nous placer aux côtés de Jésus…

Il y a dans l’évangile de Jean une allusion au Psaume très connu du bon berger : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ; sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer… Passerais-je les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi… » (Ps 22/23). Jésus ressemble à ce berger du Psaume quand il fait asseoir les foules là où il y a beaucoup d’herbe. Il sait prendre soin de ses brebis et bien les nourrir. Jésus donne en abondance du pain. Cela évoque l’Eucharistie. Dans l’évangile de saint Jean, il n’y a pas de récit d’institution de l’Eucharistie au cours du dernier repas. À la place, il y a le récit du lavement des pieds. Le récit de l’institution de l’Eucharistie est comme déplacé dans celui de la multiplication des pains : « Jésus prit les pains, et, après avoir rendu grâce, il les leur distribua et il leur en donna autant qu’ils en voulaient ».

Dans le long enseignement que Jésus fait ensuite dans la synagogue de Capharnaüm, il proclame : « Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif… Qui mangera de ce pain vivra à jamais. Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde… » Le pain distribué en abondance à tous ceux qui sont rassemblés, c’est « le pain de vie ». Jésus est donc celui qui guide et nourrit son troupeau. Laissons-le nous guider vers ces lieux où il fait bon se reposer et vivre en présence du berger ; laissons-le combler nos faims de vivre et d’aimer. Il prend soin de chacun de nous et nous nourrit de sa propre vie ; lui seul peut nous rassembler et nous conduire au but. Faisons-lui confiance comme les brebis ont une confiance aveugle dans leur berger. Avec lui, elles savent qu’elles ne manqueront de rien.

Avec Jésus, nous serons tous rassasiés à volonté ! Il y en aura tellement qu’il en restera beaucoup dans notre assiette (ou dans notre « plat », comme on dit au Cameroun) qui ne sera jamais vide.

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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