Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

2e Dimanche de Pâques. Année B.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Avançons nous aussi la main vers Jésus !

C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre.
Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom. (Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris)

COMMENTAIRE

Le soir du premier jour est tombé. Les disciples sont ensemble. La nouvelle du tombeau trouvé grand ouvert et vide les a bouleversés. Deux disciples reviennent d’Emmaüs… Jésus serait-il donc vraiment vivant ? C’est la peur et le doute qui les rassemblent, eux qui s’étaient dispersés dans la nuit de Gethsémani, disparaissant avant même la Passion de Jésus. Ils l’avaient tous abandonné par peur et par lâcheté.

En suivant Jésus sur les routes de Palestine, ils avaient appris à n’avoir aucun lieu où reposer leur tête. Avec lui, ils avaient traversé les déserts, les montagnes, les villes et les villages, les tempêtes. Ils s’étaient mis en marche, à la suite de Jésus, jusqu’à Jérusalem. Ils ne s’étaient pas arrêtés, ils n’avaient pas regardé en arrière. Combien de fois l’avaient-ils entendu dire : « Lève-toi et marche ! », « Viens, suis-moi ! » Et les voilà immobiles, au point mort, à l’arrêt ; ils ne marchent plus ! La peur les a paralysés. Ils se sont enfermés eux-mêmes dans une maison, ils en ont verrouillé les portes. Ils sont emmurés dans leur peur. Depuis que Jésus a été cloué sur le bois puis enfermé dans le tombeau, ils se cachent. Le jour pour eux a fait place à la nuit, l’espérance des onze s’est muée en doute. Ils ne croient plus en Jésus qu’ils ont suivi. Ils sont déçus et tristes. Leur marche s’est arrêtée avec la sienne !

Mais voilà : la marche de Jésus ne s’est pas arrêtée. Le tombeau est grand ouvert, il est vide ! Et nous, comme Thomas et les disciples d’Emmaüs, comme les onze, nous sommes tous tellement lents à croire que le Christ est vivant. Nous hésitons. Cela bouleverse tous nos cadres. Aujourd’hui, les disciples ont encore besoin de Jésus pour croire, pour entrer dans l’espérance chrétienne, pour « espérer contre toute espérance » (Rm 4,18). Comme c’est étrange en effet… Les disciples sont emmurés dans leur peur et dans leurs doutes alors que Jésus n’est plus emmuré dans le tombeau qui est ouvert ! Et c’est dans le refuge clos de leur peur que Jésus vient les rejoindre pour les enfanter à la foi et les libérer. Celui qui est sorti de son tombeau vient ouvrir les verrous de la peur qui les paralyse. Celui qui est debout et vivant vient au milieu d’eux pour qu’ils se lèvent, qu’ils reprennent la marche avec lui, pour qu’ils soient vivants avec lui. Il vient au milieu d’eux pour ressusciter leur espérance et leur foi en lui.

N’ayons donc pas peur de croire ! Levons-nous et mettons-nous en route, perçons des ouvertures dans nos cloisonnements, soyons libérés de toutes ces peurs qui nous paralysent. Vivons au grand jour, en liberté, en nous laissant conduire par Jésus hors de nos murs et et de nos prétendues sécurités, hors de nous-mêmes où nous sommes comme piégés. Laissons-nous conduire par Jésus au grand jour, osons vivre sans avoir peur, en plein air, en liberté. Libérés par le Ressuscité, laissons-nous entraîner par lui vers tous ceux qui sont enfermés dans leurs peurs comme dans des prisons ou des tombeaux et agissons pour les en libérer. N’est-ce pas pour cela que Jésus souffle sur nous son Vent de liberté ?

La foi, c’est être sûr que le Seigneur est là, présent, même si on ne le voit pas. C’est toucher du doigt les plaies de Jésus dans nos propres fragilités comme dans celles de nos proches. C’est pressentir cette présence libératrice du Ressuscité au cœur de nos situations verrouillées. C’est laisser l’Esprit Saint souffler en nous, comme un grand courant d’air, pour dégager des horizons larges là où tout semble complètement bouché. Hélas, nous sommes de piètres croyants ! Nous ressemblons tellement à ces onze disciples enfermés dans la chambre haute. Si souvent, comme la plupart des hommes, nous sommes perplexes, incrédules, dépressifs, à l’arrêt, terrassés par les obstacles que nous rencontrons inévitablement. Thomas nous apprend que c’est précisément dans nos moments de doute que nous touchons les plaies du Ressuscité et que surgit la joie mystérieuse de croire : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Notre foi dans le Christ devrait faire naître en nous une immense espérance quand nous palpons nos limites et que nous désespérons peut-être de ne jamais en sortir. Croire, c’est entendre dans le mystère de nos êtres cette parole de Jésus : « La paix soit avec toi ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je t’envoie. Va ! » Même s’il ne nous reste qu’un tout petit grain de foi, osons comme Thomas avancer la main vers Jésus, avec confiance. N’ayons pas peur et devenons vraiment croyants.

L’Église est née au soir de Pâques avec la résurrection de la foi des apôtres. Et, selon la première lecture de ce dimanche de la Miséricorde divine, « c’est avec une grande force que les apôtres portaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus et une grande grâce reposait sur eux tous. » Accueillons cette grande force et, comme les apôtres, devenons aujourd’hui des témoins de la résurrection du Seigneur et de son inépuisable miséricorde. Avec la force de l’Esprit Saint, n’ayons pas peur, osons sortir de nous-mêmes pour travailler à la libération et au salut de tous.

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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