Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

3e Dimanche de Pâques. Année B.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Comment rencontrer aujourd’hui Jésus ressuscité ?

Les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment ils avaient reconnu le Seigneur quand il avait rompu le pain.
Comme ils en parlaient encore, lui-même était là au milieu d’eux, et il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit.
Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous ?
Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai. »
Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds.
Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? »
Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé.
Il le prit et le mangea devant eux.
Puis il déclara : « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures.
Il conclut : « C’est bien ce qui était annoncé par l’Écriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d’entre les morts le troisième jour,
et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem.
C’est vous qui en êtes les témoins.

COMMENTAIRE

Luc n’a pas connu le Christ avant la résurrection. Comme Paul, il a connu Jésus dans la foi. C’est la grande expérience chrétienne, le grand saut de la foi, que de reconnaître vivant dans nos vies celui qui a été crucifié. Paul écrit (2 Co 5,16) : « Même si nous avons connu le Christ selon la chair, maintenant, ce n’est plus ainsi que nous le connaissons. » Il ne nous est possible de connaître Jésus ressuscité que dans l’expérience de la foi. L’évangile de ce dimanche, comme l’ensemble du chapitre 24 de l’évangile de Luc, nous invite à reconnaître Jésus vivant dans quatre expériences fondamentales. Essayons de les découvrir en suivant le récit de l’évangile.

D’abord, Jésus est présent « au milieu » de ses disciples. Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux (Mt 18,20). C’est incontestablement la grande expérience que font les deux disciples sur la route d’Emmaüs et c’est l’expérience des onze réunis : alors qu’ils étaient en train de parler, voici que Jésus était là au milieu d’eux. N’est-ce pas aussi le sens de la parole de Jésus qui termine l’évangile de saint Matthieu ? Jésus y fait en effet cette ultime promesse : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin. » (Mt 28,20).

Ensuite, Jésus montre ses mains, ses pieds, son côté. Nous constatons combien les disciples ont des difficultés à reconnaître Jésus ressuscité : Marie Madeleine au tombeau le prend pour le jardinier ; les deux disciples sur la route d’Emmaüs ne le reconnaissent pas ; Thomas veut voir les plaies pour accepter de croire… Ici, c’est bien le Crucifié que l’on reconnaît vivant puisque ce sont ses stigmates qui permettent de le reconnaître. Pour rencontrer le Crucifié vivant, il nous faut faire très attention à tous nos frères qui souffrent et dont Jésus s’est fait, par sa Passion, le plus proche. Ceux qui sont proches du Crucifié, dans l’évangile de Luc, sont les deux larrons crucifiés et qui souffrent avec lui.

Puis Jésus manifeste sa présence à ses disciples en mangeant avec eux. C’est aussi au cours du repas que les deux disciples d’Emmaüs le reconnaissent quand il fait le geste de la fraction du pain. C’est quand Jésus invite ses disciples à manger du poisson grillé au bord du lac que le disciple bien-aimé dit à Pierre : « c’est le Seigneur. » Aujourd’hui, ce sont les disciples qui offrent à Jésus un morceau de poisson grillé qu’il mangea devant eux. Le repas est donc le lieu de la convivialité avec le Ressuscité. Évidemment, les évangélistes évoquent ici le repas eucharistique. Jésus est reconnu présent au milieu des siens dans le sacrement de l’Eucharistie, le grand sacrement de la foi.

Enfin, il reste une dernière manière de découvrir la présence de Jésus dans nos vies, et saint Luc insiste beaucoup sur ce point. C’est la lecture et la méditation de l’Écriture. Aux deux disciples, sur la route d’Emmaüs, Jésus commence par Moïse et parcourt tous les Prophètes pour leur interpréter dans tous les Écrits ce qui le concernait. Il fait de même dans l’évangile d’aujourd’hui en leur disant : « Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » Alors, écrit saint Luc, il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures. Jésus apparaît clairement ici comme la clé des Écritures. C’est lui qui nous ouvre la porte de la compréhension de la Révélation. Mais c’est aussi de Lui que parle toute la Bible, c’est vers lui que convergent tous les textes. Saint Luc insiste sur le fait que toute la Bible conduit à la connaissance de Jésus. Les trois grandes parties de la Bible juive sont citées à plusieurs reprises : la Loi de Moïse, les Prophètes et les Écrits dont le plus important est le recueil des Psaumes.

L’enseignement de l’évangile de ce jour est donc très clair. La rencontre de Jésus ressuscité est une expérience de foi qui se fait dans l’épaisseur humaine de notre vie. Mais nous rencontrons Jésus ressuscité quand nous sommes aussi réunis en Église : à la messe, dans un groupe de chrétiens, un groupe de prière, une aumônerie, une troupe de scouts… Nous rencontrons encore Jésus ressuscité quand nous sommes attentifs à nos frères qui souffrent et qui peinent, surtout quand nous les aidons et les soutenons comme Simon de Cyrène le fit pour Jésus. La sollicitude fraternelle conduit à la rencontre du Seigneur : « Ce que vous faites au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous le faites » (Mt 25,40). Nous rencontrons Jésus ressuscité en participant au repas du Seigneur et en communiant au Corps et au Sang du Christ. Non seulement Jésus est alors présent au milieu des siens qui se réunissent en son nom, mais, par le sacrement eucharistique, il nous communique sa vie. Enfin, nous rencontrons Jésus ressuscité dans l’écoute de sa Parole et dans la méditation des Écritures qui nous mènent à lui et dont lui-même est à la fois le guide et la clé de lecture.

Ces quatre dimensions sont toutes contenues dans la célébration de l’Eucharistie, sacrement par excellence de la rencontre du Ressuscité : l’assemblée visible de la communauté de Jésus, la rencontre et l’accueil des frères, la communion, l’écoute et la méditation de la Parole de Dieu. Nous pouvons alors comprendre pourquoi l’Eucharistie occupe une place si centrale dans la vie chrétienne et dans l’Église qui vit de la présence du Ressuscité en elle. Participer à l’Eucharistie n’est donc pas de l’ordre d’un devoir imposé par l’Église, c’est une démarche vitale pour notre foi qui repose sur la rencontre du Seigneur. Que le Ressuscité ouvre nos esprits et nos cœurs, comme il le fit autrefois pour ses disciples, pour que nous puissions aujourd’hui le reconnaître présent dans le quotidien de nos vies.

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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