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Cinéma d'aujourd'hui,

Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
Cinéma d'aujourd'hui

Vacance romaine : HABEMUS PAPAM, de Nanni Moretti

Imprimer Par Guy Bedouelle

En 1986, Nanni Moretti, dans La messe est finie, interprétait Don Giulio, un jeune prêtre idéaliste, confronté aux difficultés d’une paroisse de la banlieue romaine. Vingt-cinq ans après, dans Habemus papam, il imagine la situation d’un pape élu, pris d’angoisse devant la responsabilité qui l’attend, n’osant ni accepter ni refuser, qui s’enfuit quelques jours dans l’anonymat de Rome. Ici Moretti joue le rôle d’un psychanalyste très compétent appelé pour « traiter » le nouveau Pontife, mais cette fois entièrement dépassé. Il est enfermé au Vatican avec les cardinaux réunis en conclave, évidemment suspendu mais non achevé.

De cette situation invraisemblable, Moretti a fait un film étonnant et inclassable. Là où on pouvait craindre – ou souhaiter pour certains – une caricature du type du Caïman (2006) directement dirigée contre Berlusconi, mais appliquée au Vatican, Moretti a choisi un ton en demi-teinte, plus proche de la compassion que de la dénonciation. Il n’y a pas de personnages antipathiques dans Habemus papam, seulement des gens avec des faiblesses, des incertitudes, des réflexes souvent maladroits, surtout dans la défense du secret qui ici s’applique à tous, de la foule qui attend le nom du nouveau pape, aux cardinaux auxquels on doit cacher que le pape a pris des vacances inopinées.

Au fond, ce qui dérange le plus, c’est qu’il n’y a pas de thèse dans le film. On pourrait s’attendre à ce que le pape ait des doutes sur la foi, ce dont le psychanalyste prend soin de s’assurer en premier. Il n’en est rien. Le cardinal Melville redoute-t-il l’inadéquation de l’Eglise catholique dans sa hiérarchie à répondre aux attentes de la société contemporaine ? Quelques bribes du discours, murmuré en soliloque puis prononcé, pourraient le donner à penser. Mais sur quels points ? à partir de quels constats ? Nous ne le saurons pas. D’ailleurs de l’élu traumatisé, nous ignorerons qui il est, d’où il vient, et même ce qu’il redoute.

Ce que nous ressentons, c’est qu’en perturbant un processus bien huilé, Melville a créé non seulement la vacance du pouvoir mais a vidé de leur sens la présence de chacun : les cardinaux jouent au volley-ball ; le porte-parole s’emmêle dans ses mensonges ; le psychanalyste ne peut plus se faire entendre ; et lui-même se promène en mangeant des glaces. Le génie de ce film imparfait, c’est sans doute de l’être, et par là même de nous confronter au malaise indistinct d’un monde, dont l’Eglise est aussi partie prenante.

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