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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Des coups durs : LES DESCENDANTS et LE VENDEUR

Imprimer Par Gilles Leblanc

Lorsque des événements dramatiques surviennent, il n’est jamais facile pour les personnes concernées d’ajuster leur mode de vie à ces situations bouleversantes. C’est ce que démontrent avec justesse deux films récents. Dans LE VENDEUR, le cinéaste québécois Sébastien Pilote trace le portrait d’un homme, parvenu au temps de la retraite, qui doit vivre de durs moments aux plans familial et social. Pour sa part, le réalisateur américain Alexander Payne dépeint finement avec LES DESCENDANTS l’existence mouvementée d’un avocat prospère qui doit composer avec une épouse dans le coma, des filles qu’il connaît peu, la gestion des biens ancestraux… Sans doute, ces deux productions seront récompensées lors des nombreuses remises de prix pendant les semaines qui viennent.

LES DESCENDANTS

La toxicomane qui se demande si elle avorte ou non (CITIZEN RUTH). Le prof raté qui tente de freiner l’ascension d’une élève ambitieuse (ELECTION). Le veuf qui veut empêcher sa fille d’épouser un pauvre type (ABOUT SCHMIDT). Un aspirant écrivain en fuite dans les vignobles (SIDEWAYS). Tous les antihéros ordinaires et sympatiques des productions antérieures d’Alexander Payne se profilent d’une manière ou d’une autre dans ce film-somme portant sur le sens de l’attachement, que ce soit à un conjoint, à ses enfants ou à la terre de ses ancêtres.

Descendants

Oahu, Hawaii. Lors d’une excursion en ski nautique, Elizabeth King se frappe la tête et plonge dans un profond coma. À son chevet, son mari Matt (George Clooney) fait un examen de conscience au terme duquel il promet d’être plus présent pour leurs filles Alexandra (Shailene Woodley), 17 ans, et Scottie, 10 ans. D’autant plus que sa carrière d’avocat est accessoire pour ce propriétaire terrien indépendant de fortune, descendant de la monarchie locale.

Apprenant que l’état de son épouse est irréversible et qu’elle devra être débranchée des appareils qui la maintiennent en vie, Matt, désemparé, se tourne vers Alexandra afin qu’elle l’aide à s’occuper de sa cadette très dégourdie. Alors que l’émotion est à son comble, Matt apprend qu’Elizabeth avait un amant. Atterré, il part pour Kauai, ses filles à sa suite, afin d’aller confronter le type en question.

LES DESCENDANTS n’accuse, sur le plan du fond, aucun excès de pathos et sur celui de la forme, aucune afféterie. La mise en scène est à la fois souple et invisible alors que tout du long, Payne se révèle parfaitement en contrôle du médium et de son art. Et comme d’habitude, ses dialogues parviennent à être à la fois intelligents et naturels. L’interprétation en demi-teintes de George Clooney figure d’ores et déjà parmi ses meilleures en carrière. Toute la distribution est formidable, à l’instar du décor hawaïen, plutôt inusité par ailleurs.

LE VENDEUR

Avec ce premier long métrage subtil et touchant, le réalisateur Sébastien Pilote impressionne en traitant avec une égale finesse les dimensions psychologiques et sociales. Ainsi, tout en explorant de manière sobre les problématiques de la peur de la retraite, comme marqueur de l’identité, l’auteur dénonce sans en avoir l’air d’y toucher les pièges du crédit dans un système capitaliste implacable carburant à la surconsommation.

Vendeur

Vendeur étoile du concessionnaire automobile d’une petite ville du Saguenay où il a passé sa vie, Marcel Lévesque (Gilbert Sicotte), veuf de 67 ans, refuse obstinément de prendre sa retraite. Au désespoir de sa fille unique Maryse (Nathalie Cavezzali), coiffeuse qui élève seule Antoine (Jeremy Tessier), son jeune fils. Malgré la menace de fermeture de l’usine locale de pâtes et papiers, le plus gros employeur de la région, Marcel cumule les ventes, sa technique à toute épreuve et sa bonhomie naturelle faisant fureur auprès des clients. Le reste de son temps, le sexagénaire le consacre à gâter son petit-fils qu’il encourage dans ses exploits sportifs.

Or, au cours d’un hiver rigoureux, la vie tranquille et heureuse de Marcel sera bouleversée par un terrible drame, ainsi que par sa rencontre avec François Paradis (Jean-François Boudreau), un ouvrier au chômage et père de famille à qui il a forcé la main pour l’achat d’une camionnette neuve.

La mise en scène attentive, maîtrisée, exploite de manière évocatrice le contexte hivernal et les vastes paysages de la région de Dolbeau-Mistassini, avec en toile de fond la belle musique aux accents mélancoliques de Pierre Lapointe. Bouleversant d’humanité et de vulnérabilité, Gilbert Sicotte tient le rôle de sa vie, face à l’attachante et solide Nathalie Cavezzali.

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