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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Mort et vie : MONSIEUR LAZHAR et LA GUERRE EST DÉCLARÉE

Imprimer Par Gilles Leblanc

Novembre, mois des morts et des… vivants. Des films récents traitent chacun à sa façon de mort et de vie. Dans LA GUERRE EST DÉCLARÉE, la réalisatrice française Valérie Donzelli relate l’histoire de la terrible maladie de son fils et de ses effets sur son couple. Pour sa part, le talentueux cinéaste québécois Philippe Falardeau décrit les lendemains douloureux du suicide d’une enseignante dans son émouvant MONSIEUR LAZHAR. Il est à noter que ces deux productions représenteront leur pays respectif dans la catégorie de meilleur film en langue étrangère aux Oscars 2012.

MONSIEUR LAZHAR

Pour son quatrième long métrage, le cinéaste Philippe Falardeau (C’EST PAS MOI, JE LE JURE, CONGORAMA et LA MOITIÉ GAUCHE DU FRIGO) fait preuve d’une grande maturité en adaptant avec doigté une œuvre théâtrale jumelant les thèmes très chauds de l’immigration et de l’éducation au Québec.

Dès les premiers moments du film, le drame s’amorce à travers le regard du jeune Simon (Émilien Néron). Son enseignante de 6e année s’est enlevé la vie dans sa classe. L’école est sous le choc. Dans ce contexte, un dénommé Bachir Lazhar (Fellag) survient à brûle-pourpoint, prétendant avoir été professeur en Algérie, son pays d’origine. En attendant le verdict des autorités sur son acceptation comme réfugié, l’enseignant en suppléance devient une bouée de sauvetage pour ces élèves incapables de manifester leur chagrin et leur désarroi.

Avec une mise en scène simple et sans artifices, Philippe Falardeau narre cette histoire avec efficacité et, surtout, sensibilité. Voici un film fin et subtil, plein de résilience et d’ouverture sur les autres, avec une dose bien mesurée d’humour et de légèreté. Avec à propos, le réalisateur déclenche quelques flèches à l’endroit du système d’éducation: tolérance zéro avec le contact physique des enfants, parents dénigreurs, pénurie de professeurs masculins, pauvreté culturelle…

Dans le rôle-titre, l’humoriste Fellag joue avec retenue et aplomb tandis que bien dirigés, les jeunes Sophie Nélisse et Émilien Néron sont touchants et criants de vérité. Un film magnifique, émouvant, qu’il faut aller voir en courant.

LA GUERRE EST DÉCLARÉE

C’est avec beaucoup de verve et de tendresse que Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm racontent ici leur propre histoire. Soit celle d’un ancien couple au destin brisé, puis celle de parents ayant tout sacrifié par amour pour leur fils gravement malade.

Le bonheur de Roméo et Juliette, jeune couple parisien à l’avenir prometteur, est dramatiquement assombri par une terrible nouvelle: leur fils Adam, dix-huit mois, est atteint d’une tumeur au cerveau. Dans leurs familles respectives – bourgeoise pour l’une, bohème pour l’autre -, c’est la consternation. Un réputé chirurgien parvient à retirer presque toute la masse, mais le résidu forme une tumeur rhabdoïde, la plus agressive qui soit.

Débute alors une longue série de traitements de chimiothérapie puis de radiothérapie. Contraints de quitter leurs emplois respectifs pour rester au chevet de leur fragile poupon, Juliette et Roméo peuvent heureusement compter sur le soutien financier et logistique de leurs proches et amis. Mais cette douloureuse et épuisante épreuve en vient tout de même à mettre en péril la survie de leur couple.

Les auteurs sont parvenus à un habile dosage entre drame et légèreté, au sein d’un récit bien charpenté, qui célèbre avec enthousiasme la vie, le sens de la solidarité et le dévouement du personnel soignant français. À la mise en scène, Donzelli fait preuve d’un impressionnant sens du rythme et de la trouvaille fantaisiste, se permettant même de touchants apartés chantés à la Jacques Demy.

Autour des peu connues mais talentueuses têtes d’affiche, qui offrent un jeu vibrant et énergique, gravitent des interprètes aguerris, dont Anne Le Ny, Frédéric Pierrot, Michèle Moretti et Elina Lowensohn, qui livrent tous des performances justes et attachantes.

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