Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

18e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Seigneur, j’ai faim et soif de Toi !

Jésus partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied.
En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de pitié envers eux et guérit les infirmes.
Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : « L’endroit est désert et il se fait tard. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter à manger ! »
Mais Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Alors ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. »
Jésus dit : « Apportez-les-moi ici. »
Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule.
Tous mangèrent à leur faim et, des morceaux qui restaient, on ramassa douze paniers pleins.
Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.

COMMENTAIRE

Les foules rejoignent Jésus dans un endroit désert, à l’écart. Elles sont insouciantes. Leur préoccupation n’est pas de manger et de boire. Leur seul désir est d’être avec Jésus. La seule nourriture qu’elles recherchent, c’est la présence et la parole de Jésus. Souvenons-nous de ce verset du Deutéronome : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu… » Ces foules suivent Jésus parce qu’elles sont assoiffées et affamées de Dieu. Avec Jésus, elles ont découvert que Dieu était proche d’elles ; elles ont découvert que Dieu agit et sauve ceux qui sont proches de Jésus. Et cette marche des foules vers lui touche en profondeur le cœur de Jésus qui est plein de miséricorde. Il est ému, bouleversé par cette quête des foules : « Il vit une grande foule de gens et il fut saisi de pitié à cause d’eux et il guérit les infirmes… » Le verbe grec qui est traduit par « fut saisi de pitié » signifie « fut remué dans ses entrailles ». La présence des foules le bouleverse au-dedans de lui-même.

Nous découvrons ici la véritable soif et la vraie faim des foules humaines, celles qui ont ému depuis les origines le cœur et les entrailles de Dieu, celles qui ont poussé Dieu à venir à notre rencontre dans la personne de Jésus : « Oh, vous tous qui avez soif, venez vers l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez, achetez et mangez… sans rien payer. Pourquoi vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Prêtez l’oreille, venez vers moi, écoutez et vous vivrez. » Dans ce passage d’Isaïe (1ère lecture), nous reconnaissons presque les paroles de Jésus à la Samaritaine au bord du puits de Jacob à Sichem : « Qui boira l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif, elle deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jn 4,14).

Hélas, aujourd’hui les foules humaines sont massivement éloignées de la seule véritable source de vie. Elles n’entendent pas le murmure de l’eau qui coule et qui chante doucement, discrètement, au cœur de chaque homme. Il y a trop de bruits parasites, trop de souffrances, trop de désespérance… En ce temps de vacances, je voudrais vous inviter à retrouver en vous le chant de la Source et à y boire. Nous avons soif de Dieu, de sa présence, de son amour, de sa fidélité. Notre vie n’a de sens que dans la quête de sa Présence. Comme les paroles qui ouvrent le Psaume 62 sont vraies : « Dieu, Tu es mon Dieu. Je te cherche dès l’aube. Mon âme a soif de Toi ! »

Dieu est capable de nourrir et d’abreuver des foules au désert, dans ces lieux où on manque de tout. Avec le Seigneur, le bon berger, on ne manque de rien ! Qu’il est bon de prier en répétant le psaume du bon berger : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien » (Ps 22 dans le psautier liturgique ou 23 dans la Bible). Aucun désert ne peut nous isoler de notre Dieu. Si nous avons soif de lui, le désert devient un lieu où jaillissent des sources d’eaux vives…

Même au désert, rien ne peut séparer le croyant de son Seigneur : ni le désert de la souffrance, ni celui de la maladie, du deuil, de la séparation, du chômage… Le désert de la Croix n’a pas pu séparer Jésus de son Père ! « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? » (Rm 8,35). Notre foi et notre espérance reposent sur notre abandon en la puissance de cet amour de Dieu. Comme l’écrit Paul, notre vie repose sur notre folle espérance de croire que rien, ni la mort ni la vie, ne pourra nous séparer de cette source inépuisable de l’amour de Dieu qui jaillit de Jésus Christ, notre Seigneur (Rm 8,38-39). C’est en effet du cœur de Jésus ouvert que jaillit l’eau vive. Il est notre Source de vie, notre pain de vie (cf. Jn 19,34).

Dans l’évangile, le texte de la multiplication des pains évoque le repas eucharistique. Cette foule qui est à la recherche de Jésus représente toute l’humanité qu’il invite et accueille : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive celui qui croit en moi : de son sein couleront des fleuves d’eaux vives » (Jn 7,37-38). En communiant au Pain eucharistique, la vie de Dieu jaillit en nous. Nous devenons des porteurs de cette vie divine et nous apprenons à donner autour de nous ce que nous avons reçu et qui nous fait vivre.

Notre frère dominicain Pierre Claverie, assassiné il y a exactement quinze ans (1er août 1996) alors qu’il était évêque d’Oran (Algérie), commentait le passage de la lettre de saint Paul aux Romains de ce dimanche (2e lecture) alors qu’il était au forum des communautés chrétiennes qui se tenait à Angers (France) à la Pentecôte 1994 en disant : « Apprendre à donner, à se donner, autrement dit à aimer, c’est tromper la mort qui n’aura rien à nous prendre car l’amour aura tout donné. »

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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