Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

19e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Ami des hommes et ami de Dieu

Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules.
Quand il les eut renvoyées, il se rendit dans la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul.
La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire.
Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer.
En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils disaient : « C’est un fantôme », et la peur leur fit pousser des cris.
Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! »
Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l’eau. »
Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus.
Mais, voyant qu’il y avait du vent, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! »
Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba.
Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »

COMMENTAIRE

Il y a quelques années, je visitais la communauté des sœurs dominicaines qui est à Rweza, au Rwanda, dans ce magnifique pays aux milles collines. Les sœurs animent un hôpital situé assez haut dans la montagne. C’est là, peut-être plus qu’ailleurs, que j’ai compris pourquoi Jésus se retirait « sur la montagne » pour prier. Car du sommet de la montagne, on voit aussi bien le ciel que la terre. Tout en haut, on est attiré vers le ciel mais le regard est aussi attiré vers les vallées profondes. En montagne, on est attiré vers les sommets et le ciel sans jamais oublier la réalité de la terre. Hier, c’était la fête de la Transfiguration du Seigneur : Élie et Moïse, ces grands amis de Dieu qui l’ont rencontré sur la montagne du Sinaï, étaient de chaque côté de Jésus transfiguré « sur la montagne ». Et c’est justement cette expérience d’Élie que nous lisons aujourd’hui dans la première lecture : il se tient devant le Seigneur, « dans la montagne », toute la nuit. Et, quand il reconnaît le passage du Seigneur, dans le silence, il se voile le visage. Sœur Jeanne d’Arc, dans un très beau livre à lire en ce temps de vacances (Un cœur qui écoute), écrit qu’Élie avait besoin de 40 jours et 40 nuits de marche dans le désert pour que son cœur soit préparé à reconnaître le Seigneur dans le silence de son passage.

Le Seigneur passe si souvent dans nos vies sans faire de bruit. On risque de ne pas le reconnaître tellement nous sommes saturés par toutes sortes de bruits et d’agitations. Élie découvre que le Seigneur n’est ni dans l’orage, ni dans l’ouragan comme l’était Baal, le dieu des Cananéens, aux prophètes duquel il s’était affronté. Élie découvre que le Seigneur n’est pas dans le tremblement de terre ou la foudre. Le Seigneur que nous aimons et adorons est un Dieu de l’intériorité de l’homme. Il passe dans la discrétion et s’adresse au cœur qui écoute et reste en éveil pour l’accueillir.

Après la multiplication des pains, Jésus laisse ses disciples seuls dans la barque, sur le lac de Galilée. Il se retire seul, dans la montagne pour y prier toute la nuit. Demain, 8 août, ce sera la fête de notre Père saint Dominique : il avait l’habitude de passer ses nuits en prière comme Jésus. Nourrissant les foules le jour, le Seigneur priait son Père durant les nuits. Les témoins du 13e siècle nous disent que saint Dominique consacrait ses journées au prochain et ses nuits à Dieu : homme à la fois d’action et de prière. Ami des hommes et ami de Dieu. Cette double passion devrait aussi envahir nos vies. Bien sûr, il faut savoir se reposer ! Pourtant, il est si important de soigner cette alternance de moments de vie familiale, professionnelle, communautaire, où nous vivons les uns avec les autres, et ces moments de silence et de prière, où nous nous retirons dans une chambre ou dans la nature pour accueillir le mystère de la Présence divine. Notre vie est faite de rythmes physiologiques : éveil et sommeil, systole et diastole pour le rythme cardiaque, inspiration et expiration pour le rythme respiratoire… Il est vital de soigner ce rythme où alternent la vie ensemble et les instants solitaires pour prier et s’ouvrir à Celui qui ne fait jamais de bruit pour s’imposer dans nos vies mais qui est toujours là, à notre porte, et qui frappe (Ap 3,20).

Dans l’évangile, après avoir nourri les foules, Jésus semble s’absenter. Il ne s’agit pas pour lui de fuir la vie des gens avec qui il a passé toute la journée. Il s’absente simplement pour prier à l’écart, pour intercéder en leur faveur. Puis, Jésus rejoint ses disciples qui se débattent dans la tempête et qui luttent contre les vagues. Il les rejoint pour leur redonner confiance : « Je suis là ! N’ayez pas peur ! » C’est toujours comme cela dans nos vies, le bruit des vagues, du vent, des tempêtes, nous empêche de remarquer la présence discrète du Seigneur qui s’approche pour nous rassurer par sa simple présence.

Souvent, je donne l’exemple de Pierre à ceux que je rencontre et qui peinent dans leur vie. A ceux qui traversent des épreuves difficiles. Moïse, Élie, Jérémie, les apôtres, tout le monde se décourage un jour ou l’autre. Chacun de nous a le droit de se décourager… Ce n’est pas interdit puisque les plus grands amis de Dieu sont passés par là ! Dans la barque de nos existences, nous sommes des « gens de peu de foi ». Mais dans le découragement, le Seigneur sait nous rejoindre ! L’épreuve fait le lit du réveil de la foi. Pierre, qui a peur même quand le Seigneur est là, ose s’avancer quand même vers lui et faire quelques pas sur l’eau ! Sa foi est cependant bien fragile et il s’enfonce dans l’eau ! Alors, il crie : « Seigneur ! Sauve-moi ! » ; « Seigneur ! Au secours ! » C’est là que sa foi est comme ressuscitée. La main de Jésus est là, tendue, grande ouverte pour saisir la sienne et le tirer des eaux Nous n’avons pas à avoir peur. « Qui peut nous séparer de l’amour du Christ ? » (Rm 8,35.39) Rien ne pourra jamais nous séparer de cette main solidaire et salutaire de Jésus que nous avons saisie le jour de notre baptême. Nous l’avons saisie mais c’est surtout elle qui nous a saisi et qui ne nous lâchera jamais (Cf. Jn 10,29).

C’est cela la joie de croire : c’est de savoir que le Seigneur est présent, dans le silence, même quand nous sommes dans des épreuves douloureuses ; c’est d’être sûr de cette main qui nous est tendue quand on s’enfonce… Cette main tendue en silence. N’ayons pas peur. Faisons confiance en cette main de Jésus, notre Sauveur.

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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