Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

7e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Aimer et pardonner pour être saint comme Jésus!

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, dent pour dent.
Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre.
Et si quelqu’un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.
Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui.
Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter.
Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.
Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent,
afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

COMMENTAIRE

« Soyez saints car moi, votre Dieu, je suis Saint » : Dieu s’adresse ici à toute l’assemblée des Israélites, et non à une élite du peuple (1ère lecture : Lv 19,2 ; lire aussi Lv 11,44-45 et 20,26). Nous avons bien souvent une étrange manière d’imaginer les saints : il suffit de voir certaines images pieuses ou certaines statues… Nous en faisons des personnages de légendes, auréolés, qui ressemblent plus à des héros mythiques qu’à des êtres humains. Ne risquons-nous pas de confondre sainteté avec héroïsme ? La vie des plus grands saints, canonisés par l’Église, est faite à la fois d’ombres et de lumières comme celle de la plupart des gens que nous sommes. La sainteté n’est pas réservée à quelques élus, à quelques étoiles humaines comme le laisserait, à tort, imaginer la merveilleuse danse des anges et des saints dans la fresque du jugement dernier peinte par Fra Angelico au Couvent San Marco de Florence. La sainteté chrétienne ne résulte pas d’exploits, fussent-ils héroïques ou vertueux. Le saint n’a rien d’un surhomme ! « L’œuvre du saint, écrivait Bernanos, est sa vie même, et il est tout entier dans sa vie. »

Dieu seul est Saint. Nous le chantons à chaque messe avec les mots des anges qui sont apparus à Isaïe : « Saint, saint, saint, le Seigneur. » (cf. Is 6,3). La sainteté est la marque du passage du Dieu Saint en nous ; elle est un signe de la mystérieuse présence du Seigneur en nous, l’œuvre de l’Esprit Saint qui habite en nous : « Frères, écrit saint Paul aux Corinthiens, n’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous. (…) Le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous. » (2e lecture).

Il y a une quinzaine d’années, j’ai vu à la télévision un reportage sur la communauté de l’Arche où vit Jean Vanier. Sur les visages des personnes handicapées mentales, filmées avec une grande délicatesse, apparaissaient des expressions et des sourires d’une bouleversante beauté. Au cœur du reportage, Jean Vanier expliquait : « J’ai découvert que, dans le corps de ce garçon, était le corps de Dieu, le temple de l’Esprit-Saint. Il fallait donc lui révéler cette vérité en le baignant. Il fallait toucher son corps comme un mystérieux tabernacle, le lieu où Dieu habite. » Avec des mots tout simples, Jean Vanier expliquait que c’est au contact des personnes handicapées qu’il avait découvert que la plus grande des richesses qu’une personne puisse avoir est d’être habitée par Dieu. Paul ne dit-il pas avec audace dans la 2e lecture : « Que personne ne s’y trompe : si quelqu’un parmi vous pense être un sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou pour devenir sage. » Nous devenons saints quand nous nous rapprochons de la manière de vivre de Dieu, telle que nous en avons l’exemple dans le Christ Jésus. Notre vie devient sainte chaque fois que l’Amour est victorieux des forces de ténèbres et de mort qui sont en nous. Ces forces sont faites de haine et de violence. La sainteté est un synonyme exact de l’amour. Souvenons-nous de ce que nous dit saint Jean dans sa première lettre : « Aimons-nous les uns les autres puisque l’amour est de Dieu et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. (…) Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous. (…) Dieu est amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. » Quel commentaire plus explicite de la première lecture du Lévitique pourrions-nous trouver ? « Tu n’auras aucune pensée de haine contre ton frère. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Jésus, dans l’Evangile, ne tient pas un autre discours que celui de l’amour du prochain. Un amour, cependant, qui va jusqu’à l’accueil de l’ennemi : car l’ennemi est aussi un prochain ! « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment des fils de votre Père qui est dans les cieux. » Matthieu, ce grand scribe juif, nous étonne : il cite un précepte qu’on ne trouve nulle part dans l’Ancien Testament ! C’est probablement pour bien nous montrer la nouveauté de l’enseignement de Jésus, qui est beaucoup plus exigeant que la Torah de Moïse : il n’est pas suffisant d’aimer ses proches ; il faut aussi aimer ses ennemis ! Rien de plus difficile n’est-ce pas ? Jésus nous demande d’aimer comme lui-même : n’a-t-il pas pardonné sur la croix à ses bourreaux (Lc 23,34) ? Il s’agit ici d’un enseignement majeur de Jésus à tous les disciples que nous sommes puisqu’il nous a demandé de prier en disant : « Pardonne-nous comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » (Mt 6,12).

« Aimer à perdre la raison » chantait Jean Ferrat ! Voilà, en quelque sorte, le chemin de Jésus et c’est aussi le chemin de la sainteté chrétienne. Si l’on n’avait « que l’amour à offrir en partage », pour reprendre des mots de Jacques Brel, on donnerait tout ce que nous sommes et notre vie serait sainte parce que tout serait vécu dans une dynamique de don de nous-même, à la manière de Jésus. C’est alors que nous pouvons comprendre l’apparente folie de l’injonction de Jésus qui nous demande de ressembler à Dieu : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

L’important, dans cette parole de Jésus, qui reprend celle du Lévitique (1ère lecture), est le mot « comme ». La notion de perfection renvoie, en régime chrétien, à celle d’amour… « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13,34 ; 15,12). Or, pour aimer comme Jésus, nous avons besoin de la Présence de l’Esprit-Saint en nous. C’est lors de notre baptême que « l’Amour a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit… » (Rm 5,5) : nous sommes alors devenus des « Temples du Saint-Esprit » ! D’une certaine façon, nous sommes déjà des « saints » puisque le Saint-Esprit demeure en nous ! Laissons donc l’Esprit nous apprendre peu à peu à aimer nos ennemis et à ne pas vouloir de mal à ceux qui sont peut-être méchants envers nous. Ainsi nous ressemblerons à Jésus et au Père céleste. Alors nous serons sur le chemin de cette perfection que l’Église canonise et qui s’appelle la sainteté !

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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